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De nouveaux Européens désenchantés
LE MONDE | 24.06.04 | 13h38
Ne jetons pas la pierre à nos nouveaux concitoyens européens qui ont boudé les élections du 13 juin au Parlement de Strasbourg. D'abord parce que nous n'avons pas de leçon de démocratie à leur donner, nous les "vieux" Européens qui n'avons pas brillé par notre assiduité électorale.

Ensuite, parce que se poser en donneurs de leçons est contre-productif, surtout avec des peuples qui ont vécu pendant des décennies sous un joug étranger et viennent de recouvrer leur souveraineté. Jacques Chirac en a fait l'amère expérience l'année dernière quand il a intimé aux pays encore candidats à l'Union européenne l'ordre de se taire à propos de la guerre en Irak. Certains, comme les Polonais, ne sont pas près de l'oublier, et leur rancoeur ne facilite pas la recherche d'un consensus dans l'Europe à vingt-cinq.
La retenue de rigueur, donc, n'empêche pas de s'interroger sur les raisons expliquant la très faible participation aux élections européennes des nouveaux venus et d'en examiner les conséquences. Non seulement les citoyens, dans la plupart des pays d'Europe centrale et orientale entrés dans l'Union le 1er mai dernier, sont restés chez eux (participation moyenne : 20 %), mais ceux qui ont voté se sont souvent prononcés pour des candidats eurosceptiques, voire carrément hostiles à l'Europe, quand ce n'est pas pour les anciens communistes. L'euroscepticisme et la nostalgie communiste font d'ailleurs bon ménage.
Des raisons générales peuvent justifier le fort taux d'abstention, à l'Est comme à l'Ouest : les citoyens ne sont pas convaincus de l'utilité d'un vote pour les eurodéputés ; le rôle du Parlement européen apparaît obscur, loin des préoccupations quotidiennes. Ses pouvoirs sont difficiles à expliquer. D'autre part, les électeurs ont pratiqué le vote-sanction, ou l'abstention-sanction. Plus encore que dans les vieilles démocraties de l'Ouest, il existe à l'Est un fort rejet, différent certes selon les pays mais néanmoins largement répandu, du monde politique, considéré globalement comme corrompu. Enfin, les Européens de l'Est avaient été appelés, il y a peu, à se prononcer par référendum sur l'adhésion de leurs pays à l'UE. Ils l'avaient fait généralement à une confortable majorité. Ils pouvaient ainsi considérer avoir accompli leur devoir européen.
Cependant ces explications sont rassurantes... et trompeuses. On peut en effet se demander si la différence dans les taux de participation entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est n'a pas une signification allant au-delà des simples pourcentages. La différence ne serait pas alors une question de degré mais révélerait une cassure plus profonde entre les deux parties de l'Europe à peine réunifiée.
L'enthousiasme des élites postcommunistes pour l'Union européenne est loin d'être partagée par la population. Les grandes considérations historiques sur l'unité culturelle de l'Europe se heurtent aux dures réalités des réformes douloureuses. Les divers obstacles mis à la libre circulation des travailleurs ternissent encore l'attrait du paradis occidental, même chez ceux qui n'ont jamais songé à émigrer.
Et même pour ceux qui espèrent profiter de la (relative) prospérité occidentale dont ils ont été privés pendant des décennies, l'Europe vaut surtout comme grand marché. Leur ambition ne va pas au-delà. Les discours sur l'Europe-puissance ne les touchent pas. Il y a quelques années, lors d'un séminaire organisé à Vilnius, un participant lituanien avait eu une formule définitive : "L'Union européenne, c'est pour la bonne vie ; l'OTAN, c'est pour la vie tout court." En d'autres termes, la fonction de l'UE est d'assurer la bonne marche de l'économie, mais pour tout ce qui est politique et militaire, l'Europe de l'Est compte sur les Américains.
L'Union, avec ses institutions compliquées, son Parlement, sa Commission, apparaît encore plus lointaine à la majorité des Européens de l'Est qu'à leurs concitoyens de l'Ouest. Les propos démagogiques contre la technocratie européenne, les comparaisons hasardeuses entre Moscou hier et Bruxelles aujourd'hui - comme si le fonctionnement même opaque de l'Europe avait le moindre rapport avec la doctrine Brejnev de souveraineté limitée qui justifia en 1968 l'intervention armée en Tchécoslovaque - sont déplacés.

Pour expliquer une certaine crispation souverainiste constatée à l'Est, on avance parfois l'indépendance fraîchement reconquise. Un peu plus de dix ans après la fin de l'empire soviétique, les transferts de souveraineté exigés par l'Union européenne apparaîtraient particulièrement pénibles. L'argument n'est pas sans valeur. On peut cependant lui opposer les premiers pas de l'intégration européenne, commencés moins de dix ans après la seconde guerre mondiale.
Il ne s'agissait pas alors de réunir deux parties du continent supposées aspirer à des retrouvailles depuis un demi-siècle, mais de réconcilier deux "ennemis héréditaires", la France et l'Allemagne, qui n'avaient cessé de se combattre depuis des siècles. Etait-il vraiment plus facile aux Français et aux Allemands de renoncer à une part de leur souveraineté dans les années 1950 qu'aux Européens de l'Est d'accomplir le même geste aujourd'hui ?
Le désenchantement d'Europe a des causes communes à l'Est et à l'Ouest, mais il faut y ajouter des raisons spécifiques aux anciens pays communistes. Et ce sont ces raisons qui laissent augurer des lendemains difficiles pour l'Europe des vingt-cinq. Elles ne jettent pas le discrédit sur le bien-fondé de l'élargissement. Elles constituent des mises en garde contre les illusions.

L'ANGOISSE DE LA LIBERTÉ
L'Europe de l'Est n'en a pas encore fini avec son passé totalitaire. Bien que le communisme y ait été dans une large mesure un produit d'importation - avec souvent une implantation et des caractéristiques nationales -, il a formé les mentalités au-delà des générations directement concernées. Il a figé les modes de pensée, inculqué la crainte du changement et l'angoisse de la liberté. Le communisme est encore dans les têtes.
Autrefois fermées mais rassurantes, les sociétés doivent affronter le grand large, la globalisation et ses dangers. En dehors d'une petite classe politique et financière qui se voulait européenne avant même la chute du mur de Berlin, la grande masse de la population est restée coupée du mouvement pour des raisons à la fois psychologiques, culturelles et économiques. Il faudra plus longtemps qu'on le pensait au début des années 1990 pour surmonter une coupure qui pèsera lourd quand il s'agira de ratifier le projet de Constitution.
L'idée d'élire le Polonais Bronislaw Geremek à la présidence du Parlement européen ne résoudrait pas tous les problèmes, car cet intellectuel, spécialiste du Moyen Age et ancien conseiller de Solidarité, appartient à cette petite élite européenne de toujours. Elle serait toutefois symbolique de l'égalité nécessaire entre tous les Européens, anciens et nouveaux, de l'Est comme de l'Ouest.

Daniel Vernet
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 25.06.04



Le groupe Siemens prend des mesures contre les délocalisations
LEMONDE.FR | 25.06.04 | 09h07
L'accord trouvé jeudi "ne sera pas transposé exactement pour les autres sites", mais on devrait dans tous les cas avoir "la même orientation de base vers davantage de flexibilité", a indiqué un porte-parole du groupe Siemens.
Le groupe technologique allemand Siemens a fait un grand pas, jeudi 24 juin, vers le règlement d'un conflit salarial historique, avec l'abandon d'un plan pour délocaliser quelque 2 000 emplois à l'étranger en échange d'un allongement du temps de travail sans compensation salariale.

L'accord entre le groupe et le syndicat IG Metall pourrait faire des émules outre-Rhin et relancer le débat sur les 40 heures au moment même où l'économie allemande est pointée du doigt par Bruxelles.

Siemens avait annoncé en mars vouloir délocaliser en Hongrie deux sites de production, Bocholt (téléphones sans fil) et Kamp-Lintfort (portables), et supprimer environ 2 000 des quelque 4 500 emplois, invoquant "des structures de coûts pas compétitives au niveau international". Au cours des derniers mois, le syndicat IG Metall avait même accusé Siemens de vouloir supprimer jusqu'à 10 000 emplois en Allemagne. La direction avait démenti ce chiffre, indiquant début avril que jusqu'à 5 000 postes, risquaient d'être concernés par un plan d'économies, via notamment des délocalisations, en cours de négociations avec les représentants du personnel.

PRESERVER L'EMPLOI EN ALLEMAGNE
Après des semaines de discussions, le groupe et le syndicat se sont mis d'accord pour préserver l'emploi en Allemagne. Le contrat, qui entrera en vigueur début juillet et sera valable pour deux ans, prévoit que l'ensemble des salariés des deux usines travaillent à compter du 1er juillet sur une base annuelle de 1 760 heures. Cela correspond à "un peu moins de 40 heures par semaine", contre 35 jusqu'à présent, sans compensation de salaire. Les primes de Noël et de vacances doivent également être remplacées par une prime annuelle liée aux résultats. Selon la direction de Siemens, le groupe, qui ne gagne actuellement que un euro par portable vendu, réduira grâce à cet accord ses coûts de production de 30 %, soit l'équivalent de 5 euros par portable.

Ce modèle d'accord pourrait être repris pour d'autres unités de production allemande (3 000 emplois). "Tout devrait être réglé d'ici fin septembre", a indiqué un porte-parole de Siemens. L'accord trouvé jeudi "ne sera pas transposé exactement pour les autres sites", mais on devrait dans tous les cas avoir "la même orientation de base vers davantage de flexibilité", a-t-il ajouté.

Avec AFP



ALLEMAGNE : Helmut Kohl à l'abri des archives de la Stasi

Berlin : de notre correspondant Pierre Bocev
[25 juin 2004]
    
Après trois ans de batailles de procédure, l'ancien chancelier Helmut Kohl a été débouté dans la forme, mais il a très largement eu gain de cause sur le fond : les archives de la Stasi, les services secrets de l'ancienne RDA, ne resteront pas à jamais fermées pour tout ce qui le concerne comme il le voulait ; mais l'accès à ces fichiers sera restrictif à un tel point que cela y équivaut.

Cette décision, prise mercredi par la Cour administrative fédérale de Leipzig, a beau ne concerner que le dossier de l'ex-chancelier, elle aura des répercussions sur le traitement de l'ensemble des archives que les chercheurs et les médias essaient de consulter dans l'espoir de tirer au clair les secrets de l'«autre Etat allemand».

Marianne Birthler, qui dirige les services chargés de gérer les traces de l'espionnage est-allemand, a immédiatement parlé de verdict «alarmant». Pour elle, «les grands perdants sont les médias».

Helmut Kohl a toujours fait de ce combat une affaire de principe. Après avoir été espionné par la Stasi, affirme-t-il, il ne voulait pas, en quelque sorte, en devenir victime une seconde fois, par la publication de ses rapports. En fait, la presse allemande est à peu près unanime à considérer que le «chancelier de l'unité» redoute que l'un ou l'autre parmi les 7 000 feuillets le concernant ne recèle des révélations sur les caisses occultes de la CDU, un scandale qui a plongé la droite dans le désarroi après sa défaite électorale en 1998.

D'où le bras de fer judiciaire à répétition. En juin 2001, un tribunal de Berlin interdit à Marianne Birthler, qui s'apprête à le faire livrer au public, tout acte sur l'ex-chancelier, une décision confirmée en appel huit mois plus tard. Mais l'office chargé de la gestion des archives contre-attaque et fait adopter en juillet 2002 une loi qui assure la transparence dès lors qu'il s'agit de «personnalités de l'histoire contemporaine». Ce verdict amène la Cour berlinoise à autoriser la consultation des «dossiers Kohl» et conduit l'intéressé à déposer le recours sur lequel les juges de Leipzig viennent de statuer.

Les cinq juges qui, selon l'hebdomadaire Der Spiegel, appartiennent «tous au camp conservateur», estiment certes que Helmut Kohl n'a pas le droit d'interdire l'accès à tout ce que les hommes de la Stasi ont pu écrire ou rassembler sur lui. Ils excluent du corpus consultable les transcriptions d'écoutes et les analyses qui en découlent, ce sur quoi tout le monde était de toute manière d'accord. Mais ils rendent également inaccessible ce qui a été recueilli grâce à une activité d'«espionnage», c'est-à-dire la raison d'être de la Stasi, et donc à peu près tout.

Contrairement aux scientifiques, manifestement jugés moins corrosifs, les journalistes ne pourront voir que ce qui provient de «sources ouvertes», autrement dit les écrits de leurs confrères. Même pour cela, ils devront avoir l'accord de la personne concernée. La liberté d'informer semble avoir pris un coup à Leipzig.



L'Office franco-allemand pour la jeunesse critiqué
LE MONDE | 24.06.04 | 13h52
Inquiets de la désaffection pour l'apprentissage de la langue de l'autre et des risques que cela pourrait engendrer pour l'étroite coopération que la France et l'Allemagne veulent maintenir, l'Assemblée nationale française et le Bundestag allemand réclament de réformer en profondeur l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ).

Il s'agit de lui redonner un rôle central en redéfinissant ses missions et son fonctionnement.

Les présidents des deux Assemblées, Jean-Louis Debré (UMP) et Wolfgang Thierse (social-démocrate), se sont retrouvés mercredi 23 juin à l'hôtel de Lassay, à Paris, pour approuver les conclusions de la mission parlementaire mixte qui avait été chargée d'auditer l'office. Ces conclusions ont fait l'objet, le 24 mai dernier, d'un débat en plénière au Bundestag.

En matière de fonctionnement, il est prévu une réforme du conseil d'administration et des fonctions du secrétaire général et de son adjoint. Mais il est surtout demandé de mettre fin au statut international de l'OFAJ, qui donne à ses 70 agents des avantages jugés exorbitants par rapport aux fonctionnaires des administrations des deux pays. Cette demande, présentée mercredi au personnel par les membres de la mission, a suscité une grande émotion.

"L'Office d'hier, laboratoire de projets novateurs et d'initiatives originales, est devenu une institution avec ses pesanteurs, ses procédures parfois rigides, ses intérêts acquis. En un mot il est devenu démodé", déclarent les deux coprésident de la mission, le député alsacien Yves Bur (UMP) et le chrétien-démocrate allemand Andreas Schockenhoff dans leur préface du rapport.

L'OFAJ a été redécouvert par les deux gouvernements à l'occasion du quarantième anniversaire du traité de l'Elysée, le 22 janvier 2003. Cette institution a été l'une des grandes réussite du traité de 1963, générant plus de sept millions d'échanges et participant à ancrer la réconciliation tant recherchée. Mais elle avait fini au fil des ans par se faire oublier à Bad Honnef, une petite ville rhénane près de Bonn. Il a fallu attendre son déménagement à Paris et à Berlin, en 2000, pour que ses dirigeants prennent conscience de la nécessité de l'adapter au nouvel environnement européen.

OBSTACLES
Cette volonté réformatrice s'est heurtée à des obstacles. Le rapport en énumère certains, comme la difficulté de faire bouger des agents bénéficiant d'un statut privilégié, et la bataille du siège de l'Office, que l'ancienne ministre de la jeunesse de Lionel Jospin, Marie-George Buffet, a voulu installer à Montreuil. Cette bataille, indique le rapport, a abouti à une quasi paralysie du conseil de d'administration de l'Office. Le rapport ne dit mot du manque général d'intérêt manifesté ces dernières années par les ministères de tutelle, qui n'ont cessé de changer en fonction des découpages ministériels.

La critique est plus rude pour l'OFAJ elle-même. "L'Office, écrit le rapport, a ainsi été engagé, au cours de ces dernières années, dans une diversification aventureuse, supportant des actions financièrement déséquilibrées, dépourvues de retombées significatives et auxquelles la mission d'information estime qu'il doit être mis fin."

Les actions visées sont des actions grand public, destinées à donner une image jeune de l'office. Il est reproché à l'Office "un certain activisme, consistant à multiplier le nombre de programmes (...) alors que le nombre de participants ne connaissait qu'une croissance modeste".

Le rapport préconise un recentrage de l'action de l'OFAJ sur "l'enseignement et l'incitation à l'apprentissage de la langue". Le rapport reprend aussi l'idée d'accroître les actions engagées par l'Office pour développer les échanges professionnels et pour inciter les jeunes à des actions citoyennes communes, notamment dans des pays tiers. Ces conclusions seront examinées lors du prochain conseil des ministres franco-allemands.

Henri de Bresson
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 25.06.04




M. Barnier et M. Durao Barroso, favoris du PPE pour la Commission
LE MONDE | 24.06.04 | 13h59
La formation de droite veut peser sur la succession de Romano Prodi.
Bruxelles de notre bureau européen

"C'est un succès considérable." Le président sortant du groupe parlementaire du Parti populaire européen (PPE), l'Allemand Hans-Gert Pöttering, se réjouit d'être parvenu à torpiller la candidature du premier ministre belge, le libéral Guy Verhofstadt, à la présidence de la Commission.

"Maintenant, nous avons la chance que le résultat des élections européennes -où le PPE est arrivé en tête- soit pris en compte par les chefs d'Etat et de gouvernement", affirme M. Pöttering.

"Il y a des noms connus, le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, et le chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel. Deux autres noms sont apparus, celui du premier ministre portugais, José Manuel Durao Barroso, et du ministre français des affaires étrangères, Michel Barnier. Ils sont eux aussi de bons candidats. Maintenant, les chefs d'Etat et de gouvernement doivent prendre leurs responsabilités", affirme M. Poettering, qui estime qu'il n'a pas à choisir un nom précis dans cette liste.

L'attitude du PPE conduit à exclure les candidats socialistes - les commissaires portugais Antonio Vitorino, français Pascal Lamy, allemand Günter Verheugen - ainsi que le haut représentant pour les affaires étrangères, le socialiste espagnol Javier Solana. "Solana fait un bon travail aux affaires étrangères, mais je suis contre le fait qu'il soit président de la Commission. C'est une question de principe", tranche M. Pöttering.

Le 17 juin, Jacques Chirac avait indiqué qu'il ne se sentait pas lié par une quelconque décision du PPE. On reconnaît désormais à l'Elysée, mais aussi à Londres et à Berlin, que le président de la Commission devra être "PPE compatible". Chacun estime que M. Juncker ne reviendra pas sur sa décision de rester au Luxembourg. La candidature Schüssel, mis au ban de l'Union en 2000 pour s'être allié avec l'extrême droite, est exclue à l'Elysée.

Restent donc M. Durao Barroso et M. Barnier. Le premier, qui a indiqué ne pas être candidat, a l'avantage de venir d'un petit pays non inféodé à l'axe franco-allemand, mais il a organisé le sommet des Açores avec MM. Bush, Blair et Aznar avant la guerre en Irak. Sa nomination susciterait de fortes réticences espagnoles.

Qu'en est-il de la candidature de M. Barnier. A l'Elysée, on indique qu'il n'y a pas de candidat français mais que si les partenaires de la France font une demande, il faudra bien leur répondre. Paris ne veut toutefois pas prendre le risque de ce faire éconduire par Londres. "La France peut-elle avoir la présidence de la Commission, celle de la Banque centrale européenne ainsi que le secrétariat général du conseil avec Pierre de Boissieu ?", lance un responsable politique britannique, qui traite M. Barnier d'"ami de l'Angleterre et de bon commissaire", avant d'ajouter que "si Paris refuse Patten parce qu'il ne parle pas français, nous avons la même réaction sur l'anglais de Barnier".

L'ancien commissaire irlandais Peter Sutherland (PPE) est difficilement acceptable par la France pour avoir été directeur général de l'OMC et dirigeant de BP et de Goldman Sachs. Le candidat final pourrait donc être le premier ministre irlandais, Bertie Ahern. Il ne parle pas français, son pays est neutre et n'est pas dans l'espace Schengen, ses partisans siègent au Parlement européen avec les souverainistes et il a indiqué ne pas être intéressé par le poste.

Interrogé sur l'attitude du PPE en cas de candidature Ahern, M. Pöttering répond : "Un pas après l'autre." Dans ce contexte, et faute d'accord sur le nom du futur président de la Commission, le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement prévu le 29 juin à Bruxelles pourrait être annulé.

Arnaud Leparmentier



Cher(e)s ami(e)s du Centre européen Robert Schuman,

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Nous vous remercions d’avoir contribué à cette réussite et vous invitons une fois encore à venir surfer sur www.centre-robert-schuman.org, et à cliquer sur « junior » !
Vous pouvez également découvrir les autres gagnants à partir du site internet du Conseil général de la Moselle, www.cg57.fr
Très cordialement,

Toute l’équipe du
Centre européen Robert Schuman
8, rue Robert Schuman

57160 Scy-Chazelles
Tel: +33 (0) 3 87 60 10 15
Fax: +33 (0) 3 87 60 14 71
claire.diot@wanadoo.fr



Nicolas Sarkozy trouve insuffisant le "moteur" franco-allemand

LE MONDE | 24.06.04 | 13h52

Le ministre des finances plaide pour de nouvelles alliances et juge que la relation avec Berlin ne doit pas "être exclusive". Cette critique de la stratégie de Jacques Chirac relance, en Europe, les interrogations sur la place du couple franco-allemand dans l'Union élargie.
"Le président français s'est souvent prononcé sur la relation franco-allemande, et il l'a décrite comme une relation qui est centrale pour la politique européenne. Alors pardonnez-moi si je ne commente pas ici chaque déclaration d'un ministre des finances français" : la réplique du gouvernement allemand à l'interview de Nicolas Sarkozy, publiée le 23 juin par le Financial Times et Les Echos, est restée brève et sèche.

Le porte-parole du chancelier, Bela Anda, avait été interrogé sur l'affirmation par le ministre des finances français que la relation franco-allemande ne devait pas être "exclusive".

"En réalité, il y a aujourd'hui en Europe six pays - la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie et la Pologne - qui comptent approximativement entre 40 millions et 80 millions d'habitants chacun, qui ont et auront les mêmes problèmes à gérer. Je pense que, à l'avenir, ces six pays-là devront davantage travailler ensemble, et cela sans exclure aucun autre", déclare M. Sarkozy. Le ministre ajoute que "vivre à Vingt-cinq, c'est très différent de ce qu'était la Communauté européenne des Six ou des Neuf."

Après un sommet européen où, une nouvelle fois, la France et l'Allemagne ont dû battre retraite sans avoir réussi à imposer leur candidat, le premier ministre belge Guy Verhofstadt, à la présidence de la Commission européenne, les propos de M. Sarkozy viennent renforcer en Europe les spéculations sur le rôle réel du "moteur franco-allemand" dans la nouvelle Europe élargie. Le ministre français, qui avait affirmé lors du lancement de la campagne de l'UMP pour les Européennes, que "l'Europe à 25 nous obligera à repenser ce que doit être le noyau central et fédérateur" de l'Union européenne, persiste et signe dans son idée que l'Allemagne, n'étant plus forcément le meilleur modèle à suivre aujourd'hui, il faut construire d'autres alliances.

Cette idée avait été caressée en son temps par Gerhard Schröder lui-même, séduit à son arrivée au pouvoir par Tony Blair, ce qui avait profondément irrité le gouvernement de Lionel Jospin. Le chancelier est plus tard revenu à une relation plus étroite avec Jacques Chirac. Les interventions de M. Sarkozy irriteraient donc moins à Berlin si elles ne s'étaient pas accompagnées d'une attitude jugée "agressive" du ministre sur le dossier de l'absorption du groupe franco-allemand Aventis par Sanofi et sur le rejet d'une solution franco-allemande pour le renflouement du groupe Alsthom. Le chancelier a fait savoir qu'il jugeait l'attitude de M. Sarkozy par trop "nationaliste".

Les efforts du président Chirac pour arrondir les angles n'ont pas totalement convaincu de sa capacité à tenir son ministre. Le ministre français est perçu par les autorités allemandes comme un trublion, qui, par son activité politique en France, risque de changer la donne des ronronnantes relations franco-allemandes. "Il va falloir compter avec ce type", confiait, récemment, un haut fonctionnaire de la chancellerie, avec une pointe d'admiration.

On reconnaît à Berlin que M. Sarkozy n'a pas tort sur tout. Comment se concerter au sein du nouvel ensemble européen ? C'est la question que, depuis des mois, les Allemands se posent. A Paris comme à Berlin, l'on sait qu'une Europe à 25 sera fort différente d'une Europe à 15 ; que dans ce nouveau paysage, la relation franco-allemande peut être excellente mais n'est pas nécessairement aussi efficace qu'il serait souhaitable.

Cette "amitié franco-allemande" a sa part de panache et d'émotion, lorsque le chancelier Schröder ou le président Chirac, forcés de s'absenter, se remplacent l'un l'autre à un sommet ; ou lorsque le premier, visiblement ému, donne l'accolade au second lors des cérémonies du débarquement en Normandie. Mais sur les sujets autrement vitaux de la relance économique et de la réforme des systèmes sociaux, cette relation privilégiée n'a pas donné de gros résultat.

Nicolas Sarkozy, le premier publiquement, semble en avoir tiré les conséquences. Nombre de responsables allemands ne sont pas loin de penser comme lui, estimant qu'une époque se termine. S'il n'existe pas de politique industrielle commune, et si même les objectifs communs ne sont pas définis, alors grandit la tentation du chacun pour soi.

Du coup le ministre est sans conteste le "chouchou" français des gouvernants britanniques. Il les séduit par son dynamisme, son franc parler et sa vision économique beaucoup plus libérale que celle dont se réclament la majorité des dirigeants français. Le ministre de l'intérieur britannique, David Blunkett avait apprécié la rapidité avec laquelle son homologue français avait réglé l'irritant différend bilatéral provoqué par l'afflux au camp de Sangatte de réfugiés candidats au passage clandestin vers l'Angleterre.

Lors d'un premier voyage à Londres, en décembre 2002, Nicolas Sarkozy avait fait part à Tony Blair de son désir de voir se former, à l'époque, un axe diplomatique "Paris-Londres-Madrid". Lors de son plus récent voyage, le 25 mai, M. Sarkozy a eu une séance de travail et un déjeuner avec son homologue britannique Gordon Brown. Il a ensuite été reçu à Downing Street par Tony Blair. Il a répété la nécessité que la France et le Royaume Uni travaillent plus étroitement ensemble. Il a estimé qu'il "y avait des leçons à retenir du formidable pragmatisme et du très grand dynamisme" de l'économie britannique.

"Lorsqu'ils voient un problème, a-t-il ajouté, les Britanniques ne réagissent pas en termes d'idéologie, mais ils essaient de trouver la meilleure formule. Cela m'intéresse de savoir comment le ministre des finances de l'économie européenne qui a le plus fort taux de croissance a fait pour obtenir ces résultats-là", même si la Grande-Bretagne "a ses problèmes, notamment les services publics qui ont besoin d'être modernisés, le système de santé aussi". Nicolas Sarkozy aurait "bluffé" Tony Blair, dit-on à Londres. Bien que les deux hommes aient à peu près le même âge (49 ans et 51 ans), le chef du New Labour a l'impression de voir dans le ministre français l'homme qu'il était lors de son arrivée au pouvoir en 1997.

Henri de Bresson, Sophie Fay, Jean-Pierre Langellier (à Londres) et George Marion (à Berlin)

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La séduction du flegme britannique

En privé, Nicolas Sarkozy ne cache pas qu'il se sent beaucoup plus à l'aise avec le style de travail des Britanniques et des Espagnols qu'avec celui des Allemands. Il apprécie particulièrement le chancelier britannique Gordon Brown dont il dit : "Il ne lit jamais ses discours, il est très imaginatif dans les solutions qu'il propose, il s'efforce d'innover". Il apprécie aussi sa chaleur et le fait qu'il ne se tienne pas à un protocole rigoureux. Il raconte que le matin de l'Assemblée générale du FMI à Washington, Gordon Brown est arrivé un peu en avance, accompagné de sa femme et de son bébé, qui était "pieds nus, sans chaussures", et qu'il les a présentés à ses collègues. Lorsqu'il est allé à Londres, Tony Blair l'a reçu en bras de chemise, sans protocole.

Nicolas Sarkozy, estime l'un de ses collaborateurs, "part du principe que les Anglais, les Italiens, les Allemands, les Espagnols peuvent avoir des problèmes communs. Qu'il faut travailler sur chaque sujet avec ceux qui ont les mêmes problèmes que nous."

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 25.06.04


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