Contre la réforme du pacte de stabilité, par Jürgen Stark
LE MONDE | 05.03.05 | 14h26

Les ministres des finances et les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne envisagent de boucler, courant mars, le débat sur la réforme du pacte de stabilité et de croissance. Les hommes politiques et la Commission européenne ont l'intention d'assouplir les règles budgétaires et leur application.

Certains gouvernements entendent, notamment, renforcer une composante du pacte, à savoir la croissance.

Ces derniers mois, les banques centrales de l'eurosystème ont exprimé des critiques à l'égard des modifications envisagées. Elles ont mis en garde contre les effets contre-productifs que pourraient avoir un relèvement du seuil du déficit public annuel de 3 % du PIB et l'assouplissement des procédures du pacte. Pourquoi s'expriment-elles sur la politique budgétaire, et plus particulièrement sur le pacte de stabilité ? Ne sont-elles pas clairement investies d'une mission monétaire : garantir la stabilité des prix à moyen terme ?

En se posant cette question, on va au coeur de la rationalité économique du pacte. Car à long terme, il n'est pas possible pour une banque centrale de maintenir le niveau des prix stable si les finances publiques ne sont pas saines. Les règles budgétaires communautaires apportent ainsi un support à la politique monétaire menée au sein de l'union monétaire européenne.

Ce fait n'est d'ailleurs contesté sérieusement par personne. C'est justement une union économique et monétaire, devant fonctionner à moyen et long terme qui a besoin d'un cadre ordonné pour sa politique budgétaire. Dans une union monétaire, en effet, les marchés n'ont pas la possibilité de procéder à une nette différenciation des risques entre les pays membres. Et le dispositif réglementaire devrait permettre d'aplanir les tensions susceptibles d'apparaître entre les pays membres ou entre le milieu politique et les banques centrales. Il ne faut pas oublier que des règles budgétaires efficaces contribuent largement à ancrer le principe de la solidité dans la politique budgétaire et à limiter le besoin de financement déjà existant, qui résulte du vieillissement de la population et des droits acquis vis-à-vis des systèmes de protection sociale ne reposant pas sur la capitalisation.

Mais la portée du pacte de stabilité va bien au-delà. Il a constitué, et constitue toujours, un élément essentiel du cadre institutionnel de l'union monétaire. Il représente, avec la Constitution monétaire, l'un des deux principaux piliers de l'Union économique et monétaire. Les débats menés depuis des mois sur la réforme du pacte ont entamé la crédibilité de ce pilier. Reste à savoir si cette discussion débouchera sur un accord convaincant, susceptible d'améliorer la confiance.

Parallèlement aux propositions faites par la Commission pour réformer le pacte, certains gouvernements ont également présenté leurs propres idées à ce sujet. Elles portent essentiellement sur une plus ample prise en considération des particularités de chaque pays, notamment la croissance économique, le niveau de la dette publique et la mise en oeuvre de réformes structurelles. Leur principal argument est que la Communauté est devenue plus hétérogène et que la réforme envisagée incitera davantage ses Etats à respecter les critères du pacte de stabilité et de croissance.

Le débat mené autour de la réforme touche également les thèmes suivants : un catalogue élargi des "autres critères" à prendre en compte pour l'interprétation de la situation budgétaire et une redéfinition des "circonstances exceptionnelles". Plusieurs Etats suggèrent d'exclure du calcul du déficit - ou d'en tenir compte, du moins, au moment de son évaluation - les dépenses consacrées aux investissements publics, à la formation, à la recherche et au développement, à la défense ainsi qu'à l'aide au développement, tout comme les contributions nettes versées à l'Union européenne.

Eu égard aux critères fixés en matière de réglementation budgétaire - la simplicité, la transparence, la cohérence et l'égalité de traitement -, la mise en oeuvre des réformes évoquées plus haut aggraverait la complexité et le manque de transparence du pacte. Faire respecter les engagements européens deviendrait plus difficile.

Vouloir donner, par le biais de la réforme, davantage de "poids économique" aux règles budgétaires et, partant, interpréter et appliquer ces règles de façon "raisonnable" ou "judicieuse" n'est rien d'autre qu'aspirer à une plus grande liberté d'action à court terme, par le biais de l'augmentation de l'endettement.

Cela équivaut à un changement de paradigme au niveau de la politique budgétaire en Europe. En fin de compte, la réforme se traduirait par un relâchement plus prononcé de la discipline budgétaire, au détriment des générations futures.

Or, vu l'évolution de la croissance actuelle, le seuil du déficit devrait être inférieur à 3 %, afin que la hausse du taux d'endettement soit enrayée. En définitive, exclure certaines catégories de dépenses du calcul du déficit ou de son interprétation n'empêche pas un recours accru au crédit. Et il n'est pas certain que les conditions de financement avantageuses qui prévalent aujourd'hui persistent indéfiniment.

A vrai dire, les règles budgétaires sont suffisamment souples pour permettre aux stabilisateurs automatiques de lisser les fluctuations conjoncturelles. Ces règles ne sont perçues comme une contrainte que si les Etats n'ont pas réussi pendant les "périodes de vaches grasses" à dégager une marge de manoeuvre budgétaire suffisante pour pouvoir amortir les chocs en temps de crise. Le pacte ne contraint aucun pays à mener une politique procyclique. Il n'y a pas non plus de contradiction entre des finances publiques solides et la croissance économique. Au contraire, la croissance passe par des finances publiques saines. Prôner un renforcement de la "composante croissance" revient à ignorer ces interactions et à vouloir agir sur la conjoncture par le biais de la politique budgétaire. Il s'agit d'une approche très hasardeuse.

En modifiant les règles, on n'élimine pas l'obstacle majeur à l'application du pacte, à savoir le manque de volonté politique. On ne résout pas les problèmes de crédibilité en adaptant les règles au comportement, en période de crise de confiance, au lieu d'adapter le comportement aux règles. Des règles établies "pour la forme" ou fixées en fonction des besoins ouvrent la voie à l'opportunisme budgétaire. La logique économique exclut l'idée d'une réforme du pacte de stabilité et de croissance. Si l'on s'accorde, à court terme, une plus grande latitude en matière de politique budgétaire, on reporte inéluctablement les charges financières sur les générations futures. La confiance inspirée par la promesse des gouvernements européens de contribuer à garantir la stabilité de la monnaie commune par le biais de finances publiques durablement solides se trouve ébranlée.

On est en droit de se demander si la réforme du pacte de stabilité signifiera un changement de cap pour l'Union économique et monétaire, dont nul ne connaît l'orientation, l'objectif et le résultat.

Jürgen Stark est vice-président de la Bundesbank et ancien secrétaire d'Etat allemand aux finances.

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.03.05


Cinq raisons de voter "oui" à la Constitution européenne, par Jean-Pierre Raffarin
LE MONDE | 04.03.05 | 15h23

Le débat européen retrouve sa dimension historique, celle de ses débuts, où la paix en Europe semblait si fragile. Progressivement, nous nous sommes habitués à la paix, au point d'être si peu révoltés par les guerres à nos portes. Dans l'Union, l'administration s'est insidieusement substituée à l'ambition.
.. jusqu'au moment où l'élargissement de l'Europe nous rend enfin le goût de l'histoire. Avec notre nouvelle géographie, une nouvelle organisation s'imposait. Une Constitution pour une histoire nouvelle.

Un vote d'urgence. Le monde est de plus en plus dangereux. Les déséquilibres économiques et sociaux multiplient les conflits politiques et aggravent les menaces terroristes. Le monde a besoin de l'Europe parce qu'elle est le rempart contre le choc des civilisations. Les idées et les valeurs de l'Europe sont nécessaires au renforcement de l'ONU pour plus de droit, à la réforme de l'OMC pour plus de justice, à la création d'une organisation mondiale de l'environnement pour une plus grande conscience de la fragilité de la planète. Avec un ministre des affaires étrangères de l'Europe, la voix de notre continent sera plus forte. L'urgence est là.

Un vote politique. La Constitution européenne permet à la démocratie politique de retrouver et d'affirmer sa suprématie sur l'organisation administrative. Le Conseil européen, réunion des chefs d'Etat et de gouvernement, sera doté d'un président à plein temps, élu, pouvant rester cinq ans en fonctions. Le président de la Commission sera élu et responsable devant le Parlement européen, dont les pouvoirs seront renforcés.

Chaque Parlement national contrôlera le bon exercice des responsabilités entre le niveau européen et l'échelon national. La plupart des décisions devront rassembler une majorité d'Etats (55 %) et une forte majorité de la population (65 %). Enfin, un droit d'initiative législative par pétition, un million de signatures, est reconnu aux citoyens.

Un vote social. L'emploi et le progrès social sont constitutionnellement affirmés comme des objectifs de l'Union européenne. Dix articles spécifiques concernent directement la politique sociale de l'Europe, sans compter ceux qui sont relatifs à l'emploi ou à la cohésion sociale. La Constitution nous engage pour le respect des minorités, la parfaite égalité entre femmes et hommes, la lutte contre l'exclusion, la protection de la santé, un niveau élevé d'éducation, la préservation de l'environnement...

L'économie sociale de marché reconnaît le dialogue social en constitutionnalisant les concepts de partenaires sociaux et de sommet social tripartite : elle consacre la spécificité des services publics "à la française". Sur le plan sociétal, la Constitution renforce également l'espace de liberté, de sécurité et de justice, notamment en offrant des capacités nouvelles à Eurojust.

Un vote économique. Que deviendraient l'agriculture française ou la pêche française sans les soutiens européens ? Comment réussirions-nous à imposer l'usage des biocarburants sans la puissance européenne ? L'Europe est exigeante, mais son concours est indispensable aux agriculteurs français comme pour la ruralité. Nos grands projets, tels que la réussite de l'Airbus A 380 ou l'implantation à Cadarache d'ITER, centre de production de l'énergie postnucléaire, l'énergie des étoiles, l'énergie du XXIe siècle, sont devenus des projets européens. Jusqu'ici, nos différentes politiques économiques n'étaient pas toujours bien coordonnées. Maintenant, grâce à l'instauration d'une présidence stable à l'Eurogroupe, les ministres des finances pourront insuffler une nouvelle dynamique dans la zone euro. Ensemble, nous pourrons faire de l'Europe un territoire économiquement plus attractif, ce qui est une réponse offensive, la meilleure réponse aux délocalisations. L'em! ploi en France a besoin de l'Europe.

Un vote culturel. La dimension culturelle européenne sera renforcée par la consécration de la diversité culturelle et linguistique dans les objectifs de l'UE, mais aussi par le passage à la majorité qualifiée pour l'adoption de mesures instituant de grands programmes européens.

C'est à la demande du président Chirac qu'a été préservée l'exception culturelle dans la conduite de la politique commerciale commune. "La problématisation généralisée nous invite à recommencer l'aventure européenne, mais avec une ouverture nouvelle sur le monde" : Edgar Morin invite ainsi les intellectuels européens à sortir du "cataclysme idéologique" qui restera comme une cicatrice du XXe siècle. Avec les éclaireurs de la culture, les Aüfklarer, faisons lever le nouvel esprit européen.

Mon vote européen est un vote de forte conviction. Il est étranger à tout détournement partisan et à toute manoeuvre tacticienne. Le traité constitutionnel ne pose pas la question du candidat de l'opposition à l'élection présidentielle de 2007, il ne décide pas non plus de l'adhésion de la Turquie, sur laquelle le peuple de France aura le dernier mot par référendum, comme le Parlement vient de le décider ce lundi.

Au moment où l'UMP s'engage, ce dimanche, dans la campagne référendaire, je demande aux ministres de s'engager en simples citoyens pour répondre aux questions de nos compatriotes et de présenter avec coeur le projet européen de la France. Le débat sur l'avenir de l'Europe n'est la propriété de personne. Il dépasse les clivages politiques, sans toutefois les effacer. Il concerne d'abord les générations futures.

Face aux défis de l'avenir, militant européen depuis toujours, je m'engage. Pour moi, la bonne réponse, c'est le "oui" à l'Europe.

Jean-Pierre Raffarin est premier ministre.

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.03.05


Le référendum sur la Constitution européenne a été fixé au 29 mai
LEMONDE.FR | 04.03.05 | 12h32  .  MIS A JOUR LE 04.03.05 | 14h00

Le référendum sur la Constitution européenne aura lieu le dimanche 29 mai, a annoncé, vendredi 4 mars, l'Elysée dans un communiqué. Il reste moins de trois mois au chef de l'Etat et aux partisans du "oui" pour contenir l'essor du camp du "non", que les derniers sondages créditent d'environ 40 % des intentions de vote.
Jacques Chirac avait annoncé, le 14 juillet, que les Français seraient consultés par référendum sur le traité constitutionnel européen, adopté par les 25 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne le 18 juin à Bruxelles. Le 31 décembre, dans ses voeux aux Français, le chef de l'Etat avait précisé que le référendum serait organisé "avant l'été".

 Après le feu vert donné, lundi 28 février, par le Parlement à la révision de la Constitution française préalable au référendum, Jacques Chirac a consulté les dirigeants des formations politiques représentées à l'Assemblée nationale et au Sénat sur la date et les modalités d'organisation de cette consultation.

La plupart des formations reçues à l'Elysée entre le mardi 1er et le jeudi 3 mars, s'étaient prononcées pour un référendum fin mai ou début juin, le PCF et les chevènementistes souhaitant qu'il ait lieu plus tard pour donner plus de temps au débat.

UN COÛT ESTIMÉ À 45 MILLIONS D'EUROS
Le coût du référendum sur la Constitution européenne, qui sera organisé le 29 mai, est estimé à environ 45 millions d'euros, si on tient compte des crédits prévus à cet effet dans le collectif budgétaire voté en décembre dernier. Pour l'organisation du scrutin, 39,3 millions d'euros ont été débloqués, auxquels s'ajoutent 5,8 millions d'euros pour financer la campagne d'information précédant le vote.

Dans un rapport en novembre dernier sur les crédits du ministère de l'intérieur pour 2005, le député UMP Marc Le Fur estimait que le coût de l'organisation du référendum, "hors remboursements forfaitaires éventuels de frais de campagne", serait compris "entre 38,5 et 62,4 millions d'euros, c'est-à-dire entre 0,93 et 1,5 euro par électeur". "L'hypothèse haute semblant la plus probable", ajoutait-il.

"A titre de comparaison, l'organisation du référendum de 1992 sur le traité de Maastricht avait couté 42,4 millions d'euros, soit 1,11 euro par électeur", soulignait le député.

PROGRESSION RÉGULIÈRE, DANS L'OPINION, DU CAMP DU "NON"
Alors que la campagne pour le "oui" a tardé à démarrer, le camp du "non" s'est étoffé ces dernières semaines et le rejet de la Constitution européenne semble avoir régulièrement progressé dans l'opinion depuis la fin de l'an dernier, à la faveur du débat sur l'adhésion de la Turquie et de la grogne sociale alimentée par la réforme des 35 heures et les revendications sur le pouvoir d'achat.

Dans le camp du "non", au fil des consultations internes, une bonne partie des Verts, de la CGT, de la CFDT et une forte minorité du Parti socialiste se sont agrégées à l'extrême gauche, aux communistes, au Mouvement républicain et citoyen, tous opposants de la première heure.

A droite, l'UMP est gênée par son débat interne sur l'adhésion de la Turquie, une faiblesse exploitée par l'UDF de François Bayrou, pourtant favorable au "oui" à la Constitution, et le MPF souverainiste de Philippe de Villiers, partisan du "non".

Dans l'opinion, le "non" semble avoir régulièrement progressé dans les intentions de vote, passant de 30 % début décembre, après le vote favorable des adhérents du Parti socialiste, à 40 % début février, selon les six sondages CSA réalisés depuis septembre 2004.

Cette progression du "non" s'explique aussi par une situation politique et économique qui est loin d'être brillante. Le premier ministre Jean-Pierre Raffarin, chargé de mener la campagne du référendum, a perdu les trois précédentes élections - locales, régionales et européennes - qui se sont tenues en 2004, et son taux de popularité est faible, plafonnant autour de 30 %. La situation économique difficile, avec un taux de chômage à 10 % et peu de perspectives d'amélioration, suscite le mécontentement d'une série de catégories sociales qui sont mobilisées contre le gouvernement depuis des semaines. Le 10 mars, une manifestation nationale de grande ampleur est annoncée par les syndicats.

Ces catégories pourraient être tentées par un vote protestataire ayant peu à voir avec le traité constitutionnel. Conscient du danger, Jean-Pierre Raffarin a pris les devants en rappelant que la Constitution européenne "ne pose pas la question du candidat de l'opposition à l'é! lection présidentielle de 2007", dans une tribune publiée dans Le Monde daté de samedi.

Le traité constitutionnel "ne décide pas non plus de l'adhésion de la Turquie, sur laquelle le peuple de France aura le dernier mot par référendum", a ajouté le Premier ministre, qui craint l'amalgame entre ces deux sujets. Le non est alimenté en France par deux grands courants: l'un surtout à droite qui met en avant la question de l'adhésion de la Turquie et l'indépendance de la France, l'autre protestataire inspiré par la crainte d'une Europe trop libérale.

"UNE CHANCE POUR LA FRANCE ET POUR L'EUROPE"
L'annonce de la date du référendum survient trois jours seulement après la promulgation par le président de la République du texte révisant la Constitution française, préalable indispensable à l'organisation de la consultation. Fervent partisan du "oui", Jacques Chirac présente le traité européen comme "une chance pour la France et pour l'Europe".

Ce texte "consolide l'oeuvre de paix, de liberté et de démocratie de cinquante ans de construction européenne. Il affirme un modèle de développement économique et social fondé sur la solidarité et qui encourage l'initiative et la croissance. Il reconnaît pour la première fois le rôle des services publics", soulignait-il mardi dans un communiqué.

Une analyse à mille lieues de celle proposée par les partisans du "non", en particulier de gauche, pour qui ce traité scelle dans le marbre des orientations politiques ultra-libérales.

Avec AFP et Reuters


L
'Eurogroupe échoue à trouver un accord sur la réforme du pacte de stabilité
LEMONDE.FR | 08.03.05 | 10h25  .  MIS A JOUR LE 08.03.05 | 10h31

La présidence luxembourgeoise de l'UE a présenté, lundi à Bruxelles, un texte de compromis de 14 pages sur "l'amélioration de la mise en oeuvre du pacte de stabilité et de croissance", mais les ministres des finances de la zone euro ne sont pas parvenus à un accord.
Au terme d'une réunion marathon, les ministres des finances de la zone euro, réunis lundi 7 mars, ne sont pas parvenus à un accord sur une réforme du pacte de stabilité et ont décidé de se revoir le 20 mars, alors même que le président français, Jacques Chirac, et le chancelier allemand, Gerhard Schröder, tentent de prendre le contrôle du dossier.

Après neuf heures trente de débat, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui présidait la rencontre, a ainsi annoncé qu'il avait appelé à une nouvelle réunion des grands argentiers de la zone euro le 20 mars, qui se poursuivra ensuite à vingt-cinq. La nouvelle rencontre est donc prévue juste avant le sommet européen des 22 et 23 mars réunissant des chefs d'Etat et de gouvernement européens, qui ont le dernier mot sur le sujet.

M. Juncker a estimé que la rencontre, lundi, avait permis de faire "des progrès". "Nous nous dirigeons vers un accord", a-t-il dit, en admettant toutefois que le sujet reste "difficile".

De son côté, le ministre allemand Hans Eichel s'est dit "optimiste" sur les chances d'un succès le 20 mars. Il a estimé possible un accord à l'unanimité. Son homologue français, Thierry Breton, a qualifié aussi la rencontre marathon de lundi soir de "bonne".

Le débat sur le pacte se poursuivra encore mardi à vingt-cinq, mais aucun accord n'est attendu avant le 20 mars, a souligné le ministre espagnol Pedro Solbes.

POSITION COMMUNE FRANCO-ALLEMANDE
De leur côté, passant "par-dessus la tête" des grands argentiers, le chancelier Gerhard Schröder et le président Jacques Chirac ont, lors d'une rencontre lundi, adopté "une position commune" sur la réforme du pacte. Cette position sera présentée par le chancelier Schröder mardi soir à Luxembourg à son homologue Jean-Claude Juncker.

L'initiative des deux grands a été mal perçue par les petits pays. "Le mieux que les chefs d'Etat et de gouvernement peuvent faire est de laisser travailler les ministres des finances", a ainsi lancé le ministre néerlandais des finances, Gerrit Zalm, partisan de la rigueur.

Les grands argentiers ont planché, lundi, sur la base d'un texte de compromis mis sur la table par la présidence. "Il y aura un nouveau texte de la présidence lors de la prochaine rencontre", a souligné le ministre belge Didier Reynders.

Le texte, présenté par la présidence lundi, assouplit significativement le pacte. Il dresse ainsi, comme le souhaite le couple franco-allemand, une série de facteurs "pertinents" dont la Commission européenne devra tenir compte avant le déclenchement de la procédure en déficit excessif. Parmi ces facteurs, le document mentionne "la qualité des dépenses", le "coût budgétaire des réformes structurelles", ainsi que des "chocs extérieurs". Le texte laisse entendre que le coût de la réunification allemande pourrait être inclus dans ces facteurs, comme le souhaite Berlin.

L'Italie, un des pays les plus lourdement endettés de la région, devrait trouver motif à satisfaction, puisque le contrôle de la dette publique n'est pas renforcée de manière drastique.

Mais, malgré ce catalogue de circonstances exceptionnelles, qui réduit le mordant du pacte, le texte maintient le pouvoir de la Commission, contrairement aux voeux exprimés le mois dernier par le chancelier allemand, qui souhaite avant tout un jugement politique.

Par ailleurs, aucune catégorie de dépenses n'est exclue, a priori, du calcul des déficits, contrairement à la demande de la France.

Mais le document de compromis n'a pas satisfait non plus le ministre autrichien Karl-Heinz Grasser, fervent adepte de la rigueur. Dans ce compromis, "il y a des progrès, mais en grande partie dans la mauvaise direction", a-t-il dit à son arrivée, en refusant une application à la carte du pacte. "Les règles doivent être appliquées de la même façon à tous les pays membres", a-t-il fait valoir.

Avec AFP


Jacques Chirac et Gerhard Schröder empêchent un compromis sur la réforme du pacte de stabilité
LE MONDE | 08.03.05 | 13h24

Les deux dirigeants ont réaffirmé en Allemagne leurs exigences. Après neuf heures de négociation sans accord, les ministres des finances de la zone euro ont décidé de se retrouver le 22 mars.
Une réunion extraordinaire des ministres des finances de la zone euro devra tenter, le 20 mars, de boucler l'accord sur la réforme du pacte de stabilité tant annoncée, que les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Cinq doivent en principe entériner lors de leur sommet des 22 et 23 mars à Bruxelles.

En dépit de neuf heures de débats, lundi 7 mars, jusque tard dans la nuit, les ministres des douze pays membres de la zone euro ne sont toujours pas parvenus à achever leur négociation. Même si les participants ont fait état de progrès. "La discussion a été constructive", a glissé Thierry Breton, le nouveau ministre français des finances, qui prenait pour la première fois part à la négociation.

La France et l'Allemagne continuent d'exercer une très forte pression pour obtenir un assouplissement des règles du pacte, rendant la tâche difficile à Jean-Claude Juncker, le président en exercice de l'Union et aussi de la zone euro. Gerhard Schröder et Jacques Chirac ont longuement abordé cette question lundi à Blomberg, dans la région natale du chancelier allemand, où ils se sont retrouvés dans le cadre de leurs rencontres régulières avec leurs ministres des affaires étrangères. Il a été convenu que le chancelier irait mardi défendre une "position commune" auprès du premier ministre luxembourgeois.

Lors de leur conférence de presse commune, le président français a appuyé les demandes allemandes pour"la révision raisonnable du pacte", critiquant ses "règles parfois trop strictes", et dénonçant la "brutalité technocratique" avec laquelle certains veulent l'appliquer. Prenant avec force la défense du chancelier, en difficulté après la hausse du nombre des chômeurs allemands, passé à plus de 5 millions, il a rendu un hommage appuyé à ses réformes pour relancer l'emploi et lutter contre les délocalisations, qui, a-t-il dit, "suscitent l'estime de toute l'Europe".

"Moins de mécanique, plus de politique, c'est l'esprit de la réforme voulue par les Français et les Allemands", résumait un diplomate lundi soir à Bruxelles à l'issue des négociations des ministres des finances. Le document présenté par la présidence luxembourgeoise, qui a pris en compte les demandes allemandes, a été soutenu par une majorité de délégations. Celui-ci confirme que les critères du pacte - un déficit inférieur à 3 % du produit intérieur brut (PIB) et une dette inférieure à 60 % du PIB - continuent "d'être la clé de voûte de la surveillance multilatérale".


"FACTEURS PERTINENTS"
Les objectifs à moyen terme doivent "prendre en compte les différences entre les pays membres", précise cependant le texte. Tandis que plusieurs pays vertueux, à l'instar de l'Autriche, sont réservés vis-à-vis de cette idée, le projet de M. Juncker met en avant une liste de "facteurs pertinents", que les autorités européennes pourront prendre en compte pour juger de l'opportunité d'une procédure pour déficit excessif, dès lors qu'un pays aura franchi le seuil des 3 %. Cette liste comprend les dépenses d'investissements, celles de recherche et développement, les chocs extérieurs, le coût de certaines réformes structurelles.

Le texte laisse entendre, sans les nommer, que la réunification allemande pourrait être prise en compte comme "un événement majeur impliquant des charges spécifiques".

Mais les Allemands demandent davantage de clarté, et les Français ne retrouvent, malgré leurs souhaits, aucune mention des dépenses militaires.

Le projet de compromis précise également les rôles respectifs de la Commission européenne et du conseil des ministres. La première devra "exercer son droit d'initiative de manière opportune et appliquer les règles effectivement". Pour M. Juncker, le conseil devra en revanche "exercer prudemment sa marge d'interprétation".

Avant même la réunion, le texte de compromis était jugé insuffisant par la délégation allemande. "Il nous faut plus de temps" pour tomber d'accord, avait prévenu Hans Eichel, le ministre allemand des finances. "Jean-Claude Juncker a éprouvé le besoin d'introduire des contreparties à chacun des allégements envisagés. Du coup, sa proposition va à l'encontre de l'esprit de la réforme, en alourdissant les procédures", juge un diplomate.

Philippe Ricard (à Bruxelles) et Georges Marion (à Blomberg)

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 09.03.05


Ceux qui rejetteront la Constitution européenne joueront la carte du «libéral-souverainisme».
Traité de Nice, mauvaise pioche

Par Jean-Luc DELPEUCH
mercredi 09 mars 2005


Le débat sur la Constitution européenne fait une large place à la question des rapports entre construction européenne et libéralisme. En matière de construction européenne, trois visions s'affrontent :

­ la conception souverainiste de l'Europe des nations, où les Etats conservent l'intégralité de leur souveraineté et organisent entre eux des coopérations actées à l'unanimité ;

­ à l'opposé, la vision d'un super-Etat européen intégré et unifié, où les Etats historiques fusionneraient en un seul ensemble centralisé ;

­ entre les deux, l'approche fédérale, où les Etats-nations demeurent, mais attribuent certaines de leurs compétences à des institutions communes.

Au cours des cinquante dernières années et après plusieurs oscillations, c'est cette troisième approche qui s'est affirmée sous le vocable de «méthode communautaire».

Or, à l'heure où l'activité des entreprises dépasse très largement les frontières des Etats, les législateurs nationaux sont de plus en plus impuissants face aux multinationales. Dans le système revendiqué par les souverainistes, aucune puissance publique ne vient réguler la globalisation des échanges, les entreprises peuvent mettre en concurrence les systèmes réglementaires nationaux et choisir pour lieu d'investissement les sites où les contraintes environnementales, sociales ou fiscales sont les moins fortes. Dans le monde globalisé, il y a donc compatibilité et convergence naturelle entre libéralisme et souverainisme. Cela n'est d'ailleurs pas un hasard si l'option européenne des Britanniques combine ces deux tendances, dans une vision «libérale-souverainiste». A l'inverse, dans un système fédéral ou a fortiori dans un super-Etat européen intégré, les autorités supranationales disposent de larges compétences et les entreprises ont beaucoup plus de difficultés à échapper à leur contrôle.

Entre le traité de Nice et le projet de Constitution pour l'Europe, c'est le traité qui est le plus conforme aux objectifs du libéral-souverainisme. A de nombreux égards en effet, la Constitution contient des avancées fédéralistes et antilibérales impulsées par la Convention, au corps défendant des appareils d'Etat : elle donne la personnalité juridique à l'Union, reconnaît la primauté du droit européen sur le droit national, fait de l'Union, incarnée par le président du Conseil européen et le ministre des Affaires étrangères, un acteur sur la scène mondiale, étend très largement le champ des décisions à la majorité qualifiée, augmente considérablement les pouvoirs du Parlement européen et son contrôle politique sur la Commission, instaure un droit d'initiative populaire, inscrit le dialogue social, le commerce équitable et le développement durable parmi ses objectifs, donne des compétences à l'Union en matière de service public, intègre une charte des droits fondamentaux !...

Il n'est donc pas étonnant que les souverainistes, à l'instar des conservateurs britanniques, soient farouchement hostiles à la ratification de telles évolutions, et souhaitent ardemment s'en tenir au statu quo ante, sur la base du traité de Nice, même si celui-ci est encore trop fédéraliste à leurs yeux.

Comment se justifie alors la tentation du non chez ceux qui, à gauche, sont favorables à plus d'Europe et à moins de libéralisme ? Ils préfèrent le maintien du traité de Nice, pourtant nettement plus libéral que la Constitution, au motif qu'adopter la Constitution reviendrait, à leurs yeux, à figer l'Europe à un niveau où ses capacités d'intervention dans les domaines économique, social et environnemental sont jugées insuffisantes.

Pour les partisans du libéral-souverainisme comme pour les partisans du «non européen de gauche», le rejet de la Constitution, trop fédéraliste pour les uns et trop embryonnaire pour les autres, créerait les conditions favorables à sa renégociation.

La symétrie divergente de cette double espérance met clairement en évidence l'improbabilité de sa réalisation : au cas où le non l'emporterait, comment distinguer en effet entre la victoire des souverainistes et celle des mieux-disant européens ? Lors de la conférence intergouvernementale consécutive au rejet de la Constitution, chaque Etat traumatisé par le désaveu de ses citoyens et désireux d'attirer leurs faveurs en vue d'une nouvelle tentative de ratification, s'arc-bouterait sur ce qu'il imaginerait être la défense de ses intérêts nationaux. Les Etats où le oui l'aurait emporté n'auraient en revanche aucun intérêt à ce que le texte soit retouché. Les «lignes rouges», plus nombreuses, plus serrées et plus incompatibles que jamais, annihileraient à court terme tout espoir d'aboutir à un consensus significativement différent du statu quo niçois.

A plus long terme, entre le traité de Nice confirmé par le non et la Constitution européenne, c'est Nice qui sera le plus difficile à réviser. La Constitution innove en effet en donnant au Parlement européen un droit d'initiative constitutionnelle : si, après l'adoption de la Constitution, l'Assemblée européenne des citoyens décide de la réviser, il suffira alors de l'accord d'une majorité simple des Etats pour convoquer la Convention chargée de rédiger un nouveau texte. Certes cette version révisée de la Constitution devra passer sous les fourches caudines des gouvernements avant d'être soumise à ratification ; mais, même si le non l'emporte dans quelques Etats, la révision constitutionnelle ne sera pas automatiquement rejetée.

Or ni le droit d'initiative constitutionnelle du Parlement, ni l'intervention de la Convention, ni la souplesse possible en cas de non-ratification dans quelques Etats ne sont prévus par le traité de Nice, qui pourrait bien devenir un véritable «trou noir» pour l'Europe, si l'on n'y prend garde.

En somme, s'il est logique que les tenants du libéral-souverainisme votent non au référendum sur la Constitution, choisissant ainsi de graver durablement l'Europe dans le marbre du traité de Nice, le non de ceux qui voudraient plus d'Europe et moins de libéralisme serait paradoxal ; il ressemblerait au choix de Gribouille, qui préfère plonger dans l'eau pour s'abriter de la pluie.

Jean-Luc Delpeuch directeur de l'Institut européen de Cluny (Ecole nationale supérieure d'arts et métiers).



Le refus du Parlement européen de commémorer le massacre de Katyn irrite les députés polonais
LE MONDE | 09.03.05 | 13h56
Strasbourg de notre bureau européen

Zbigniew Zaleski secoue ses cheveux blancs d'impuissance et de tristesse : "Le Parlement européen aurait dû observer une minute de silence en l'honneur des 14 000 officiers polonais massacrés à Katyn sur ordre de Staline !", se désole cet eurodéputé polonais qui appartient au groupe du Parti populaire européen (PPE, démocrate-chrétien).

"Ce n'est sûrement pas la Russie qui va le faire lorsqu'elle commémorera la fin de la seconde guerre mondiale au mois de mai !", souligne-t-il. Il rappelle que, "pendant cinquante ans, l'URSS a accusé les troupes nazies d'avoir commis ce crime" et qu'"elle n'a reconnu les faits qu'en 1992".

M. Zaleski avait demandé au président du Parlement, Josep Borrell, de faire cette commémoration à l'ouverture de la session plénière de mars.

Sur un ordre du 5 mars 1940 signé par Staline, 14 000 officiers de l'armée polonaise avaient été fusillés près de Smolensk, en Russie, au printemps 1940. Ils avaient été faits prisonniers en octobre 1939 par l'armée rouge, qui avait envahi les régions polonaises de l'Est - en vertu du pacte de non-agression germano-soviétique - après l'attaque de la Pologne par Hitler. Le charnier avait été découvert en avril 1943. L'affaire, étouffée sous les communistes, est devenue plus tard une cause nationale.

M. Borrell a annoncé, lundi 7 mars, que la conférence des présidents du Parlement européen s'est refusée à cette commémoration, au motif qu'il n'est pas possible de consacrer des minutes de silence à tous les événements tragiques du passé, pour lesquels des demandes affluent. "Chaque jour, nous nous rendons compte que l'histoire de notre continent a été tragique, tourmentée. Et, chaque jour, nous aurons une commémoration triste à faire parce que l'Europe a été divisée par des conflits au cours desquels des millions de citoyens sont morts, a-t-il poursuivi. Nous avons une histoire actuelle, une histoire de réunification (...), nous devons renforcer la paix, la démocratie, les valeurs de l'UE, pour empêcher que ces événements du passé ne se reproduisent."

"AMNÉSIE HISTORIQUE"
Cette réponse a fortement déçu les Polonais, qui se sentent décidément incompris par leurs collègues de l'Ouest. Ils avaient vivement protesté, au moment des commémorations de la libération du camp d'Auschwitz, contre les amalgames pouvant être faits entre la Pologne et l'Allemagne nazie. "M. Borrell ne réalise pas que, pour nous, Katyn ce n'est pas du passé, proteste Jacek Saryusz-Wolski, président de la délégation polonaise du PPE. Jusqu'au début des années 1990, dire la vérité sur Katyn nous envoyait en prison !"

Bronislaw Geremek, ancien dissident, membre du groupe des libéraux-démocrates, estime que "les événements exceptionnels méritent d'être commémorés. Ce sera le cas des attentats du 11-Mars à Madrid, qui constituent un acte épouvantable !".

M. Saryusz-Wolski estime qu'"il faut éduquer l'Europe occidentale. Nous ne pouvons tolérer cette amnésie historique sur les actes commis par Staline". Il indique que "tous les députés des anciens pays de l'Est, quel que soit leur groupe politique, réclament un débat au Parlement européen, en mai, sur la fin de la seconde guerre mondiale. Nous voulons rappeler que la défaite de l'Allemagne nazie a signifié le début de l'occupation communiste pour une moitié du continent".

Rafaële Rivais

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.03.05


L'enthousiasme de M.  Breton ne suffit pas à convaincre ses homologues européens
LE MONDE | 09.03.05 | 14h02
Bruxelles de notre bureau européen

Thierry Breton se souviendra longtemps de sa première nuit à Bruxelles : neuf heures de discussions marathons avec les ministres des finances de la zone euro, sans accord, sur un sujet qu'il découvre, la réforme du pacte de stabilité et de croissance.

Dix jours après avoir remplacé, au pied levé, Hervé Gaymard, le nouveau ministre de l'économie et des finances a dû se contenter, lundi 7 et mardi 8 mars, d'un simple tour de chauffe, histoire de faire connaissance avec des collègues dont certains s'étonnent, en privé, de la valse des grands argentiers français.

"J'ai insisté avec fermeté sur les objectifs de la réforme du pacte : tenir compte beaucoup plus des critères économiques et des critères d'appréciation politique", a-t-il dit après la réunion, en soulignant avoir relayé le message du "président de la République".

"Le président - de l'Eurogroupe - Juncker nous a dit à 3 heures du matin qu'il était temps d'aller se coucher : je dois dire que dans l'élan je ne m'étais pas rendu compte qu'il était 3 heures du matin", a ironisé M. Breton, très à l'aise devant les journalistes malgré une courte nuit.

A l'instar de ses homologues, le nouveau locataire de Bercy s'est défendu de vouloir remettre en cause le sacro-saint principe d'un déficit inférieur à 3 % du produit intérieur brut : "A Paris, je suis le premier à le défendre, a-t-il affirmé, mais le pacte ne doit pas être excessivement rigide quand la croissance est faible."

Tandis que les avis divergent sur la composition d'une liste de "facteurs pertinents" que la Commission européenne et le conseil des ministres pourraient prendre en compte afin de retarder le lancement d'une procédure pour déficit excessif, l'ancien PDG de France Télécom a lancé, presque lyrique : "Quelle Europe voulons-nous ? Nous voulons une Europe tournée vers l'avenir, une Europe tournée vers les autres."

Pour lui, à la différence de nombre de ses homologues, il ne fait aucun doute que les dépenses d'aide au développement et de défense doivent être prises en compte.

Deux autres exigences françaises, les dépenses de recherche et les investissements, font déjà partie des éléments retenus pour un éventuel compromis. "J'ai été entendu", a répété le nouveau ministre de l'économie, donnant à son discours une touche personnelle, et un volontarisme très... sarkozien.

Hans Eichel, son homologue allemand, qui s'agace, selon son entourage, d'en être à son septième interlocuteur français en six ans, l'a soutenu, a-t-il souligné.

En échange, M. Breton n'a pas hésité à prendre le contre-pied de la plupart de ses collègues, en considérant que la réunification allemande était "un événement majeur de la construction européenne", susceptible, par conséquent, de justifier les dérapages budgétaires allemands.

Le nouveau ministre a "bon espoir d'arriver à un consensus" lors de la prochaine réunion, le 20 mars, à l'avant-veille du sommet européen des 22 et 23 mars, qui doit entériner la réforme.

Mais le président en exercice de l'Union et de l'Eurogroupe, M. Juncker, ne semblait partager ni les conceptions du couple franco-allemand ni l'enthousiasme du successeur d'Hervé Gaymard. "Je n'ai aucune envie de remplacer un pacte qui va mal par un pacte qui donne l'impression de fonctionner et qui ira mal plus tard", a dit le Luxembourgeois, en menaçant de jeter l'éponge : "Tout devrait être simple, mais tout n'est pas si simple."

Philippe Ricard

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.03.05


25 ans de dialogue avec l'Europe

L’assemblée plénière de la Comece, ouverte mercredi 9 mars à Bruxelles, célèbre ses 25 ans. Cette instance est chargée du dialogue entre l’Église avec les instances européennes

Une rencontre entre des évêques catholiques d’Europe et le président de la Commission européenne : l’affiche est alléchante, vue de Paris où la laïcité est toujours une question sensible. Mais pour Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont et vice-président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece), le rendez-vous de ce jeudi 10 mars avec José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, est devenu une norme. Signe que, vingt-cinq ans après sa création, la Comece s’est imposée comme un interlocuteur valable auprès des responsables européens (1).

En dix années de travail à Bruxelles, l’Allemand Stefan Lunte, aujourd’hui secrétaire général adjoint de la Comece, a vu évoluer ces relations : «On est passé d’une interrogation suspicieuse à une certaine normalité», résume-t-il. Si les choses ont évolué grâce aux premières initiatives de Jacques Delors – principalement son programme «Une âme pour l’Europe» –, c’est la question de l’«héritage religieux» de l’Europe, au moment du débat sur la charte des droits fondamentaux, qui semble avoir marqué un véritable tournant. «On a alors pris conscience que l’Europe n’était pas seulement une entité économique, mais aussi une communauté de valeurs, raconte Stefan Lunte. Ce pas franchi, on a réalisé combien les Églises participaient à cette communauté de valeurs.»


Avec d’autres organismes, comme la Conférence des Églises européennes (KEK, non catholiques), la Comece est ainsi devenue un interlocuteur naturel pour les instances européennes. «Tout en maintenant une stricte distinction entre le politique et le religieux», souligne Stefan Lunte. Car, si la laïcité est une réalité aussi au niveau européen, elle n’y a pas le côté passionnel qu’on y trouve en France. «Je retrouve à Bruxelles le type de dialogue simple et spontané que nous avons en régions», confie Mgr Simon. 
 
La Comece va elle aussi débattre de la Constitution européenne
 
 
C’est donc sans complexe que les évêques peuvent aujourd’hui questionner les responsables européens qui interviennent au cours de leurs réunions. Tel le Belge Louis Michel, commissaire chargé du développement et de l’action humanitaire, qui devait prendre la parole au cours de l’assemblée ouverte mercredi à Bruxelles.

Mgr Adrianus Van Luyn, évêque de Rotterdam (Pays-Bas) et lui aussi vice-président de la Comece, a fait le tour des différentes commissions sociales des épiscopats européens : il interrogera le commissaire sur ce qu’il reste des objectifs européens de développement du millénaire. «De bonnes intentions un peu oubliées», regrette Mgr Hippolyte Simon qui, avec ses collègues, souhaiterait insister sur le fait que « l’Europe n’est pas seule au monde».

Alors que la future Constitution européenne doit être soumise au référendum dans une dizaine de pays, la Comece va elle aussi en débattre. «Nous n’avons pas à prendre une position qu’on ne nous demande pas, précise Mgr Simon. Mais cela ne nous empêchera pas de fournir des éléments de réflexion.» S’il est clair que la Comece n’est pas opposée au traité constitutionnel – son exécutif s’est plusieurs fois félicité du texte même s’il en a souligné les insuffisances –, elle ne souhaite pas empiéter sur le travail des conférences épiscopales. «C’est à elles de diffuser nos textes ou faire une déclaration si elles le souhaitent», explique Stefan Lunte.

Car si la Comece a pour mission de faire remonter une voix catholique vers les institutions européennes, elle a aussi pour vocation d’aider l’Église à comprendre l’Europe et d’éclairer leur responsabilité dans la construction européenne. Ce dernier point sera d’ailleurs l’objet d’un important texte sur l’intégration européenne, qui devrait être adopté pendant cette assemblée plénière à destination des paroisses, mouvements et groupes souhaitant travailler sur la question européenne, mais dont la diffusion sera décidée par chaque conférence épiscopale.

«Il s’agit de la suite du texte Ouvrons nos cœurs, publié en juin 2003», précise Stefen Lunte. Une réflexion enrichie à la lumière des nouveaux pays entrés dans l’Union en mai dernier. «Car si nous avons parlé d'"élargissement", eux ont parlé de "réunification", ce qui suppose une rupture, explique Mgr Simon, cheville ouvrière de ce document. Si 1945 a été pour certains une libération, pour d’autres cela marque le début de l’oppression : une relecture de ces années est nécessaire pour que se forge une mémoire commune : les catholiques doivent s’engager sur ce débat.»

Nicolas SENEZE

(1) Pour les 25 ans de la Comece, une soirée-débat aura lieu jeudi 10 mars à 19 h 30 à l’hôtel Eurovillages (80, boulevard Charlemagne à Bruxelles) sur le thème «Toi, Église en Europe, quelle place prends-tu dans la vie publique ?». Avec le cardinal Peter Erdö, archevêque de Budapest, Stefan Wilkanowicz, président de la Fondation pour la culture chrétienne Znak (Pologne), et Sœur Gisela Happ, secrétaire générale de l’Alliance intermonastères.


La directive Bolkestein ou le malaise européen
LE MONDE | 10.03.05 | 14h52

Le rejet de la directive Bolkestein sur la libéralisation des services masque-t-il un rejet de l'élargissement de l'Union européenne, intervenu le 1er mai 2004 ? Cette proposition de loi européenne, adoptée dans l'indifférence par la Commission en janvier 2004, à l'initiative de l'ancien commissaire néerlandais Frits Bolkestein, prévoit de libéraliser les services à l'intérieur de l'Union européenne.

L'objectif proclamé de la Commission à l'époque était de "réduire la paperasserie qui étouffe la compétitivité". Un an plus tard, en France, mais aussi en Belgique, en Allemagne et en Suède, classe politique, syndicats et citoyens se mobilisent. Tous s'inquiètent du possible afflux d'artisans et d'ouvriers venus d'Europe de l'Est proposer leurs services à l'Ouest à des prix défiant toute concurrence, entraînant salaires et normes de protection sociale dans une spirale baissière. Chacun cite l'exemple de l'entreprise lettone qui, après avoir remporté un appel

d'offres en Suède pour construire une école, avait commencé par faire travailler ses ouvriers lettons à des salaires lettons, avant de devoir plier bagage après le blocus organisé par les syndicats suédois.

Qu'en est-il entre fantasmes et réalité ? La proposition de M. Bolkestein, utilisée comme repoussoir par les opposants à la Constitution alors qu'elle n'a aucun rapport avec elle, vise simplement à achever un objectif remontant au traité de Rome de 1957 et relancé en 1986 par l'Acte unique de Jacques Delors : réaliser en Europe un grand marché unique, fondé sur la liberté de circulation des capitaux, des marchandises, des travailleurs et des services.

Les deux premières libertés vont largement de pair et concernent les entreprises : pour pouvoir exporter librement, il faut aussi être en mesure d'investir dans le lieu de son choix. Les industriels ont obtenu gain de cause, en temps voulu, fin 1992, sans trop de heurts, grâce à un triple phénomène.

D'abord, l'arrêt Cassis de Dijon de 1978, prononcé par la Cour de justice européenne de Luxembourg, a mis fin au protectionnisme déguisé des Etats en décidant que, si un produit pouvait être vendu dans un Etat membre, il pouvait l'être aussi dans les autres pays de l'Union. C'en était fini des "normes prétextes" destinées à bloquer les importations. Ensuite, Jacques Delors a eu la sagesse d'accompagner la mise en oeuvre de cette jurisprudence en faisant adopter des centaines de directives, qui ont harmonisé, par le haut, les normes nationales de production industrielle en Europe. Enfin, la marche vers l'euro a rendu vain et inutile tout contrôle des mouvements de capitaux.

Il en est allé tout autrement des deux autres libertés, celle sur les services et les travailleurs, qui vont elles aussi souvent de pair : pour vendre ses services à l'étranger, il faut pouvoir y travailler. La liberté de circulation des travailleurs est largement restée lettre morte, en raison de la faible mobilité des Européens, qui s'explique par des obstacles culturels et linguistiques.

Quant aux services, qui représentent les deux tiers de l'économie européenne, ils ont été longtemps épargnés par la concurrence. Soit parce qu'ils sont locaux : le salon de coiffure de Paris n'est pas en concurrence, et ne le sera jamais, avec celui de Dublin, pas plus qu'il ne l'est avec celui de Dijon. Soit parce qu'ils sont protégés par toute une série de réglementations nationales, souvent le fruit de préférences collectives concernant la santé, les services publics, l'éducation, etc.

Dans les années 1990, les Européens ont donc fait "comme si" ces deux dernières libertés existaient, mais ce n'était vrai que sur le papier. La liberté de circulation des travailleurs a été accordée alors que la pression migratoire en provenance d'Italie, d'Espagne et du Portugal s'était tarie, tandis que les services sont resté largement protégés.

L'élargissement de l'Union européenne aux pays d'Europe centrale a radicalement changé la donne. Depuis le 1er mai 2004, l'Europe dispose d'une main-d'oeuvre plus qualifiée et plus pauvre que ne l'était celle des pays méditerranéens lors de leur adhésion à l'Union. Craignant un afflux de main-d'oeuvre, les chanceliers allemand et autrichien, MM. Schröder et Schüssel, ont demandé et obtenu dès l'an 2000 qu'un délai maximal de sept ans soit imposé avant d'accorder aux travailleurs de ces pays la liberté de circulation. Pour la Turquie, il est même envisagé d'avoir recours en ce domaine à des clauses de sauvegarde permanentes. Sans grand débat, l'Europe fait progressivement le deuil de la liberté de circulation des travailleurs.

Ces sauvegardes n'ont pas suffi à protéger les Européens de l'Ouest, qui avaient oublié un peu vite la liberté de prestation de services. Pour accélérer la création du marché unique des services, indispensable à la relance d'une croissance européenne anémique, le commissaire Bolkestein a proposé d'appliquer aux services la jurisprudence Cassis de Dijon : si un service peut être proposé par un Polonais à Varsovie, il peut l'être aussi dans les autres pays de l'Union. La réglementation régissant ce service sera celle du pays d'origine du travailleur, en l'occurrence la Pologne.

A une exception notable : les salaires et le temps de travail. Contrairement à ce qui est avancé par ses détracteurs, M. Bolkestein s'est bien gardé de s'aventurer dans ces domaines. Ces deux sujets restent régis par une directive de 1996 sur les travailleurs détachés, mais l'amalgame fait dans le débat public révèle tout simplement que ce qui était acceptable dans une Europe homogène est devenu intolérable dans une large Union aux disparités grandissantes. Car, sur le papier, la directive de 1996 comporte en théorie tous les garde-fous suffisants : elle accorde aux salariés le droit de travailler dans un pays tiers pour une durée limitée, à condition de respecter salaire minimum et conventions collectives du pays d'accueil.

DIVERGENCES CROISSANTES
Toutefois, elle comporte des failles. Il est techniquement très difficile de faire des contrôles sur des salariés envoyés pour une courte période à l'étranger. Jusqu'à présent, nul n'avait vraiment éprouvé le besoin de le faire, les conditions de travail dans l'Europe des Quinze étant proches. Ensuite, il existe un flou sur le caractère obligatoire du respect des conventions collectives. Ce débat, qui oppose la Suède et la Lettonie, sera sans doute tranché par la Cour de justice de Luxembourg, mais il n'a rien à voir avec la directive Bolkestein. Troisièmement, la directive de 1996 ne concerne pas les travailleurs indépendants, qui peuvent facturer leurs services au tarif de leur choix. Enfin, la loi et les conventions collectives fixent uniquement des normes minimales : un informaticien tchèque peut être intéressé à offrir ses services à l'équivalent du smic, trois fois moins que ses concurrents occidentaux.

Sur ce point, le texte de M. Bolkestein ne change pas grand-chose, mais montre que les Européens sont désemparés face à l'hétérogénéité nouvelle de l'Union. Ce texte est aussi révélateur d'un renoncement de la Commission à harmoniser les réglementations en Europe, contrairement à ce qu'avait fait Jacques Delors.

A sa décharge, la Commission ne fait que prendre acte des divergences croissantes que connaît l'Europe élargie et de la faible volonté des Etats d'harmoniser leurs législations. Les Français ricanent en secret contre les Suédois, qui sont les premiers touchés par la concurrence de leurs voisins baltes, mais après avoir refusé pendant des années de parler en Europe d'harmonisation sociale, sous prétexte que ce sujet était de compétence nationale.

Faute de sursaut, c'est tout le marché unique qui pourrait être attaqué. Quand la commissaire polonaise Danuta Hübner explique qu'il faut favoriser les délocalisations intra-européennes, en direction de l'Europe de l'Est, elle suscite à l'Ouest un tollé, qui revient à mettre en cause la liberté de circulation des capitaux et des marchandises. On ne peut pas à la fois interdire aux Européens de l'Est d'attirer des capitaux et des investissements, d'émigrer à l'Ouest et d'y vendre leurs services.

La seule manière de préserver la cohérence du grand marché est de favoriser un rattrapage rapide des économies d'Europe de l'Est. Las, les pays les plus riches, en particulier la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, ne veulent pas payer pour l'élargissement et entendent limiter le budget communautaire à 1 % du produit intérieur brut européen (PIB), dont moins de la moitié serait consacré à la solidarité envers les régions les plus pauvres d'Europe. Depuis des années, les Français s'inquiètent de ce que l'Europe risque de se réduire à un grand marché. En réalité, c'est l'existence même de ce grand marché qui est menacée.

Arnaud Leparmentier

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.03.05


Inde-Chine: le poids du brut
Par Jacques AMALRIC
jeudi 10 mars 2005

 
Le terrorisme islamiste et l'unilatéralisme de la Maison Bush ne sont pas les seules données à partir desquelles s'élabore le nouveau désordre mondial. Il faut aussi (entre autres) compter avec le baril de pétrole, aujourd'hui à cinquante-cinq dollars, mais qui pourrait avoisiner les soixante-dix dollars dans deux ou trois ans. Deux facteurs interdisent de considérer cette hausse comme un phénomène purement conjoncturel : la réduction, prévisible à quinze ou vingt ans, de l'offre pétrolière planétaire (et à vingt ou vingt-cinq ans pour le gaz) qui va coïncider avec une demande énergétique sans précédent de la Chine et de l'Inde, toutes les deux à la recherche du carburant de leur croissance. Croissance annuelle de 9 % pour la première, voisine de 6 % pour la seconde.

Quelques chiffres résument bien ce bouleversement d'une course à l'énergie dont on mesure mal, encore, les conséquences : la Chine est le second consommateur mondial d'énergie, loin derrière les Etats-Unis, mais devant la Russie. Depuis un an, l'Inde est en quatrième position, devant le Japon. La «gloutonnerie» énergétique des nouveaux venus ne risque pas de s'apaiser ; l'accession progressive à la société de consommation de 37 % de la population mondiale va multiplier les besoins énergétiques. Selon une étude de l'administration américaine, ils augmenteront de 100 % pour la Chine d'ici à 2020 et de 150 % pour l'Inde. Or, pour des raisons technologiques qui ne vont pas disparaître du jour au lendemain, Pékin et New Delhi n'utilisent pas efficacement leur pétrole ou leur gaz : il faut à la Chine, qui importe 40 % de ses besoins pétroliers, dix fois plus d'énergie qu'au Japon pour générer la même croissance. Pour l'Inde, dépendante à 70 % de ses achats de brut à l'étranger, le rapport avec les Etats-Unis, pourtant notoires gaspilleurs, s'établit à deux fois et demi.

C'est dire que l'augmentation du prix du baril pénalise davantage les deux gros tigres asiatiques que les pays industriels établis puisqu'elle va renchérir, donc freiner, les exportations de produits chinois et indiens. Une conséquence dont on est bien conscient, à Pékin comme à New Delhi et qui aurait pu générer un regain de concurrence et de tensions entre deux puissances voisines disposant chacune de l'arme nucléaire et considérées à juste titre comme rivales.

La Chine n'apporte-t-elle pas son soutien au Pakistan, l'ennemi traditionnel de l'Inde ? Et Pékin et New Delhi ne se sont-ils pas fait la guerre en 1962 pour des territoires himalayens officiellement encore toujours contestés ? Apparemment, c'est l'inverse qui est en train de se passer et la visite à New Delhi, à la fin de ce mois-ci, du Premier ministre chinois, Wen Jiabao, pourrait consacrer l'élaboration d'un partenariat énergétique entre les deux pays visant à éviter la surenchère sur les prix et à unir leurs efforts pour la recherche et l'exploitation de champs pétroliers dans une série de pays producteurs en délicatesse avec les pays occidentaux, notamment en Afrique et en Amérique latine.

Déjà, les compagnies nationales chinoise et indienne coopèrent au Venezuela, dont le président, Hugo Chávez, qui sera dans quelques jours à New Delhi, veut diversifier les exportations pétrolières qui sont concentrées en direction des Etats-Unis. Même chose au Soudan, dont la Chine est à la fois le plus gros fournisseur d'armes et le plus fidèle soutien sur la scène internationale malgré la répression qui sévit au Darfour. Comme l'a déclaré récemment le ministre adjoint des Affaires étrangères chinois, Zhou Wenzhong, «les affaires sont les affaires et nous séparons les affaires de la politique ; la situation interne du Soudan est une question interne». Même son de cloche du côté de New Delhi puisque, pour le nouveau ministre du Pétrole indien, Mani Shankar Aiyar, «aucun d'entre nous, en Asie, ne doit être victime de stratégies étrangères ; la seule façon de contrer la géopolitique des autres, c'est d'avoir notre propre géopolitique».

L'Iran, déjà le plus gros fournisseur de Pékin, est depuis quelques mois courtisé par l'Inde dont un consortium a signé en janvier un contrat de quarante milliards de dollars portant sur des livraisons de gaz réparties sur vingt-cinq ans. Partie plus tard que la Chine dans la course à l'énergie, l'Inde met les bouchées doubles ; outre l'Iran, le Venezuela et le Soudan, ses compagnies pétrolières sont présentes en Birmanie (où elle a abandonné le soutien qu'elle apportait aux opposants de la dictature militaire), au Bangladesh, en Libye, en Syrie, au Vietnam et en Côte-d'Ivoire. Et elle est en passe de s'installer durablement en Russie, si sa proposition de rachat d'une filiale de Ioukos est retenue. Une Russie qui vient, pour satisfaire le Japon, de mécontenter gravement Pékin en choisissant Vladivostok et non un débouché chinois comme terminal d'un nouveau pipeline. Reste maintenant à savoir si le pacte sino-indien de non-agression pétrolière résistera au temps et aux ambitions non avouées de chaque partie. Parmi les facteurs jugés rassurants, les experts mentionnent le réseau de pipelines qui va à terme quadriller la région, de l'Iran à l'Inde, voire à la Chine, via le Pakistan ; de la Birmanie à l'Inde, via le Bangladesh. Parmi les facteurs inquiétants, la nécessité pour la Chine d'assurer la sécurité des lignes maritimes, ce qui se traduit déjà par un renforcement considérable de la marine chinoise.



Le traité proposé n'est pas gravé dans le marbre, par Anne David, Jean-Baptiste de Foucauld et Arlette Heymann-Doat
LE MONDE | 11.03.05 | 14h26

Aujourd'hui, l'Europe n'est ni vraiment démocratique ni vraiment sociale, tout en présentant des éléments démocratiques et sociaux. L'application du "Traité établissant une Constitution pour l'Europe" permettra à une majorité européenne de mettre en oeuvre, de façon plus démocratique, une politique plus sociale.

Les opposants de gauche lui reprochent de faire perdurer l'Europe libérale. Avant d'examiner la critique au fond, il faut s'interroger sur l'idée selon laquelle le texte "grave dans le marbre" le néolibéralisme, car ce propos a un fort retentissement.

Le projet qui nous est proposé n'est pas du marbre. Il juxtapose des dispositions de nature consti-tutionnelle (répartition des compétences, institutions, droits fondamentaux : parties I et II) et celles du traité de Rome, amendé (partie III). Les termes "gravé dans le marbre" tendent à faire penser que ce texte serait plus rigide que le traité de Rome, en raison de son caractère constitutionnel. Il est inutile d'entrer dans la discussion sur la nature du texte pour démontrer la vanité du propos.

Selon sa partie IV, le nouveau traité sera révisé comme l'a été celui de Rome, à l'unanimité des Etats - ce qu'il a été une dizaine de fois. Une constitution est moins rigide qu'un traité qui, lui-même, n'est pas intangible. Un traité ne peut pas (sauf exception comme la Charte des Nations unies), être modifié sans l'accord de chaque Etat partie. Une constitution est révisable selon une procédure plus compliquée. Elle dépend d'une majorité de citoyens ou de parlementaires, non de l'unanimité des Etats. La Constitution française a été révisée 18 fois depuis 1958, l'autrichienne 670 fois depuis 1945...

Le droit gravé dans le marbre est un fantasme. Le principe du parallélisme des formes signifie que tout acte peut être modifié par son ou ses auteurs, comme il a été créé. C'est une conséquence de l'autonomie de la volonté ou de la théorie démocratique. Le "marbre" n'évoque pas une constitution mais les tables de la Loi, éternelles, car écrites par l'Eternel.

Les tenants de l'argument selon lequel le projet serait "gravé dans le marbre" se voient comme totalement extérieurs devant un texte qui "tombe du ciel". Ils n'imaginent pas être des acteurs responsables, comme le sont les citoyens dans une démocratie. L'Europe leur est, par essence, étrangère.

Le symbole de la Constitution était, a priori, positif : il marquait la volonté de sortir de l'Europe des Etats, intergouvernementale, régie par des traités, pour faire une Europe des citoyens. Les opposants au projet ont réussi à inverser le symbole et faire de la Constitution, non un acte de volonté mais un acte de soumission.

Une fois le texte sacralisé, chaque phrase est prise pour "parole d'Evangile". Les opposants choisissent alors des mots comme marché, concurrence, liberté, pour démontrer que le projet installe définitivement l'Union dans le néolibéralisme. Ils voient dans le projet ce qui n'y est pas pour combattre ce qui est : la politique libérale européenne actuelle, qui peut évoluer, s'il y a une majorité pour le faire. Or l'application du nouveau traité offre des leviers pour une nouvelle politique. Car textes sont ce que les pouvoirs en font.

Examinons les leviers institutionnels. Pour que l'Europe soit gouvernée de façon démocratique, le Carrefour pour une Europe économique et sociale (Cafecs) demande, depuis toujours, que les électeurs désignent une majorité tenue de mettre en oeuvre un programme qu'elle leur aura soumis. La Commission, telle que modifiée, risque d'être un organe plus technique que politique. Mais le Parlement européen peut devenir un organe politique actif.

Son pouvoir législatif est accru : la procédure de codécision devient normale. Il acquiert un "droit d'initiative". Si la Commission refuse de lui soumettre une proposition d'acte qu'il a demandé, elle doit lui en communiquer les raisons (art. III-332). Son pouvoir à l'égard de la Commission est confirmé : il élit à la majorité son président, que le Conseil lui a, seulement, "proposé". Et le texte précise : "en tenant compte des élections au Parlement européen".

Déjà, après les dernières élections, lors de la procédure de nomination des commissaires, le Parlement européen a montré qu'il était capable d'imposer une volonté, en refusant l'investiture de plusieurs commissaires. Après l'adoption du traité, les partis politiques peuvent formuler un programme qui corresponde à de véritables choix européens, présenter des candidats qui s'engagent sur ce programme. Dès lors que les électeurs auraient choisi une politique européenne, la majorité du Parlement européen pourrait agir pour la mettre en oeuvre. Cela est possible, si les élus le veulent.

Les citoyens européens peuvent les y entraîner. Le droit d'initiative citoyenne est une innovation. Les mouvements de citoyens ont montré qu'ils s'intéressaient plus à l'Europe... que la majorité des responsables politiques. La reconnaissance, explicite, dans le traité, d'un "dialogue civil ouvert, régulier et transparent, entre les institutions européennes et les associations et la société civile" renforcera le poids des citoyens organisés dans le jeu démocratique.

Une nouvelle politique peut et doit être également menée au plan international. Aujourd'hui comme il y a cinquante ans, le projet européen comporte une dimension géostratégique que personne ne conteste : l'enjeu est de permettre aux Etats-membres, de dimension souvent modeste et divisés par de nombreux clivages, de garder une chance de faire entendre leur voix.

C'était vital dans le contexte qui suivait la seconde guerre mondiale, quand l'Europe se réduisait à un champ de ruines et courait le risque d'être marginalisée par l'Histoire. C'est tout aussi vrai dans ce début de XXIe siècle où il est clair que la partie internationale se jouera entre des ensembles de dimension continentale.

Le projet de traité permettra à l'Europe de se faire entendre sur la scène internationale. Seuls les partisans du laisser-faire le plus caricatural pourraient se satisfaire de l'échec du projet européen et de la réduction au silence du Vieux Continent. Avec le "oui", rien n'est acquis, mais tout est possible.

Anne David est vice-présidente de la Conférence européenne permanente des coopératives, mutualités, associations et fondations à Bruxelles, Jean-Baptiste de Foucauld est inspecteur des finances, ancien commissaire général au Plan et Arlette Heymann-Doat est professeur émérite de droit à l'université de Paris-Sud. Ils sont membres du Carrefour pour une Europe économique et sociale.

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.03.05

 
Anschluss : l'Eglise d'Autriche fait son autocritique
LE MONDE | 11.03.05 | 13h44  .  MIS A JOUR LE 11.03.05 | 17h14
Vienne de notre correspondante

Le palais de l'archevêché de Vienne accueille, samedi 12 mars - jour anniversaire de l'Anschluss, l'annexion par l'Allemagne nazie, en 1938 -, un événement que l'Eglise d'Autriche qualifie d'"historique".

Des religieux, artistes, écrivains et scientifiques doivent y lire à haute voix, pendant douze heures, le livre publié en 1935 par la militante catholique Irene Harand, l'une des rares à avoir dénoncé, à l'époque, l'antisémitisme et l'idéologie nationale-socialiste. Intitulé Son combat, réponse à Hitler, ce texte oublié vient d'être réimprimé avec un commentaire sans ambiguïté de l'archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn : "Etre chrétien et antisémite sont deux positions inconciliables."

Ce "marathon de lecture" est organisé dans la salle du consistoire, sous le tableau du Christ qui avait été endommagé à coups de poignard lors d'une action de représailles des Jeunesses hitlériennes, le 8 octobre 1938. La veille, des milliers de jeunes catholiques s'étaient rassemblés sur le parvis de la cathédrale, aux cris de "Votre Führer, c'est le Christ !", afin de protester contre la dissolution de leur organisation. Ce fut la dernière manifestation de rue contre la dictature, six mois après l'Anschluss, encouragé par les plus hautes instances catholiques en échange de garanties illusoires pour l'Eglise. Mais les jeunes croyants qui avaient osé défier les maîtres du Reich, et dont beaucoup devaient fonder, après la guerre, le "Parti du peuple" (ÖVP), aujourd'hui au pouvoir avec le chancelier Wolfgang Schüssel, gardaient alors le silence sur les persécutions contre leurs compatriotes juifs.

RACINES SOCIALES CHRÉTIENNES
Geste de réparation symbolique, la cérémonie du 12 mars apparaît comme un retour à l'héritage du cardinal Franz König, mort en mars 2004, homme du dialogue oecuménique et de la réconciliation avec les sociaux-démocrates. Mais elle est aussi une critique indirecte des autorités ecclésiastiques sous le nazisme, coupables, au mieux, d'aveuglement, tel le cardinal Theodor Innitzer, au pire, de complicité avec le régime. Notamment lorsque des évêques autrichiens ont aidé des criminels nazis à fuir par la "route des couvents".

L'initiative du cardinal Schönborn souligne le recentrage de l'Eglise catholique autour de ses racines sociales chrétiennes, après quinze ans de turbulences. La destitution de Mgr Kurt Krenn, en novembre 2004, après un scandale d'abus sexuels au séminaire de Sankt Pölten, près de Vienne, a marqué la fin d'une époque. "Avec Kurt Krenn a disparu le dernier des évêques réactionnaires nommés dans les années 1980. Leurs successeurs sont des centristes, qui ont souvent plus d'envergure intellectuelle. Tout cela contribue à une normalisation", souligne le politologue Anton Pelinka.

Après s'être distinguée par son ouverture, l'Eglise autrichienne avait été reprise en main par le Vatican. En 1987, la désignation de Kurt Krenn comme évêque auxiliaire de Vienne avait entraîné des incidents à l'intérieur de la cathédrale. En 1994, des accusations de pédophilie contre l'archevêque de Vienne, Hermann Groer, avaient provoqué un séisme. Entre 1993 et 2005, l'Eglise a perdu plus de 260 000 fidèles, dont 50 000 pour la seule année 2004, celle du scandale Krenn.

La baisse des effectifs se mesure lorsque des croyants font une déclaration de "sortie d'Eglise", ce qui les dispense de continuer à payer l'impôt religieux (70 euros par an en moyenne). "Le plus souvent, le lien avec l'Eglise était devenu très ténu, et il se casse lorsque le fidèle reçoit son avis d'imposition. Mais l'argent n'est jamais la cause première de la rupture", affirme Erich Leitenberger, porte-parole de l'archevêché de Vienne. Malgré ces pertes, le catholicisme reste puissant en Autriche, avec plus de 5 millions de croyants pour 8 millions d'habitants.

Joëlle Stolz

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.03.05



Bataille de pouvoir autour du futur service diplomatique de l'Union européenne
LE MONDE | 11.03.05 | 13h44

Il assistera le ministre des affaires étrangères.
Bruxelles de notre bureau européen

Dans moins de deux ans, si le projet de Constitution est ratifié par les vingt-cinq Etats membres, la politique étrangère de l'Union européenne sera conduite par un ministre des affaires étrangères, nommé par le Conseil européen à la majorité qualifiée.

On sait déjà que l'actuel haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), l'Espagnol Javier Solana, sera le premier titulaire du poste. Ce sera la première fois qu'un responsable des institutions européennes portera le titre de ministre. Un symbole qui a fait grincer quelques dents en suggérant l'idée d'un gouvernement européen, mais qui a fini par être accepté.

Ce ministre relèvera à la fois du Conseil, qui rassemble les représentants des Etats, et de la Commission, dont il sera l'un des vice-présidents. Cette double casquette est la principale nouveauté de la fonction. C'est aussi le noeud des difficultés que suscite sa création. Il s'agira en effet d'assurer une bonne coordination entre les divers acteurs de la politique extérieure de l'Union, sans qu'aucun d'eux ne l'emporte sur les autres.

Pour cela, le ministre disposera d'un service européen pour l'action extérieure, qui sera formé de diplomates venant du Conseil, de la Commission et des Etats membres. La définition et la constitution de ce futur service font aujourd'hui l'objet de discussions entre les institutions européennes et nationales concernées. Chacune entend peser pour maintenir ou accroître ses prérogatives, ce qui donne déjà lieu à d'intenses batailles de pouvoir.

Un projet a été mis au point, sous la double signature de M. Solana et du président de la Commission, José Manuel Barroso. Il a été examiné jeudi 10 mars à Bruxelles par les ambassadeurs des Etats membres. Au terme de ces discussions, un rapport sera présenté au Conseil européen des 16 et 17 juin.

Le vrai problème est de savoir quel sera le statut de ce service. S'agira-t-il d'un service autonome, qui ne sera situé ni à la Commission ni au Conseil, ou sera-t-il rattaché en partie à l'une ou l'autre de ces institutions ? ou aux deux ? Telles sont les diverses options envisagées par le texte soumis jeudi aux diplomates, qui insiste sur la nécessité de préciser les liens de ce nouvel organe avec les services du Conseil et de la Commission comme avec les services diplomatiques nationaux.

ÉVITER LES DOUBLONS
Il n'est pas question, précise le projet, d'y intégrer les services de la Commission qui traitent, sous l'autorité de différents commissaires, du commerce extérieur, du développement et de l'aide humanitaire, de la gestion des programmes d'assistance financière extérieure ou des négociations d'élargissement, même si le futur ministre aura pour tâche de coordonner ces diverses activités.

En revanche, l'état-major militaire, qui dépend du Conseil, devrait être intégré dans le nouveau service. Celui-ci devrait également accueillir les différents fonctionnaires chargés de couvrir, au Conseil et à la Commission, les grandes régions du monde. Le projet souligne qu'il convient d'éviter les doublons entre les divers organes de l'Union.

Cela pose le problème des délégations de l'Union dans les pays tiers, qui dépendent aujourd'hui de la Commission. Feront-elles partie du nouveau service et, à ce titre, seront-elles placées directement sous l'autorité du chef de la diplomatie européenne ? La question n'est pas tranchée. Le projet fait observer qu'une partie du personnel de ces délégations relève de secteurs tels que le commerce extérieur, l'agriculture ou les transports, qui ne sont pas directement du ressort du futur ministre.

Les effectifs du service européen pour l'action extérieure ne sont pas encore fixés. Ils dépendront des solutions retenues. Le chiffre, estime-t-on au Conseil, pourrait être de plusieurs centaines de personnes, mais la proportion de diplomates issus de la Commission, du Conseil et des Etats membres est aussi l'un des enjeux de la bataille.

Thomas Ferenczi

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.03.05 


POLITIQUE/ UNION EUROPEENNE
Le Parlement allemand devrait ratifier la Constitution européenne le 12 mai, peu de temps avant la tenue du référendum en France
Le Bundestag devrait ratifier la Constitution européenne le 12 mai prochain, soit peu de temps avant la tenue du référendum en France, a affirmé hier la porte-parole adjointe du groupe parlementaire social-démocrate (SPD) du parlement allemand. Les députés allemands du Bundestag ont déjà examiné le texte en première lecture le 24 février. La ratification, qui a lieu par la voie parlementaire en vertu de la Constitution allemande, requiert une majorité des deux tiers à la fois au Bundestag et au Bundesrat, la chambre des Länder


La libéralisation des services domine la réunion des syndicats européens samedi à Bruxelles
LE MONDE | 18.03.05 | 14h22

Un avertissement avant le sommet sur la croissance
Bruxelles de notre bureau européen

La bataille contre la directive Bolkestein va dominer la manifestation qu'organise samedi 19 mars à Bruxelles la Confédération européenne des syndicats (CES) pour la défense de l'emploi et les droits sociaux.

Cinquante mille manifestants - dont 20 000 de France, 20 000 de Belgique et 8 000 d'Allemagne - y sont attendus.

La quasi-totalité des syndicats français, à l'exception notable de FO, seront présents. La CGT française devrait compter l'une des délégations les plus importantes, malgré ses divisions sur la Constitution européenne, que défend officiellement la CES. Dans la manifestation, les partisans du "oui" côtoieront ceux du "non", renforcés par un cortège d'altermondialistes emmenés par le forum social belge et l'Assemblée générale des mouvements sociaux européens.

Invité au congrès de l'Union des syndicats autonomes (UNSA), qui se déroulait du 13 au 18 mars à Nantes, le secrétaire général de la CES, John Monks, a déclaré qu'il n'allait pas "compter les "oui" et les "non"", qu'il ne s'agissait pas de manifester sur le traité, mais "pour plus et de meilleurs emplois, contre Bolkestein et pour l'Europe sociale". La CES veut faire pression sur la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement européens, qui se réunissent les 22 et 23 mars à Bruxelles pour décider des moyens de retrouver le chemin de la croissance et la compétitivité en Europe, en relançant une "stratégie de Lisbonne", lancée en 2000, qui n'a jusqu'ici pas fait ses preuves. Les syndicats rappellent que cela ne doit pas se faire au détriment du modèle social européen.

La controverse provoquée, notamment en France, en Allemagne et en Belgique, par la directive Bolkestein sur la libéralisation des services, va dominer la mobilisation. Elle a été entretenue cette semaine par le président de la Commission. José Manuel Durao Barroso a suscité un tollé en France en indiquant que la Commission "n'abandonnerait pas le principe du pays d'origine", qui prévoit que les prestataires de services soient soumis à la loi de leur propre pays plutôt qu'à celle des pays où ils fournissent leurs services.

Devant le Parlement européen, M. Barroso s'est déclaré jeudi "surpris" par le débat français et a invité les hommes politiques à "ne pas faire de la démagogie". "Ce que nous devons faire, a-t-il dit, nous les Européens de droite, de gauche ou du centre, c'est soutenir la Constitution et ne pas céder à la pression des europhobes ou des eurosceptiques qui trouvent maintenant des prétextes pour dire "non" à la Constitution et donc pour dire "non" à l'Europe."

La CES, qui a réuni cette semaine à Bruxelles ses instances dirigeantes, a rappelé qu'elle "soutient l'objectif de réaliser le marché intérieur dans le domaine des services et son potentiel de création d'emplois" mais qu'elle "rejette les propositions de libéralisation de la directive, qui menace les droits des travailleurs et encourage le dumping social". John Monks a souligné qu'elle créait "un mauvais contexte" pour la ratification de la Constitution, à laquelle la CES appelle à voter "oui".

La CES a également dénoncé, dans ce contexte, des politiques de réforme qui, affirme-t-elle, "sont devenues un code pour la déréglementation et la flexibilité sans fin, pour la réduction des salaires et l'affaiblissement des droits des travailleurs, pour le démantèlement de la sécurité sociale". La stratégie de Lisbonne est "actuellement stérile, estime-t-elle, parce que le genre de réformes qu'on poursuit n'est pas celui qu'il faut".

Selon la CES, "la forte baisse de croissance enregistrée depuis 2001 n'est pas causée par le manque supposé de réformes structurelles, mais par l'absence de soutien à la demande intérieure européenne".

Thomas Ferenczi avec Rémi Barroux à Nantes

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.03.05



Avec José Luis Rodriguez Zapatero, l'Espagne s'est rapprochée du couple franco-allemand
LE MONDE | 18.03.05 | 14h22

Le chef du gouvernement de Madrid participe au "mini-sommet" à quatre, avec M.  Poutine, à Paris
Madrid de notre correspondante


La présence, vendredi 18 mars à Paris, du chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, à la rencontre entre le président russe Vladimir Poutine, Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schröder, est un des signes les plus évidents du retour de l'Espagne au coeur de l'Europe et du changement de cap de sa diplomatie.

Une photo en chasse une autre : les inévitables clichés des poignées de main entre MM. Poutine, Chirac, Schröder et Zapatero - qui a rejoint le camp de ceux qui s'étaient opposés à la guerre en Irak - vont effacer désormais la célèbre "photo des Açores" précédant l'intervention américaine en Irak. On y voyait George Bush une main protectrice posée sur l'épaule de son allié, l'ancien chef du gouvernement espagnol, le conservateur José Maria Aznar.

Elu contre toute attente, le 14 mars 2004, trois jours après les attentats terroristes de Madrid, M. Zapatero avait commencé son mandat par un signal très fort sur la scène internationale : le retrait des troupes espagnoles d'Irak. Au-delà de l'accomplissement d'une promesse électorale, il affirmait ainsi sa volonté de rompre avec la politique de son prédécesseur, fondée sur un appui inconditionnel aux Etats-Unis.

Le retrait espagnol avait eu pour effet immédiat une certaine détérioration des relations entre Madrid et Washington. Toutefois, depuis la réélection de George Bush, en novembre, la relation est plus fluide. La rencontre entre le ministre des affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, et Condoleezza Rice, prévue le 15 avril, peut même laisser penser qu'un sommet bilatéral réunissant M. Bush et M. Zapatero serait en préparation.

Certains esprits critiques estiment toutefois que le suivisme espagnol vis-à-vis de la politique américaine a été remplacé par un autre suivisme, appliqué celui-là au couple franco-allemand. Pour Celestino de Arenal, professeur de relations internationales, "il y a un changement de priorité. Celle du gouvernement actuel se situe en Europe, à l'intérieur de l'axe franco-allemand, mais ce n'est pas du suivisme". D'ailleurs, le rapprochement entre l'Espagne et l'axe franco-allemand n'est pas "exclusif", assure un proche de M. Zapatero. Le gouvernement espagnol va devoir affronter un horizon européen compliqué. Le sommet hispano-polonais, début février, a montré des divergences sur le futur budget européen par rapport à la vision franco-allemande.

Le recentrage au coeur de l'Europe, concrétisé par le feu vert accordé, dès son arrivée, par M. Zapatero au projet de Constitution européenne, auquel s'opposait M. Aznar, conditionne l'actuelle diplomatie espagnole. Madrid juge, en effet, plus utile de soutenir la position commune de l'Union européenne, par exemple au Proche-Orient, plutôt que de se lancer dans des politiques bilatérales.

Il en est de même en Amérique latine, où, ancienne puissance coloniale, l'Espagne a toujours voulu jouer un rôle prépondérant. Pour M. de Arenal, José Maria Aznar, en cherchant l'appui de pays comme le Mexique ou le Chili dans le conflit irakien, avait donné l'image d'un "gachupin", un émigré espagnol ayant fait fortune aux colonies, "envoyé comme émissaire des gringos". Il considère que le gouvernement Zapatero a réussi à retrouver un certain crédit, notamment en jouant la carte d'une Espagne qui se présente comme "une porte d'entrée incontournable" entre les pays latinos-américains et l'Europe. L'Espagne a ainsi amené l'UE à revoir provisoirement la politique des sanctions contre Cuba. Un sommet entre l'Espagne et l'Amérique latine est prévu en octobre à Salamanque, auquel devrait même assister Fidel Castro.

En revanche, vis-à-vis du Maghreb, le gouvernement s'est avancé trop vite et trop visiblement sur le problème du Sahara-Occidental, qui empoisonne depuis plus de trente ans les relations entre le Maroc et l'Algérie. Après une période d'hyperacti- vité diplomatique, le ministre des affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, a été obligé d'expliquer qu'il n'y avait pas de "plan alternatif espagnol" au plan Baker proposé par l'ONU. Résultat : après avoir déçu le Maroc, qui revendique un Sahara-Occidental "marocain", il a mécontenté l'Algérie et le Front Polisario, partisans de l'autodétermination.

"ALLIANCE DES CIVILISATIONS"
Toutefois, M. Zapatero a été invité à participer, mardi 22 mars, au sommet de la Ligue arabe qui se tiendra à Alger. Il y parlera de l'"alliance des civilisations", qu'il avait proposée en septembre pour lutter contre le terrorisme, lors d'un discours à l'ONU. Un message d'autant plus important qu'en novembre sera célébré, à Barcelone, le dixième anniversaire du dialogue euro-méditerranéen.

Mais une interrogation subsiste, car le principal parti d'opposition, le Parti populaire (PP, droite), critique systématiquement ses positions. Cette absence de consensus politique entache la crédibilité internationale d'un pays dont on peut se demander s'il ne changera pas de politique étrangère à chaque gouvernement.

Martine Silber

--------------------------------------------------------------------------------

Pendant ce temps, la Tchétchénie...


Avant de participer, avec le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, et le chancelier allemand, Gerhard Schröder, à un dîner donné par Jacques Chirac à l'Elysée, vendredi 18 mars, le président russe, Vladimir Poutine, devait passer la journée en compagnie de son homologue français. La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et le Comité Tchétchénie ont appelé à une manifestation, vendredi, à partir de 17 heures sur le parvis Beaubourg, à Paris, pour demander aux dirigeants européens de "rompre le silence face au pouvoir russe et s'engager enfin en faveur de la paix en Tchétchénie".

Dans le cadre du Salon du livre de Paris, dont la Russie est, cette année, l'invitée d'honneur, une table ronde est organisée, samedi 19 mars, à 15 h 30 par plusieurs éditeurs et ONG sur le thème : "Pendant ce temps, la Tchétchénie...". Les écrivains russes invités du Salon ont été conviés, vendredi en fin de matinée, à une réception à l'Elysée en présence de Vladimir Poutine et de Jacques Chirac.

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.03.05


Pas d'alliance sans principes
L'Europe doit définir ses valeurs avant d'accepter l'alliance que lui proposent les Etats-Unis.

Par Monique CANTO-SPERBER
vendredi 18 mars 2005
 
   
Au Ve siècle avant l'ère chrétienne, les Athéniens partirent en guerre après s'être attaché, au nom de la liberté grecque et de la démocratie, un réseau d'alliés.

A Washington aujourd'hui, la politique étrangère s'affiche tout entière placée sous le signe de la démocratie et de la liberté. Munis d'un tel programme, Condoleezza Rice et le président George Bush sont venus offrir à l'Europe une nouvelle alliance.

Américains d'aujourd'hui et Athéniens du Ve siècle ont en commun la rhétorique de la liberté démocratique ainsi que le besoin d'alliances. Une telle similitude incite à se demander si l'ambition hégémonique, si affirmée chez les Athéniens, n'est pas une fatalité qui grève aussi la démarche américaine. Dans cette question se joue le sens même du partenariat que les Etats-Unis proposent à l'Europe.

Les valeurs de tolérance religieuse, de libertés civiles et de démocratie sont fondatrices de la nation américaine. Leur évidence de principe a inspiré en maintes occasions la vocation des Etats-Unis à conduire une politique de la liberté. Dans le discours sur l'état de l'Union qu'il a prononcé en janvier 1991, George Bush père rappelait déjà que le leadership américain reposait sur «la responsabilité singulière d'accomplir le dur travail de la liberté».

L'attentat du 11 septembre a conforté une telle mission. Les Etats-Unis se sont présentés comme frappés par procuration et, de ce fait, champions des valeurs occidentales. Ils se sont attribué une légitimité forfaitaire pour les actions entreprises au nom de telles valeurs. L'intervention en Afghanistan et même la guerre d'Irak ont été en partie justifiées à leurs yeux par la promotion de la démocratie et des droits du monde libre.

Une politique de la liberté, qu'elle soit un faux-semblant ou qu'elle soit sincère, ne peut se faire sans alliés. La liberté n'est guère crédible lorsqu'elle s'affirme de façon unilatérale. Les Athéniens l'avaient compris, mais ils ont choisi de se gagner des alliés par la force au lieu de la persuasion. Autre temps, autres moeurs, c'est un partenariat de conviction que mettent en avant les Etats-Unis. Trois traits le caractérisent.

D'abord un tel partenariat, forgé dans le creuset des valeurs, s'est déjà réalisé bon gré mal gré en Irak. Dès le début des combats, les Etats-Unis ont imposé leurs buts de guerre ­ un Etat démocratique et désarmé ­ aux Européens. La guerre en Irak, comme la plupart des initiatives américaines, a eu l'effet malheureux de créer des camps. Les Etats européens ont dû se ranger «du côté de la liberté», et souhaiter le succès de l'intervention américaine, quelle qu'ait été l'évaluation particulière qu'ils aient faite de son bien-fondé.

Par ailleurs, le partenariat proposé demande à la fois l'adhésion des coeurs et le ralliement des esprits. En rappelant avec insistance l'identité de valeurs entre l'Europe et les Etats-Unis, les dirigeants américains ont voulu fondre dans une histoire commune la singularité de la contribution européenne à la définition de la démocratie et de la liberté politique. Par là, ils ont délibérément ignoré combien les notions d'égalité de droit et de solidarité sont, pour un Européen, étroitement liées à celle de démocratie.

Enfin, un tel partenariat est recherché comme une condition de légitimité pour les actions internationales à venir. A la veille de la guerre en Irak, les Etats-Unis ont revendiqué une légitimité qui n'était fondée ni sur la légalité internationale, ni sur le consensus occidental. Or, aujourd'hui, pas plus qu'en mars 2003, la force, même exercée au nom des valeurs, ne suffit à créer le droit. Le fait d'être une grande puissance ne donne pas une légitimité d'action, à moins qu'une telle puissance ne soit aussi capable de mettre des questions à l'ordre du jour, de susciter l'accord et d'universaliser ses buts d'action. Cela ne peut se faire sans l'aide des Européens, l'administration Bush le sait.

Dans ces conditions, la nouvelle alliance, si élégamment esquissée par les propos de Condoleezza Rice, annonce-t-elle réellement un véritable multilatéralisme, où l'Europe et les Etats-Unis puissent «discuter et décider ensemble» ? Les Européens peuvent-ils y souscrire sans se retrouver du même coup embarqués dans une solidarité forcée, sous la bannière commune des valeurs ?

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la réponse à cette question ne se trouve pas dans les intentions ou les arrière-pensées du gouvernement américain. Elle se trouve, en revanche, dans les réflexions, les résolutions, et éventuellement les actions des Européens. C'est bien ce que les Européens diront et décideront dans les années qui viennent qui fera de la proposition américaine de partenariat soit une force active dans le monde, soit la rhétorique d'alliance d'une hégémonie en mal de légitimité. La capacité des Européens à relever ce défi se jouera sur trois points.

Le premier point tient à la conception des valeurs. Après le discours de la secrétaire d'Etat américaine, les commentateurs ont constaté que l'Europe était évidemment en accord avec les Etats-Unis sur les valeurs, tout en s'opposant à eux sur les moyens de les défendre. Mais ce prétendu constat ne cède-t-il pas trop vite à l'argumentaire américain : «Nous, nous définissons la liberté, et vous, vous la défendez avec nous» ?

Pourquoi les dirigeants européens, à quelques exceptions près ­ en Grande-Bretagne, en France et chez les anciens dissidents de l'Est ­ ont-ils progressivement laissé aux Américains le monopole du discours sur les valeurs et les principes ? Pourquoi semblent-ils eux-mêmes gênés de déclarer haut et fort ce qu'ils entendent par liberté, par démocratie et aussi par justice, au lieu de se limiter à une défense des droits de l'homme, peu audible du reste en face de la Russie et de la Chine ? Pourquoi les Européens ne formulent-ils pas les impératifs minimaux d'un Etat moralement légitime, capable de respecter les droits de ses citoyens et d'assurer leur sécurité ? Le soupçon que les Américains ne mentionnent la liberté ou la démocratie qu'à titre d'alibi pour défendre ce qui leur importe (leurs intérêts, la préservation de leur mode de vie) ne doit pas avoir pour effet de rendre impraticable un discours européen sur les valeurs.

Le deuxième point a trait aux ennemis. Les Européens abandonnent trop souvent aux Américains la tâche de dénoncer les dangers qui guettent le monde d'aujourd'hui : statu quo sans démocratie ni liberté dans bien des endroits du monde, prolifération des armes de destruction massive, Etats en voie de décomposition, réseaux criminels et terrorisme.

Il y a parfois de la grandiloquence dans les discours récents de la Maison Blanche qui mettent en scène «les forces du mal». Mais les excès de ces propos ne privent pas de pertinence la tâche pour les Européens d'établir un diagnostic lucide sur les menaces d'aujourd'hui, qui sont pour certaines ignorées par l'analyse américaine : formes nouvelles de violence privatisée, inégalités mondiales dramatiques, risques environnementaux, passions identitaires et réflexes prédateurs de survie dans une situation qui sera de plus en plus marquée par la raréfaction des ressources naturelles.

Le dernier point porte sur la définition de la légitimité. Les Européens défendent la légalité internationale incarnée par l'ONU. Celle-ci est un acquis essentiel. Mais on a vu au Rwanda et au Kosovo qu'elle n'a pu mettre en oeuvre les actions qui pourtant s'imposaient. En raison de leur histoire, les Européens ont acquis une conscience aiguë de la complexité des situations internationales et une douloureuse mémoire des engrenages coloniaux passés, ils se méfient donc de toute initiative visant à modifier le statu quo. Mais leur prudence en la matière ne devrait pas les dispenser d'une réflexion sur les fondements de la légitimité internationale et les conditions où, quand pressions et exhortations n'aboutissent pas, une action est nécessaire.

Face à de telles tâches, intellectuelles et morales, l'Europe ne peut pas se satisfaire d'une exemplarité à bon compte sur la scène mondiale. Sa capacité d'action reste encore en deçà de ses principes. Elle est plus une force de pacification et de reconstruction que d'initiatives, comme on le constate aujourd'hui dans les Balkans et au Moyen-Orient. De plus, elle jouit d'une homogénéité culturelle sans équivalent dans le monde et elle reste préservée de disparités de richesse dramatiques. Son modèle n'est donc pas si aisément exportable.

Dans cette dialectique nouvelle de la force et de la morale que formulent les Etats-Unis, l'Europe peut prendre au mot la proposition américaine de partenariat. Elle doit montrer le pouvoir réel de ses idées et initiatives, elle doit mener une réflexion de grande ampleur sur les valeurs, les menaces, les objectifs et la légitimité de l'action internationale.

Les Athéniens d'autrefois, la liberté à la bouche et les armes à la main, ont oeuvré eux-mêmes à leur propre perte. Les Athéniens de Washington pourraient avoir la chance de trouver en face d'eux une Europe unie, inventive, et assez solide dans ses résolutions pour les préserver de leur tentation hégémonique.

Par Monique Canto-Sperber, philosophe, directrice de recherches au CNRS, directrice d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Dernier ouvrage paru: le Bien, la guerre et la terreur : pour une morale internationale (Plon).



Paris et Berlin privilégient la concertation avec Moscou
LE MONDE | 17.03.05 | 14h08

Le président russe Vladimir Poutine est reçu vendredi par Jacques Chirac à l'Elysée, où un dîner a lieu en compagnie du chancelier allemand Schröder et du président du gouvernement espagnol Zapatero. Cette rencontre élargit à M. Zapatero les concertations à trois qui avaient réuni les opposants à la guerre en Irak. Paris et Berlin entendent privilégier la politique de la main tendue envers Moscou. A la différence de George Bush, MM. Chirac et Schröder n'entendent pas faire des remontrances publiques à M. Poutine sur la dérive autoritaire du r&eacut