D DAY
Revue de presse : Le 60ème anniversaire du débarquement
allié
Les commentaires de la presse française lundi 7 juin, sur 60e anniversaire
du Débarquement.
LE FIGARO / Pierre Rousselin
"Avec toute l'émotion et la solennité attendues, les célébrations
du soixantième anniversaire du Débarquement ont montré
combien le passé reste ancré dans notre actualité immédiate.
Si l'événement a eu un tel retentissement, c'est bien parce
qu'il fallait, sans tarder, rendre le plus bel hommage à cette génération
de combattants qui a rendu possible le monde de liberté que nous connaissons
aujourd'hui. Entre ceux qui ont affranchi nos pays du nazisme et les nouvelles
générations, le passage du témoin est en passe de s'achever.
En Europe, il aura fallu soixante ans pour tourner définitivement
la page, et parfaire, avec l'élargissement du 1er mai dernier, la
réunification du Vieux Continent. La présence, hier, du chancelier
allemand aux cérémonies d'Arromanches célébrait
cette unité retrouvée. Que les ennemis d'hier puissent être
ainsi réconciliés est une leçon qui porte désormais
l'espoir de l'Europe bien au-delà de ses frontières."
L'HUMANITE / Jean-Emmanuel Ducoin
"Bien sûr, le nom de Bush ne pouvait passer comme une lettre à
la poste. Si la présence du président américain (comme
président américain et rien d'autre) était légitime
pour honorer le rôle primordial des États-Unis dans la plus
grande opération militaire de tous les temps, personne ne nous empêchera
d'écrire que les décisions politiques et géopolitiques
de George W. Bush sont à l'opposé des valeurs pour lesquelles
de jeunes combattants se sont fait massacrer sur ces plages. (...) Pour la
première fois, un chancelier allemand participait aux cérémonies
du 6 juin. Combien de temps et de haines dites et non-dites pour en arriver
là ? Combien d'hésitations pour ne pas brusquer la mémoire
? (...) Nous avons entendu le chant des Marais, le chant des Partisans. Et
la présence du chancelier nous imposait une promesse : celle de l'universalité
contre la guerre. Bush sait-il seulement ce que cela signifie ?"
LA CROIX / Bruno Frappat
"Face aux cérémonies de Normandie, comment, derrière
l'aspect forcément figé des autorités du moment, ne
pas avoir éprouvé une gratitude bouleversée en mémoire
des morts et à la vision des rescapés ? Comment ne pas avoir
admiré la modestie de ces +vétérans+ venus, sans doute
une dernière fois, dire que les vrais héros étaient
leurs camarades gisant sous des croix blanches ? Comment ne pas avoir frémi
de reconnaissance pour tous les bâtisseurs de réconciliation
en voyant le chancelier allemand sceller, par sa présence, le lent
et génial labeur de la paix européenne ? (...) 1945, fin du
nazisme, 1989, effondrement du soviétisme. Et demain ? Un système
idéologique diffus, sans centre et sans Etat, trouble la paix terrestre.
C'est le nouveau fanatisme, cet islamisme qui défigure l'islam et
nie la liberté. Mais sur quelles plages faire débarquer, demain,
ceux qui libéreront la terre du troisième totalitarisme?"
LA TRIBUNE / Pascal Aubert
"La France n'oublie pas" déclarait ce week-end le président
Chirac lors des cérémonies sur les plages normandes. Peut-être.
Mais les Français, eux, ont la mémoire qui défaille.
(...) Les déchirements du passé s'estompant, les Français
se montrent aujourd'hui un peu oublieux de ce qu'ils doivent à la
construction européenne. Leur grande indifférence pour l'échéance
européenne de dimanche prochain, mesurée sondage après
sondage, est alarmante. Car elle pourrait passer pour de l'ingratitude. Ou
pis, pour de l'orgueil considérant la paix et la prospérité
comme des acquis irréversibles. Or, le fait qu'un peu partout chez
nos voisins - y compris chez les "nouveaux Européens" de l'Est - l'édification
de cette Europe ne suscite pas plus d'engouement spontané est peut-être
le signe que les vieux égoïsmes nationaux, jadis vecteurs de
tant de cataclysmes et de douleurs, ont la vie dure. Et que la vocation pacificatrice
du dessein européen peut encore servir."
LIBERATION CHAMPAGNE / Jorge d'Hulst
"Cette accolade-là restera dans l'Histoire. Lors des grandes réunions
internationales, il n'est pas rare que des chefs d'Etat s'étreignent.
Mais cette accolade entre Jacques Chirac et Gerhard Schroeder, hier soir,
devant le mémorial de Caen demeurera bien plus qu'un geste de confraternité.
Par ce symbole, en ce soixantième anniversaire du jour J, sur cette
terre de Normandie où des milliers de soldats sont morts pour libérer
l'Europe du nazisme, la France et l'Allemagne ont tourné définitivement
la page de la Seconde Guerre mondiale. (...) Le temps est venu du pardon.
Mais il est, en revanche, une chose qu'il est impossible de faire: oublier.
(...) Car ce qui est arrivé avec Hitler peut très bien se reproduire
à nouveau. Sauf que la France et l'Allemagne semblent désormais,
grâce à la construction européenne, à l'abri
d'un nouveau désastre de ce genre."
LA CHARENTE LIBRE / Dominique Garraud
"En invitant pour la première fois le chancelier Gehrard Schröder
en Normandie, Jacques Chirac n'a pas seulement créé l'événement
à la manière de François Mitterrand et Helmut Kohl se
tenant par la main à Verdun. Il a aussi signifié à l'ami
américain qu'aucun "avenir" ne pouvait s'incarner "dans la haine"
et qu'un "chemin est toujours possible vers la paix" dès lors que
les nations démocratiques unissent leurs efforts et oublient leurs
ressentiments aussi lourds soient-ils. Et comment ne pas penser que lorsque
Jacques Chirac a évoqué "le nouvel ordre international" né
du 6 juin 1944, "un ordre fondé sur le respect des hommes et du droit,
sur la liberté, la justice et la démocratie, un ordre dont la
Charte des Nations unies demeure aujourd'hui encore le symbole et le garant",
il dénonçait les erreurs commises dans l'aventure irakienne.
Mais les certitudes américaines sur la légitimité de
l'intervention en Irak semblent tellement solidement ancrées qu'il
est loin d'être certain que le bon sens de Jacques Chirac et l'exemplarité
de l'amitié franco-allemande également célébrée
avec émotion par le discours de Gehrard Schröder, aient quelque
écho à Washington."
LE REPUBLICAIN LORRAIN / Camille Ollivier
"(...) Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont participé ensemble
aux cérémonies qu'ils ont prolongées devant le Mémorial
de Caen. Là encore, ce ne devrait pas surprendre, quarante ans après
la signature du traité de réconciliation franco-allemand. On
se souvient, en particulier, de l'image très émouvante de
François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main sur le champ
de bataille de Verdun. Il n'empêche : il aura fallu attendre près
de soixante ans pour que le chef du gouvernement du pays vaincu en 1945 soit
convié aux cérémonies commémoratives du 6 juin,
et qu'il puisse accepter sans choquer, ni chez lui, ni chez les alliés.
Au delà des désaccords tenant à la défense des
intérêts nationaux, tous les chefs d'Etat et de gouvernement
qui étaient présents en Normandie partagent l'attachement à
la démocratie et la volonté de coopérer ensemble. A
une semaine d'un scrutin qui marquera une nouvelle étape dans l'élargissement
de l'Union européenne, la leçon mérite d'être retenue
: douloureusement acquise, la paix, désormais solidement enracinée,
est le bien le plus précieux dont dispose aujourd'hui l'Europe."
L'EST REPUBLICAIN / Chantal Didier
"Il y a eu François Mitterrand et Helmut Kohl se tenant par la
main à Verdun. Voici Gerhard Schröder participant à l'anniversaire
du Débarquement aux côtés de Jacques Chirac et des dirigeants
des nations alliées contre l'Allemagne nazie. La symbolique de la
réconciliation franco-allemande est complète : à Verdun,
le geste visait à dépasser au moins trois guerres entre des
pays ennemis ; en Normandie, il s'agissait de célébrer " la
victoire de la paix et de la démocratie ", valeurs fondatrices de l'Europe
actuelle. Personne ne veut oublier les horreurs nazies, l'Holocauste et le
délire raciste. (...) "La victoire des alliés n'était
pas une victoire sur l'Allemagne mais une victoire pour l'Allemagne", a-t-il
affirmé. Ce sens des événements a été confirmé
par les soixante années qui se sont écoulées depuis.
La reconquête de la liberté en Europe a été consolidée
par la construction européenne à laquelle l'Allemagne a pris
toute sa part. Parce que des dirigeants politiques ont eu l'audace et le
courage de travailler ensemble plutôt que de chercher une vaine revanche."
LES DERNIERES NOUVELLES D ALSACE / Olivier Picard
"Au fond, la participation d'un George Bush contesté, voire détesté
par les Français, n'a pas été l'événement
de ce week-end. (...) En revanche, la présence, pour la première
fois, d'un chancelier allemand sur le théâtre du D-Day a définitivement
refermé les très vieilles blessures d'un autre temps. Après
la communion du général de Gaulle et d'Adenauer à Reims
en 1962, après la complicité silencieuse de Mitterrand et Kohl,
main dans la main à Verdun en 1984, l'invitation de Gerhard Schröder
à Arromanches au même titre que les " libérateurs "
a constitué l'ultime étape de la réconciliation de l'Europe
avec elle-même. Elle vient tard. Incroyablement tard. Mais, en ce
6 juin 2004, elle vient au meilleur moment !
OUEST FRANCE / François-Régis Hutin
"O Terre de détresse !", a chanté la chorale de l'université
de Caen, face à la mer, à Arromanches, par ce temps splendide,
appel au bonheur et à l'espérance des grandes moissons.Terre
de détresse, en effet, que ce rivage et cette Normandie bouleversée,
ravagée par la haine, détruite par la mort. Mais, Terre enfin
libérée après tant de souffrances. Cette souffrance
qu'évoquait le lent défilé des vétérans
rescapés de la grande épreuve, de cette apocalypse qui anéantit
tant de jeunes vies fauchées, comme le dit, avec force, un résistant,
Jacques Vico, tant de jeunes garçons en âge d'être encore
au lycée, comme le rappela avec émotion Jacques Belin, directeur
du Mémorial de Caen, dans son vibrant appel à la paix. Mais
il fallait combattre pour cette liberté. Des deux côtés,
il se trouva des hommes et des femmes héroïques pour tenter d'arrêter,
au péril de leur vie, cet engrenage effroyable, qui entraînait
un pays, et même le continent, dans le racisme, l'antisémitisme
et l'idéologie totalitaire."
NICE MATIN / Marc Chevanche
"Les cérémonies du soixantenaire du débarquement
auront bien eu cette fonction première de la commémoration
qui est celle du souvenir. Mais elle est aussi marquée par un souci
particulier de la vérité historique de l'événement
lui-même. Ainsi, l'édition, la télévision, la
presse auront-elles offert une connaissance détaillée et particulièrement
scrupuleuse de ce moment militaire décisif de la seconde guerre mondiale.
(...) Mais surtout, ce qui distingue ce soixantenaire des commémorations
précédentes, c'est qu'il est, en même temps, une inauguration,
l'inauguration d'un autre monde. Un autre monde que la présence du
chancelier allemand évidemment symbolise, soldant ainsi les comptes
d'une Allemagne qui a irréversiblement rompu avec son passé
nazi. Un autre monde que la présence de Vladimir Poutine exprime également.
Avec lui, c'est la guerre froide qui sort définitivement de nos perceptions
géopolitiques contemporaines. Un autre monde, enfin, avec le relatif
insuccès de la rhétorique du président américain
George Bush."
LA PROVENCE / Gilles Dauxerre
"Hier, l'Europe a définitivement tourné la page de ses guerres
fratricides. En accueillant Gerhard Schroeder sur les plages du Débarquement,
Jacques Chirac a symboliquement concrétisé cette "véritable
espérance" que constitue la réconciliation franco-allemande.
Il aura fallu deux Guerres mondiales, l'effondrement de l'URSS, et un demi-siècle
d'une patiente et opiniâtre construction de l'Union européenne
pour qu'enfin ce continent vive en paix et en démocratie. La ferveur
des commémorations de ce 6 juin, suivies par des millions de gens
communiant dans le souvenir et le recueillement, est à la hauteur de
cette espérance évoquée par le Président de la
République. Elle en souligne aussi la fragilité qui appelle
à la vigilance les peuples épris de liberté. (...)
LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST / Jean-Claude Arbona
"Il est réconfortant de rappeler au monde, en particulier aux jeunes
générations, qu'à côté de la barbarie et
de l'horreur, l'humanité est capable de sursauts de grandeur, d'héroïsme,
de dignité. La France a porté un témoignage planétaire
de cette vaillance encourageante de nos sociétés civilisées,
à l'occasion du soixantième anniversaire du débarquement
allié qui libéra l'Europe du joug nazi. Ne nous méprenons
pas : historiquement le souvenir est grandiose et émouvant, mais
humainement il reste cruel. Il est d'abord et avant tout le rappel de toutes
les victimes sacrifiées dans la gigantesque opération militaire
! Y compris la mort programmée de milliers d'habitants sous les bombes
alliées dans certains villages normands.
LA DEPECHE DU MIDI / Jean-Christophe Giesbert
"Bel hommage, vraiment, que celui rendu hier par les dix-sept dirigeants
des nations engagées dans le conflit. (...) Mais à l'heure
de l'introspection, à laquelle il n'est pas inconvenant de se livrer
dans ces circonstances, on sera plus mesuré sur la portée réelle
de l'événement commémoré hier sur les plages
de la Manche. Qu'ont fait les grands de ce monde pour entretenir cet élan
qui vit 21 nations unir leurs efforts, au prix de terribles sacrifices, pour
libérer l'Europe de la tyrannie ? Pas grand-chose en réalité.
Certes, hormis quelques conflits locaux, ils sont parvenus à éviter
la déflagration USA-URSS promise dans les années cinquante.
LA PRESSE DE LA MANCHE / Jean Levallois
"Plus que le souvenir, plus que le courage de nos libérateurs,
dont beaucoup sont morts sur ces plages et ces terres de Normandie, si tragiques
et meutrières alors, si accueillantes et sereines aujourd'hui, le
6 juin est tout simplement le début de l'Europe, la date fondatrice
par ces conséquences, d'un sursaut unique, inconnu jusqu'alors du continent
européen, pour mettre un terme à ses désastreuses guerres
civiles. Hier à Colleville, à Arromanches, et au Mémorial
de Caen, on a tout simplement pris un nouveau départ pour mener le
seul combat qui vaille pour l'homme, celui de la paix."
L'UNION / Christophe Tézier
"Sourires, poignées de main, familiarités. Il aura fallu
ce rendez-vous de l'Histoire qu'a été la commémoration
du 6 juin 44 pour que Bush et Chirac renouent. (...) Mais si ces convergences
historiques et diplomatiques sont venues relancer des relations sérieusement
ébranlées depuis 2003, les querelles du passé ne sont
cependant pas apaisées. Chef de file des " anti-guerre ", Chirac a
sans détour regretté le désordre qui règne aujourd'hui
en Irak. Il n'a pas hésité non plus à contester le
parallèle établi par Bush entre la libération de l'Europe
en 1944 et le conflit irakien. Rappelant ainsi les limites de la portée
d'une commémoration symbolique."
D-DAY Revue de presse britannique
NOUVELOBS.COM | 07.06.04 | 11:07
La presse britannique se demandait lundi 7 juin, en rendant compte des
cérémonies du 60e anniversaire du débarquement, si les
générations actuelles, habituées à des vies confortables
et à des guerres sans victimes, seraient prêtes au même
sacrifice que les vétérans du Jour J.
"La question reste posée de savoir si la génération
actuelle, qui tient pour acquise la paix en Europe et s'attend à des
guerres sans pertes humaines, pourrait jamais être de nouveau motivée
comme l'ont été les soldats de la seconde guerre mondiale",
écrit le Guardian (gauche) dans un éditorial intitulé
"des leçons encore à tirer".
Le quotidien rappelle que 4.500 soldats sont morts le premier jour du
débarquement et que l'URSS, dont la résistance sur le front
de l'Est a été capitale pour affaiblir l'armée allemande,
a sacrifié 20 millions des siens.
Rappelant que 200.000 soldats ont été tués dans les
semaines suivant le débarquement, le quotidien populaire The Sun se
demande si "nous aurions le courage et la discipline de mettre en péril
nos vies confortables pour une juste cause ?".
Comparant la lutte d'aujourd'hui contre le terrorisme au combat d'hier
contre le nazisme, le journal, propriété du magnat australo-américain
Rupert Murdoch, poursuit: "Nous avons besoin des Etats-Unis aujourd'hui autant
que le 6 juin 1944".
"Des responsables de haut rang de l'armée ou du renseignement craignent
que des fanatiques islamistes ne parviennent à renverser la famille
royale saoudienne. Cela donnerait à Ben Laden le contrôle d'un
tiers du pétrole mondial et de deux des plus importants lieux saints
musulmans, la Mecque et Médine", écrit l'éditorialiste
du Sun.
"Al-Qaïda pourrait paralyser l'économie mondiale et fomenter
des coups d'Etat dans le monde musulman, comme au Pakistan qui a la bombe
nucléaire", affirme-t-il.
"Dans ces circonstances, chercheriez-vous de l'aide du côté
de l'Amérique ou de l'Union européenne ? L'Union européenne
a été incapable (de réagir) face à tout défi
militaire.
C'est, et espérons-le, ce sera toujours vers l'Amérique
que l'on pourra se tourner la prochaine fois qu'un tyran menace la paix
mondiale', conclut le journal le plus lu en Grande-Bretagne.
Le Guardian appelle dans son éditorial les Britanniques à
tourner la page de la seconde Guerre mondiale.
"De tous les peuples d'Europe, les Britanniques ont été
les plus lents à tourner la page des événements de
1939-45. Notre réticence à mettre la guerre derrière
nous est légendaire, et ce n'est pas seulement vrai des supporters
de football", analyse le quotidien.
En acceptant l'invitation du président français Jacques
Chirac à participer aux célébrations du jour J, le
chancelier allemand Gerhard Schroeder a "tracé une ligne symbolique
de grande importance".
"Il est maintenant temps pour tout le peuple britannique de tourner le
dos au passé, sans pour autant oublier", conclut le Guardian (gauche).
D DAY Revue de presse allemande
NOUVELOBS.COM | 07.06.04 | 11:06
La presse allemande souligne unanimement lundi 7 juin la dimension historique
de la participation du chancelier Gerhard Schroeder aux cérémonies
du 60ème anniversaire du Jour J en Normandie.
L'image s'inscrit dans la série de celles du chancelier Willy Brandt
agenouillé à Varsovie, d'Helmut Kohl et François Mitterrand
main dans la main à Verdun, relève le Frankfurter Allgemeine
Zeitung (conservateur).
En proclamant la "fin définitive de l'après-guerre", Gerhard
Schroeder a prononcé un "grand mot, et il est étonnant qu'il
n'ait fait trembler personne (...) : jusqu'ici, en Allemagne, prévalait
l'idée que l'Histoire n'est jamais passée", souligne le journal.
Mais, aussi bien l'importance que le chancelier a accordé à
cette invitation, que le fait qu'il ait évité le cimetière
militaire allemand de La Cambe où reposent aussi des Waffen SS montrent
que "les cicatrices de la guerre font toujours mal", poursuit le journal.
En disant du Jour J qu'il a été une victoire pour l'Allemagne,
Gerhard Schroeder veut dire qu'"un patriote allemand du 21ème siècle
doit remercier les Alliés d'avoir libéré l'Allemagne
des Nazis. Un point de vue qui n'amoindrit ni la culpabilité allemande
ni les souffrances du pays pendant la Guerre. Ce n'est pas l'Allemagne qui
a gagné au Jour J, mais les Alliés pour l'Allemagne", souligne
le Tagesspiegel (centre gauche).
Mais "le soixantième anniversaire a également donné
le signal d'une réconciliation européenne et transatlantique",
après les divisions apparues à la faveur du conflit irakien
: "l'Occident s'est retrouvé" et a redécouvert ses valeurs
communes, estime le journal.
Ce n'est pas l'avis de Die Welt (conservateur), qui relève que
si Gerhard Schroeder a placé "la France au coeur de son discours",
"il y manquait quelque chose de décisif : le mot Amérique.
Sont-ce les Français qui ont libéré l'Europe de Hitler
? Jacques Chirac, en homme d'Etat, a trouvé des mots adéquats
pour les USA. Pas le chancelier de l'après-après-guerre".
De telles cérémonies sont souvent remplies de symboles peu
utiles pour la vie quotidienne, remarque le Berliner Zeitung (centre gauche).
Néanmoins, "la réconciliation franco-allemande, dont il a été
beaucoup question dimanche, est plus qu'un mot. Elle est un chemin long
et compliqué et une performance historique des deux peuples", se
félicite le journal.
Jacques Chirac et Gerhard Schröder se sont retrouvés
devant le Mémorial de la paix
France-Allemagne, l'émotion
Caen : de l'un de nos envoyés spéciaux Marie-Estelle Pech
[07 juin 2004]
Jacques Chirac et Gerhard Schröder tombant chaleureusement dans les
bras l'un de l'autre en Normandie, sur les lieux mêmes de la défaite
du IIIe Reich, pour commémorer le jour J. L'image est inédite.
Mais dix ans après la polémique provoquée par l'absence
du chancelier Helmut Kohl lors des cérémonies du cinquantième
anniversaire du Débarquement, l'heure était, hier, à
la réconciliation. Et la dernière cérémonie de
la journée, la commémoration franco-allemande, s'est révélée
être l'un des moments les plus intenses.
En début de soirée, avec plus d'une heure de retard, le
président français et le chancelier allemand Gerhard Schröder
s'étaient donnés rendez-vous devant le mémorial de
la paix de Caen. Ce lieu neutre a été préféré
aux cimetières et autres monuments aux morts, d'autant plus que cet
immense bâtiment cubique et blanc, Musée d'histoire sur le
conflit de la Seconde Guerre mondiale qui sert à former les jeunes
lycéens, s'est aussi affirmé comme un observatoire de la paix.
Accueillis par la brigade franco-allemande qui a «fait les honneurs»
aux drapeaux français et allemand, les deux hommes se sont lentement
avancés vers les soldats, sous les applaudissements de la foule. Ils
ont ensuite écouté les hymnes nationaux français et
allemand et fait quelques pas devant Jean-Pierre Raffarin et le ministre des
Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. Après avoir pénétré,
seuls, à l'intérieur du bâtiment, les deux dirigeants
ont dévoilé une inscription commémorative gravée
dans le mur, puis sont ressortis pour prononcer un discours de quelques minutes.
«En ce jour du souvenir et de l'espérance, les Françaises
et les Français vous reçoivent plus que jamais en ami. Ils
vous reçoivent en frère», a déclaré Jacques
Chirac à Gerhard Schröder, lui faisant part de sa «très
grande émotion».
Le président Français a prononcé un discours à
la tonalité européenne, tourné vers l'avenir. «L'idée
européenne, les projets qui l'incarnent, sont en réalité
nés ici même. Avec le sentiment (...) que nous devions à
nos morts de donner un sens à leur sacrifice, en nous engageant résolument
dans la seule voie qui assurerait la paix en Europe : celle de la réconciliation
entre nos deux pays. (...) Ce fut le ressort profond du mouvement d'unification
européenne», a rappelé Jacques Chirac.
Dans son discours très émouvant, Gerhard Schröder a
tenu a affirmer la responsabilité historique de l'Allemagne : «Nous,
Allemands, savons qui sont les auteurs criminels de la guerre. Nous sommes
conscients de notre responsabilité face à l'histoire et nous
l'assumons», a assuré le chancelier avant d'évoquer la
mémoire du village martyr d'Oradour-sur-Glane, victime de la brutalité
des troupes SS. Présentant le débarquement comme une étape
de la libération de l'Allemagne du joug nazi, le chancelier a insisté
sur le fait que «les objectifs démocratiques auxquels nous aspirons
sont la justice, la liberté, et une vie digne pour tous (...). Préserver
ces objectifs a été et reste la mission que nous dicte le
6 juin 1944.»
Après avoir évoqué «l'histoire horrible de
la dictature hitlérienne», le chancelier allemand a rappelé
que sa génération avait grandi dans son ombre, lui qui n'a
jamais connu son père, un soldat mort en Roumanie dont le corps n'a
été retrouvé et identifié qu'il y a quatre ans.
Lui-même ne représente toutefois pas «l'ancienne»
Allemagne des années sombres, a-t-il affirmé, mais celle qui
a retrouvé sa place «parmi les peuples civilisés».
«La vue des champs de bataille européens suscite en nous une
tristesse profonde. Ce sentiment ne fait que renforcer la reconnaissance
que nous éprouvons en constatant que la France et l'Allemagne n'ont
jamais été aussi proches l'une de l'autre qu'aujourd'hui. La
folie nationaliste s'est transformée en partenariat européen»,
s'est enthousiasmé le chancelier.
La cérémonie s'est achevée avec L'Hymne à
la joie de Beethoven, qui est aussi l'hymne européen, chanté
par une chorale franco-allemande, avant que les deux hommes ne prennent un
bain de foule au milieu de plusieurs dizaines de collégiens et lycéens
allemands et français qui avaient eux-mêmes longuement discuté
avec des vétérans du Débarquement dans l'après-midi.
Quatorze ans après la réunification allemande, les Français
et les Allemands préparent désormais un livre d'histoire commun
pour leurs lycéens. Un ultime symbole d'union pour ces deux pays qui
ont réussi à surmonter les blessures de la Seconde Guerre mondiale
et l'ordre mondial qui en découla. Vétérans, touristes, soldats de pacotille sillonnent
la Normandie
LE MONDE | 05.06.04 | 13h49
A la veille des commémorations, des dizaines de milliers de personnes
avaient afflué dans la région. Au Mémorial de Caen,
qui accueillera dimanche la cérémonie franco-allemande, certains
s'agacent de cette kermesse géante
Certains n'en finissent plus de raconter leurs aventures à des
lycéens qui en redemandent.
Basse-Normandie de notre envoyé spécial
A la veille de la commémoration du Jour J, la Basse-Normandie a
remis son costume de saison. Sous une météo capricieuse, les
vétérans ont renfilé leurs trench-coat sur leurs blazers
couverts de décorations et de pin's et il ne reste plus que leurs
bérets noirs, rouges ou verts pour les distinguer parmi la foule de
plus en plus dense des visiteurs. Dans les villes, de Caen à
Bayeux, et dans les villages, ceux du D-Day sont nombreux. Certains n'en
finissent plus de raconter leurs aventures à des tablées de
"bleus", entre la poire et le livarot des restaurants bondés ou à
des groupes de lycéens qui, parfois, en redemandent.
Les belles histoires se concluent généralement par quelques
réflexions humanistes qui pourraient se résumer d'une formule
: "La guerre est une horreur, plus jamais ça." Dans les galeries du
Mémorial de Caen, Frank, 90 ans, un ancien parachutiste qui a sauté
en 1944 sur Sainte-Mère-Eglise, répète inlassablement
qu'il a "connu la sale trouille et perdu ses meilleurs copains". Son petit
fils, Edward, le tire par la manche et il s'attarde auprès d'adolescents,
élèves d'un établissement de banlieue.
C'est au Mémorial, lieu de mémoire et de recueillement,
que Jacques Chirac et Gerhard Schröder devraient, dimanche à
18 h 30, célébrer une nouvelle page de la réconciliation
franco-allemande - la plaque commémorative est déjà gravée
sur un mur, à droite de l'entrée -, c'est bien ce qui s'impose
en cette veille de célébration un peu tapageuse où l'on
rêverait, avec Aragon, "de palmes et de feuillages au front" plutôt
que de fanfares et de fastes protocolaires.
STATUE DE LA PAIX
En s'immergeant dans ce vaste musée, ouvert en 1988 pour raconter
la seconde guerre mondiale mais qui, depuis 2002 et son extension, évoque
aussi la guerre froide, la chute du mur et l'interminable marche vers la
paix, on peut enfin réaliser la profondeur et la diversité des
tragédies humaines, simplement humaines. A travers les "Paroles du
Jour J", on peut ainsi suivre, par les lettres et les écrits de dix
soldats américains, anglais, canadiens, français mais aussi
allemands, la vie quotidienne des soldats. Trois seulement ont survécu.
Parmi les autres images intenses du Mémorial, les plus poignantes
sont sans doute ces photos géantes d'une jeune fille de 17 ans, Masha
Ruskina, membre des partisans soviétiques, que l'on voit tirée
par ses bourreaux SS jusqu'au gibet. Cela se passait à Minsk, le 26
octobre 1941, mais Masha avec ses longs cheveux blonds et son pull-over d'adolescente
est la figure universelle de la résistance martyrisée. Et
elle rappelle combien la victoire sur le nazisme ne peut se résumer
au débarquement de Normandie.
C'est la réflexion que se font de nombreux visiteurs du Mémorial
un peu agacés par le matraquage marketing dont le Jour J fait, selon
eux, l'objet depuis plusieurs semaines. Car au dehors, le souvenir a tendance
à se diluer dans les flonflons, les pavoisements, la fièvre
touristico-mercantile, le balisage et l'organisation millimétrés
de manifestations qui ne devraient rien laisser au hasard.
A Courseulles, vendredi matin, la population s'est massée sur les
trottoirs pour assister au défilé des militaires canadiens
au bel uniforme, dans la même apparente insouciance que s'il s'agissait
de voir passer le Tour de France. A Grandcamp-Maisy, on inaugure une gigantesque
Statue de la paix due à un sculpteur chinois. Dans plusieurs autres
communes, les enfants des écoles participent au fleurissement des
monuments ou aux premières cérémonies locales.
L'OMBRE DE LA MENACE
La sécurité reste la principale et palpable préoccupation
des autorités même si l'exceptionnel dispositif de forces de
l'ordre françaises est, pour l'heure, presque moins voyant que celui
des militaires britanniques ou américains à Arromanches ou
à Colleville. Non dite, l'ombre de la menace terroriste plane dans
bien des esprits.
Parmi les simples citoyens, certains se réjouissent d'apprendre
que la circulation ne sera pas restreinte à Caen ce week-end, tandis
que les riverains des grandes manifestations de dimanche se préoccupent
de récupérer auprès de leur mairie des badges qui leur
permettront de circuler dans les zones régulées.
A chacun ses soucis ; celui des journalistes venus du monde entier, y
compris d'Allemagne et du Japon, pour couvrir l'événement
- on parle de plus de 3 500 demandes d'accréditation - est de se
procurer des badges et des "surbadges" pour approcher des sites "sensibles".
Déjà pris d'assaut par des cohortes de reporters, le centre
de congrès de Caen, qui sera le QG des médias, est complet.
Les plus voyants dans ce paysage d'avant la commémoration restent,
encore et toujours, les milliers de nostalgiques d'une guerre qu'ils n'ont
pas faite, et qui attifés en soldats de pacotille, ne se contentent
pas d'encombrer les routes avec leurs jeeps, leurs camions voire leurs engins
amphibies, mais ont installé d'immenses camps de toile sur des hectares
de prairie transformés en champs de douteuses manœuvres.
"Tout ce qui était vert est devenu kaki", observe avec philosophie
le maire d'Arromanches, tandis qu'un habitant de Vierville s'emporte : "Je
ne comprends pas qu'on tolère ces exhibitionnistes ! Se prendre pour
John Wayne et mimer la guerre, c'est immature et obscène !"
Robert Belleret
M. Schröder et des "querelles
mesquines"
Le chancelier allemand Gerhard Schröder a déploré, vendredi,
les "querelles mesquines" au sujet de l'hommage qu'il rendra, dimanche 6
juin, aux soldats morts en Normandie. Des membres de l'opposition lui reprochent
de ne pas se rendre dans le principal cimetière militaire allemand
du Calvados. Gerhard Schröder a lancé un "appel à tenir
ce qui va se passer dimanche en dehors des intentions partisanes et politiques".
C'est un sujet "trop important et trop sensible". Dimanche, le chancelier
ira au cimetière de Ranville, où 322 soldats allemands reposent
aux côtés de 2 200 soldats des Etats du Commonwealth. Sa visite
ne prévoit pas un passage au cimetière allemand de La Cambe,
où reposent 21 200 soldats allemands. "Il est pitoyable qu'il évite
un cimetière de soldats allemands", affirmait vendredi le quotidien
Bild Zeitung. "M. Schröder prêche sans cesse le patriotisme.
S'il passe à côté d'un cimetière allemand sans
y déposer une gerbe, il est à mon sens un antipatriote", affirme
Peter Ramsauer (CSU, conservateur). "Il devrait changer ses plans", a renchérit
un responsable des Libéraux (FDP), Norbert Geis. - (AFP.)
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.06.04
Versöhnliche Töne
Erinnerung um des Friedens willen: Als erster
Bundeskanzler nimmt
Gerhard Schröder an den Gedenkfeiern zur
Landung der Alliierten in der
Normandie teil und findet die angemessenen Worte
von Jochen Hehn
Eine Premiere: Gastgeber Jacques Chirac begrüßt
Gerhard Schröder als
ersten deutschen Bundeskanzler
An diesem 60. Jahrestag der Landung der Alliierten
in der Normandie
ruhen die Augen der ganzen Welt nicht nur auf
den vor Alter gebeugten,
frisch mit Orden dekorierten Veteranen und auf
den farbenprächtigen
Gedenkfeiern der einstigen Siegermächte.
Sie richten sich auch auf
Gerhard Schröder, der erstmals im Kreis der
Weltkriegsalliierten
weilt, um in ihrer Mitte dieses "längsten
Tages" vom 6. Juni 1944 zu
gedenken, an dem die Befreiung Europas und damit
auch Deutschlands vom
Joch des Nazi-Terrors erkämpft worden ist.
Bei der deutsch-französischen Zeremonie,
die ganz am Ende eines langen
Gedenktages mit 17 nationalen und binationalen
Feiern im
Friedensmuseum von Caen stattfindet, trifft der
Bundeskanzler den
richtigen Ton und einfühlsame Worte. Er sei
nicht als Vertreter des
"alten Deutschland der finsteren Jahre" hierher
gekommen, sondern
repräsentiere ein Deutschland, das "den Weg
zurück in den Kreis der
zivilisierten Völkergemeinschaft gefunden"
habe. "Wir kennen unsere
Verantwortung vor der Geschichte und nehmen sie
ernst", sagt er in
Anwesenheit von Gastgeber Jacques Chirac, der
ihn - eine Premiere - zu
den D-Day-Feiern eingeladen hatte. Schröder
schmäht ausdrücklich das
Verbrechen "einer entfesselten, unmenschlichen
Waffen-SS", vor 60
Jahren an den Bürgern der Gemeinde Oradour-sur-Glâne
begangen, das in
ihm das Gefühl von "Scham und Zorn zugleich"
hervorrufe. Ferner nennt
er die Soldatenfriedhöfe und die Narben der
beiden Weltkriege, die den
Völkern Europas, "besonders dem deutschen
Volk" die "dauernde Pflicht"
auferlegt hätten, Rassismus, Antisemitismus
und totalitären Ideologien
zu widerstehen.
Auf dem US-Soldatenfriedhof Colleville-sur-Mer
beginnt am Vormittag
der 60. Jahrestag des D-Day mit der gemeinsamen
amerikanisch-französischen Gedenkzeremonie.
Ein strahlend blauer
Sommerhimmel überspannt den Friedhof, auf
dem 9387 gefallenen
amerikanische Soldaten begraben sind, und die
direkt darunter liegende
"Omaha-Beach", an der vor 60 Jahren die anstürmenden
Amerikaner bei
schwerem Wetter gegen die verbissen verteidigenden
deutschen Soldaten
schwerste Verluste erleiden mussten. 3000 GIs
fielen an einem einzigen
Tag.
An der Seite von Präsident George W. Bush
stimmt Jacques Chirac ein
ungewohntes Hohelied auf die zwei Jahrhundert
währende Freundschaft zu
den Vereinigten Staaten an. "Frankreich wird diese
Männer nie
vergessen, die zu höchsten Opfern bereit
waren, um unser Land der
Nazi-Barbarei zu befreien." Wie Schröder
am Abend in Caen, betont auch
Chirac, dass von den Friedhöfen - insgesamt
sind es 28 in der
Normandie mit 100 000 Gefallenen - eine "Botschaft
des Friedens"
ausgehe, die eine "Herausforderung für die
Zukunft und eine Aufgabe
für die Gegenwart" sei. Weder Chirac noch
Bush kommen in ihren mit
Beifall bedachten Reden auf das Streitthema Irak
zu sprechen, das in
denen vergangenen Monaten das transatlantische
Klima nachhaltig zu
vergiften drohte. Auch Präsident Bush stimmt
versöhnlich-leise Töne
an. Er lobt er den Heldenmut der Soldaten und
versichert, seinen
französischen Gastgeber mit den Augen fixierend,
dass die USA für ihre
Freunde auch in Zukunft wieder das gleiche Opfer
bringen würden.
Eine stille, schlichte Zeremonie wird es am Nachmittag
auf dem
internationalen Soldatenfriedhof von Ranville
bei Caen, die sich an
das gemeinsame Mittagessen der 15 Staats- und
Regierungschefs im
Rathaus von Caen und an die zentrale Feier aller
Staatsgäste auf der
Reede des Badeortes Arromanches-les-Bains anschließt.
Auf diesem
Friedhof sind 322 deutsche Soldaten einträchtig
an der Seite von über
2000 Soldaten aus den Ländern des Commenwealth
bestattet. Es ist eine
kurze, eine würdige Zeremonie ganz ohne Musik.
Sie besteht darin, dass
der Bundeskanzler Schröder zwei Blumengebinde
niederlegt. Einen für
die deutschen Gefallenen und einen für die
Opfer der Alliierten. Als
diese Absicht des Kanzlers ruchbar wurde, hagelte
es Kritik. "Ein
Sakrileg" sei dies, schimpften einige britische
Veteranenverbände. Sie
können nicht vergessen, dass es in der Gegend
von Ranville gleich zu
Beginn der Invasion zu verlustreichen Kämpfen
zwischen deutschen
Einheiten und der sechsten Luftlandedivision der
Briten kam. Aber auch
von deutscher Seite hagelte es Kritik, vor allem
aus konservativen
politischen Kreisen.
Die Tatsache, dass Schröder nicht den größten
deutschen
Soldatenfriedhof La Cambe besuche, auf dem über
22 000 Gefallene
ruhen, sei eine Beleidigung für alle Kriegerwitwen,
hieß es.
"Übervorsichtig" nannte der Vorsitzende des
Volksbundes der Deutschen
Kriegsgräberfürsorge (VdK) die Entscheidung
Schröders, weil dieser
offenbar das Risiko unnötiger Diskussionen
vermeiden wollte. In La
Cambe liegen nämlich auch Angehörige
der Waffen-SS begraben, deren
Verbrechen der Kanzler am Sonntagabend als "unmenschlich"
gebrandmarkt
hat.
In dem Wissen, dass selbst 60 Jahre nach dem D-Day
Empfindlichkeiten
fortbestehen, war Schröder sicher gut beraten,
"übervorsichtig" zu
sein. Die Proteste, die sein Amtsvorgänger
Helmut Kohl erntete, als er
den - am Samstag verstorbenen - früheren
US-Präsidenten Ronald Reagan
auf den Soldatenfriedhof in Bitburg einlud, werden
ihm eine Warnung
gewesen sein. An die Ehrung auch der alliierten
Opfer in Ranville
knüpft Schröder auch in seiner Ansprache
am Abend im Mémorial von Caen
an, als er dort in Anwesenheit von über 200
Jugendlichen aus
Deutschland und Frankreich verspricht, die Opfer
nicht zu vergessen.
"Es ist ein guter Tag - heute, am 6. Juni 2004
- Frankreich und seinen
Verbündeten dafür zu danken", dass sie
Deutschland nicht nur befreit,
sondern ihm auch "mit Großmut und politischer
Weisheit" beigestanden
hätten, den Weg zu gehen, der zur Wiedervereinigung
geführt habe.
Auch Jacques Chirac will da nicht zurückstehen.
Vor allen Staats- und
Regierungschefs würdigt er die deutsch-französische
Versöhnung als
beispiellos. In ihrer gemeinsamen Verantwortung
vor der Geschichte
hätten sich die einstmals "unversöhnlichen
Feinde" dazu entschlossen,
für "eine Zukunft ohne Hass" zu arbeiten.
Erinnerung um des Friedens in Europa und in der
Welt willen - das ist
die Botschaft.
Artikel erschienen am 7. Juni 2004
Arrivée à Caen du chancelier allemand Schroeder pour le 60ème
anniversaire du Débarquement allié
CAEN (France), 6 juin (XINHUANET) -- Le chancelier allemand Gerhard
Schroeder est arrivé à Caen dimanche pour se joindre aux célébrations
du 60ème anniversaire. Il est le premier dirigeant allemand à
participer aux commémorations du Débarquement allié
en Normandie.
Le chancelier doit être reçu par le président français
Jacques Chirac à la mairie de Caen. Il est ensuite attendu à
Arromanches pour la célébration internationale du Débarquement
à laquelle participe une vingtaine de chefs d'Etat et de gouvernement.
M. Schroeder doit se recueillir dans l'après-midi à un cimetière
de soldats d'Allemagne et du Commonwealth tombés il y a soixante
ans en Normandie. Il devrait ensuite inaugurer avec M. Chirac une plaque
commémorative au Mémorial de Caen à l'occasion d'une
cérémonie franco-allemande.
M. Schroeder est accompagné d'une petite délégation
comptant deux résistants allemands ayant participé à
l'attentat manqué contre Adolf Hitler le 20 juin 1944, le Baron Philipp
von Boeselager et son épouse Rosa-Maria. Fin
Une déferlante de chefs d'Etat sur Arromanches
La Normandie est l'hôte des grands de ce monde à l'occasion
du 60e anniversaire du Débarquement. Vingt chefs d'Etats et de gouvernement
étrangers (lire ci-contre), dont le chancelier allemand Gerhard Schroeder,
invités par le président Jacques Chirac assisteront demain
dimanche à la cérémonie internationale à Arromanches,
où les troupes britanniques débarquèrent à l'aube
du 6 juin 1944.
Arromanches, comme tous les villages et villes de la région, est
ornée de drapeaux américains, britanniques ou encore canadiens.
De multiples fanions multicolores pour souhaiter la bienvenue aux vétérans
du Débarquement, qui ont déambulé hier dans les rues,
en attendant le début des cérémonies officielles aujourd'hui.
Un millier d'entre eux y participeront. Seize commémorations officielles
rythment le week-end. Mais de nombreuses autres cérémonies
se déroulent parallèlement.
Hier, Alliés de la Seconde Guerre mondiale et Allemands se sont
retrouvés pour une cérémonie de la paix dans le cimetière
militaire allemand de La Cambe, où sont enterrés non loin
des plages du Débarquement plus de 21.000 soldats du 3e Reich. Une
manifestation à l'image de ces célébrations, plus que
jamais placées sous le signe de la réconciliation.
Aucune tension ne transparaît tout au long des plages du Débarquement,
zone placée sous haute-surveillance policière et militaire.
Dans un contexte international de guerre anti-terroriste et de différends
entre alliés d'hier sur la crise irakienne, les chefs d'Etat entendent
s'en tenir en Normandie à un hommage appuyé aux soldats de
1944. Le discours du président américain George W. Bush en
Normandie sera centré sur le Jour J et le sacrifice des jeunes soldats
américains pour la libération de l'Europe et non sur l'Irak,
a assuré un haut responsable de la Maison-Blanche.
Pour le président français, il s'agira de rendre «hommage
aux combattants de la liberté», dans la fidélité
aux valeurs «de la démocratie, du droit et de la liberté».
Chirac et Schröder plaquent la réconciliation
Jacques Chirac et Gerhard Schröder, premier Chancelier allemand à
assister aux célébrations du Jour J, ont conclu la journée
du souvenir au Mémorial de Caen en inaugurant une plaque de commémoration
commune.
Mis en ligne le 06 juin 2004
En conclusion des cérémonies du soixantenaire du Débarquement,
Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont dévoilé ce dimanche
en fin d'après-midi au Mémorial pour la paix de Caen une plaque
marquant la première célébration commune franco-allemande
du Jour J. C'est la première fois qu'un Chancelier allemand assistait
aux commémorations du 6 juin 1944. La portée symbolique et
politique du geste est évidemment très forte.
Lors de son discours, le chef de l'Etat a notamment estimé
que la présence du Chancelier, un "moment de très grande émotion",
témoignait du "long et patient travail de réconciliation"
entre la France et l'Allemagne. "En ce jour du souvenir et de l'espérance,
les Français vous reçoivent plus que jamais en ami, ils vous
reçoivent en frère", a affirmé le président
de la République à son hôte, avant d'ajouter que la
réconciliation entre les deux pays "offre une véritable espérance"
à ceux "qui s'affrontent dans la nuit interminable de la haine et
du ressentiment".
Schröder se recueille à Granville
De son côté, Gerhard Schröder a indiqué que son
pays prenait "sa responsabilité historique au sérieux" et
que "les Allemands ne se déroberont pas à la leçon
tirée du passé". "Les citoyens européens et leurs
politiciens ont le devoir de ne donner aucune chance ici et ailleurs à
la guerre, aux crimes de guerre et au terrorisme", a déclaré
le Chancelier, dont le père est mort en Roumanie en 1944. "Mon pays
a retrouvé le chemin des peuples civilisés. C'était
un long chemin jusqu'à une démocratie stable et réussie",
a-t-il conclu.
Un peu auparavant, Gerhard Schröder, dont la venue est largement approuvée
en France et Allemagne à quelques exceptions près, était
allé se recueillir au cimetière militaire de Granville. Le
lieu accueille en majorité des Britanniques, mais 322 soldats allemands
y reposent également. Le Chancelier a en revanche évité
le cimetière de La Cambe, le plus grand lieu de sépulture
allemand de la région.
(photo : Gerhard Schröder et Jacques Chirac au moment de dévoiler
la plaque)
Historisches Zeichen der Versöhnung
Bei den Feierlichkeiten zum 60. Jahrestag der Landung der Alliierten in
der Normandie würdigte der französische Staatspräsident Jacques
Chirac die deutsch-französische Aussöhnung als Vorbild für
die Völker der Welt
Ein Veteran wird am "Juno Beach" von der Erinnerung übermannt
Foto: dpa
Caen/Arromanches - Am 60. Jahrestag der Landung alliierter
Truppen in der Normandie haben Staats- und Regierungschef aus 16 Ländern
ein bisher einmaliges Zeichen der Versöhnung gesetzt. Mit Gerhard Schröder
nahm am Sonntag erstmals ein deutscher Kanzler an der zentralen Gedenkfeier
am Gold-Strand von Arromanches teil.
Die Helden von damals waren auch die Helden vom Sonntag: Mehr als 10.000
zum Teil hochbetagte alliierte Veteranen waren noch einmal in die Normandie
gekommen, wo sie von Ehrung zu Ehrung gereicht wurden. Die meisten von ihnen
dürften den nächsten runden Jahrestag der Landung im Jahr 2014
nicht mehr erleben. 14 von ihnen - aus jedem der an der Operation Overlord
beteiligten Nationen einer - wurden in Arromanches vor den Augen der Weltöffentlichkeit
von Chirac zu Rittern der Ehrenlegion geschlagen.
Gedenken an die Gefallenen und Nazi-Opfer
133 defilierten zum Auftakt der Zeremonie zur Musik des Hollywood-Films
„Der längste Tag“ vor der Ehrentribüne, einige Veteranen mussten
im Rollstuhl geschoben werden. In dem bewegenden Moment hielt es selbst Chirac,
Bush, Putin und Co. auf der Ehrentribüne nicht mehr auf ihren Sitzen.
Das gut anderthalbstündige Spektakel an der Gold-Küste, wo 1944
die Engländer landeten, war den tausenden Gefallenen des D-Days und
den Opfern der Nazi-Herrschaft gewidmet, ging aber ganz im Sinne der Versöhnungsbotschaft
zukunftsgerichtet zu Ende. Zu den Klängen von Beethovens Ode an die
Freude wurden auf großen Leinwänden Filmaufnahmen gezeigt, bei
denen sich tausende Bewohner der Normandie auf den Landungsstränden
zu den Wörtern zusammenstellten: Normandie, Liberte, Merci - Normandie,
Freiheit, Danke.
US-Präsident George W. Bush betonte, die „große Allianz der
Freiheit“ sei stark und werde auch heute noch gebraucht. An der zentralen
Gedenkfeier nahmen auch die britische Königin Elizabeth II, Premierminister
Tony Blair und der russische Präsident Wladimir Putin teil.
Chirac preist deutsch-französische Versöhnung als beispielhaft
Besonders gewürdigt wurde die deutsche Beteiligung an den Feierlichkeiten
vom Gastgeber. Der französische Präsident Jacques Chirac ging
in seiner kurzen Ansprache ausführlich auf den einstigen Erzfeind ein,
dessen militärische Niederlage am 6. Juni 1944 eingeleitet worden war.
Chirac sagte, die „unnachgiebigen Feinde der Vergangenheit“ bauten gemeinsam
an der Gegenwart und blickten gemeinsam in die Zukunft. Schröder betonte,
Deutschland sei sich seiner besonderen Verantwortung vor der Geschichte
bewusst. „Europa hat seine Lektion gelernt, und gerade wir Deutschen werden
sie nicht verdrängen.“
Frankreich und Deutschland, die sich einst erbittert bekämpften und
nun gemeinsam die Gegenwart und die Zukunft meisterten, seien für die
ganze Welt ein Beispiel, wie Feindschaft überwunden werden könne.
Die Versöhnung zeige, „dass im Hass keine Zukunft liegt, dass es immer
einen Weg für den Frieden gibt“, so der französische Staatschef.
„Im Respekt vor der Geschichte, den Kämpfern, den Leiden und dem vergossenen
Blut feiern wir gemeinsam den Sieg des Friedens und der Demokratie“, bekräftigte
Chirac. Es sei sein Wunsch gewesen, dass sich Deutschland gemeinsam mit
den Siegerstaaten des Zweiten Weltkriegs an jene Stunden erinnere, „in denen
das Ideal der Freiheit von Neuem auf unserem Kontinent wehte“.
Historisches Zeichen der Versöhnung (2)
Kanzler bekennt sich zur Verantwortung Deutschlands
Der Kanzler bewies am D-Day Takt und Zurückhaltung: Er verzichtete
trotz Protesten der Opposition auf eine Kranzniederlegung auf dem deutschen
Soldatenfriedhof in La Cambe, wo auch tausende Tote der in Frankreich verhassten
Waffen-SS liegen, und wich auf den britischen Friedhof Ranville aus. Dort
ehrte er neben den dort beigesetzten 322 deutschen auch die britischen Gefallenen.
Nicht zufällig schloss dann am Abend eine historische deutsch-französische
Zeremonie im Memorial von Caen die Feiern zum 60. Jahrestag der Landung
ab. Schröder hielt dort eine kurze Ansprache, in der er sich zur „Verantwortung
vor der Geschichte“ bekannte. „Es ist nicht das alte Deutschland jener finsteren
Jahre, das ich hier vertrete“, sagte der nur wenige Monate vor der Landung
der Alliierten geborene Kanzler. „Mein Land hat den Weg zurück in den
Kreis der zivilisierten Völkergemeinschaft gefunden.“
„Wir in Deutschland wissen, wer den Krieg verbrochen hat“, hieß es
in der Kanzler-Rede weiter. „Wir kennen unsere Verantwortung vor der Geschichte
und wir nehmen sie ernst.“ Schröder bekräftigte die Bereitschaft
Deutschlands, auch künftig notfalls mit militärischen Einsatz
seiner „Verantwortung für Frieden und Menschenrechte“ gerecht zu werden.
„Wir sind aber auch nicht leichthin bereit, zu militärischen Mitteln
zu greifen“, betonte er.
Schröder und Chirac, die an diesem Tag einen neuen Höhepunkt
in den deutsch-französischen Beziehungen markierten, unterstrichen,
die Konsequenz der Vergangenheit könne nur ein freies und demokratisches
Europa sein.
Veteranen gefeiert - Spektakel am Gold-Beach
Die Feierlichkeiten hatten am Morgen mit 21 Salutschüssen bei einer
französisch-amerikanischen Zeremonie auf dem US-Soldatenfriedhof in
Colleville begonnen. Chirac und Bush gedachten an den mehr als 9.000 Gräbern
der Gefallenen des 6. Juni 1944. „Amerika würde es wieder tun für
unsere Freunde“, versicherte Bush. Insgesamt waren am Sonntag 13 offizielle
Feiern entlang der fünf Landungsstrände von 1944 vorgesehen.
Zu den Zeremonien waren rund 20.000 Gäste geladen. Mehrere hunderttausend
Besucher kamen in die Normandie, mehr als 15.000 Soldaten und Polizisten
waren im Einsatz. Am 6. Juni 1944, dem so genannten D-Day, waren 155.000
alliierte Soldaten an fünf Stränden in der Normandie gelandet.
Elf Monate später endete der Zweite Weltkrieg mit der Kapitulation Deutschlands.