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L'Etat impose
l'austérité au mouvement associatif
LE MONDE | 07.12.04 | 14h55
Les coupes budgétaires touchent durement les associations, qui
redoutent de ne plus pouvoir remplir leur rôle, notamment en matière
de cohésion sociale. Le gouvernement leur suggère de se tourner
vers les collectivités territoriales, qui ne jugent pas possible d'accroître
leur effort financier.
En 2004 , les associations ont vécu une année noire. De
la culture à l'environnement en passant par le social et le sport,
le milieu a pâti du gel ou des restrictions des crédits de
l'Etat, via ses différents ministères, alors que la fin du
financement public des emplois-jeunes est programmée pour 2007.
Le tout dans un contexte de progression de la pauvreté et de la
précarité. On recense, officiellement, en France, près
de 1 million d'associations, fortes de 12 millions de bénévoles
et de 1,5 million de salariés, souvent dans le cadre d'emplois aidés,
d'où leur vulnérabilité.
A Paris, le collectif Associations en danger, qui regroupe plus de 200
associations franciliennes, a lancé un appel (assos.crao.net) pour
dénoncer les coupes budgétaires, "fruit d'une volonté
politique évidente -qui- signifie, à court terme, la mise à
mort d'initiatives citoyennes et annonce l'abandon des populations les plus
fragilisées". Le 25 novembre, plusieurs centaines de bénévoles
ont manifesté devant le ministère de la cohésion sociale.
"S'il faut hurler, je hurlerai", témoigne Sadio Sissoko, jeune
femme malienne qui a appris le fran-çais dans les locaux de l'associa-
tion Accueil Goutte-d'Or, dans le 18e arrondissement. "Ils ont été
à mon écoute, m'ont apporté des conseils, témoigne-t-elle.
S'ils m'avaient uniquement appris la langue, jamais je n'aurais pu m'intégrer
dans la société française." Directrice de cette association,
Christine Ledésert exhibe une lettre, datée de la mi-octobre,
où le sous-préfet chargé de la politique de la Ville
dans la capitale demande aux responsables des centres sociaux parisiens de
ne plus solliciter les subsides de l'Etat pour 2005. "Le gouvernement veut
privilégier les grosses structures associatives. Mais elles ne remplaceront
jamais le travail de socialisation des associations de quartier", explique-t-elle.
Le collectif a obtenu l'accord du ministère de la cohésion
sociale, dirigé par Jean-Louis Borloo, qui conteste l'idée
d'un retrait de l'Etat, ! pour l'organisation d'une table ronde tripartite.
Pourtant, en dehors de la capitale, le mouvement associatif a du mal à
se mobiliser. "Le gouvernement a créé un climat de peur qui
tétanise les associations et les incite à jouer chacune de
leur côté pour conserver leurs crédits", déplore
Alain Menac'h. Responsable de la Fédération nationale des foyers
ruraux (FNFR), qui regroupe 3 000 associations, il constate une baisse de
50 % des crédits d'Etat touchés par sa fédération,
en 2004.
Confrontées au désengagement public, certaines associations
se tournent vers le privé. Mais la plupart s'orientent vers les collectivités
locales. "Nous sommes soumis à une pression de plus en plus forte",
confirme Michel Vauzelle, président (PS) de la région Provence-Alpes-Côte
d'Azur. Première en France par le nombre d'associations sur son territoire,
PACA affirme consacrer 18 % de son budget à ce secteur. "Avec une
progression colossale, depuis 1998, de 35 millions à 182 millions d'euros,
hors apprentissage", souligne-t-on, à la région. "On maintiendra
l'effort en 2005", assure M. Vauzelle, tout en ajoutant : "Les collectivités
ne peuvent se substituer à l'Etat. C'est impossible économiquement
et malsain politiquement."
Le nouveau contexte de la décentralisation ne joue pas en faveur
des associations. L'Etat tente de se "défausser" sur les collectivités,
constate Olivier Dulucq, délégué général
de l'Union nationale des acteurs et des structures du développement
local (Unadel), alors même que celles-ci se plaignent déjà
des conséquences financières de la "nouvelle étape"
de la décentralisation. Pourtant, Marie-Françoise Pérol-Dumont,
présidente (PS) du conseil général de la Haute-Vienne,
voit mal "comment on se substituerait à l'Etat dans le contexte des
transferts de charges qui pèsent déjà très durement
sur nos budgets". De fait, les départements, désormais responsables,
notamment, de la gestion du RMI, doivent financer davantage les associations
du secteur social.
"DISPARITÉS RÉGIONALES"
Pour le milieu associatif, l'appel aux communes, régions, départements
ou intercommunalités - déjà principaux bailleurs de
fonds - n'est donc pas la panacée. D'autant que les élus locaux
sont souvent soupçonnés de vouloir instrumentaliser les associations
pour mettre en oeuvre leur politique. Ils donneraient plus volontiers un
coup de pouce pour le sport, la culture ou les personnes âgées
qu'à une association d'insertion. En outre, les soutiens décentralisés
ne remplaceront pas les actions à l'échelle nationale de l'Etat,
par exemple en termes de formation des bénévoles : "Les disparités
régionales seront de plus en plus fortes", prédit M. Menac'h.
Confrontées à la fin programmée des subventions de
l'Etat aux emplois-jeunes, les associations ne voient pas comment elles
pourront éviter de licencier une grande partie des 100 000 bénéficiaires
créés dans ce cadre depuis 1998. Là encore, la réponse
des régions de gauche ne les rassure pas totalement. Poitou-Charentes
et Centre prévoient de créer 1 500 et 1 000 nouveaux emplois
associatifs aidés en 2005, et l'Ile-de-France 1 000 "emplois-tremplins".
La Bourgogne s'engage sur 2 000 créations en six ans. Mais les associations
dénoncent l'ambiguïté de l'offre. Alors que les emplois-jeunes
ont acquis une réelle compétence, elles vont devoir embaucher
puis former à nouveau des personnes peu qualifiées. Elles rappellent
que leur mission est d'impliquer la population dans la vie sociale. Et qu'elles
n'ont pas pour vocation première d'intégrer en leur sein des
publics en difficulté.
Régis Guyotat et Béatrice Jérôme
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A Paris, la Mairie dénonce une baisse de crédits
Une polémique oppose la Mairie de Paris au ministère de
la cohésion sociale à propos des crédits de la politique
de la Ville, dans la capitale. Selon le cabinet de Martine Durlach, adjointe
au maire, chargée de la politique de la Ville, "les crédits
du ministère aux associations d'insertion dans les quartiers difficiles
sont passés de 2,2 millions à 1,1 million d'euros en 2004",
chutant ainsi de 45 %. "Les subventions de Paris sont passées de 989
000 euros à 1,1 million, ajoute-t-on. En 2004, nous finançons
autant les associations d'insertion que l'Etat." Le préfet de Paris
a écrit, le 28 octobre, une lettre à Bertrand Delanoë
lui rappelant que "le contrat de ville 2000-2006 est respecté". Au
cabinet de Jean-Louis Borloo, ministre de la cohésion sociale, on affirme
que "l'Etat n'a pas baissé ses crédits, mais les a réorientés
sur d'autres actions".
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.12.04