Schäuble wirft Chirac "arrogante Unsensibilität" vor.
Unions-Fraktionsvize: Deutschland und Frankreich haben sich in der Türkei-Frage wie Bulldozer über alle Mahnungen hinweggesetzt



Wolfgang Schäuble übt scharfe Kritik an der Außenpolitik der Bundesregierung
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DIE WELT: Ist die EU-Verfassung in ihrer bisherigen Form nach dem Nein der Franzosen und der erwarteten Ablehnung der Niederländer noch zu retten?
Wolfgang Schäuble: Die Wahrscheinlichkeit, daß sie in Kraft tritt, ist äußerst gering. Aber richtig ist, daß der Ratifizierungsprozeß weitergehen muß. Jedes Land hat das Recht und die Pflicht, selber über die vertraglichen Verpflichtungen zu entscheiden.

DIE WELT: Welche Konsequenzen muß die EU aus dem Nein ziehen?
Schäuble: Wir müssen das Wesentliche des europäischen Einigungsprozesses klarer zum Vorschein bringen. Europa darf nicht in einer Flut von bürokratischen Regelungen und mangelnder Transparenz ersticken, die die Menschen zunehmend verärgern. Europa darf auch nicht ständig zum Sündenbock gemacht werden. Die Regierungen in Berlin und Paris tun so, als wäre etwa die Erweiterung schuld an der hohen Arbeitslosigkeit. Sie tun so, als sei der Stabilitätspakt die Ursache mangelnden Wirtschaftswachstums. Beides ist vollkommen falsch. Wenn Brüssel herhalten muß, um von der eigenen Unfähigkeit bei der Lösung von Problemen abzulenken, dann darf man sich über derartige Ausgänge von Referenden nicht wundern.

DIE WELT: Das Nein zur Verfassung wird auch als ein Nein zur Türkei interpretiert.
Schäuble: Auch hier dürfen wir Europa nicht zum Sündenbock für Probleme machen, die wir selbst verursacht haben. Bundeskanzler Gerhard Schröder und der französische Staatspräsident Jacques Chirac haben sich wie Bulldozer über alle Mahnungen in der Türkei-Frage hinweggesetzt. Das ist eine arrogante Unsensibilität, die teilweise zum Ergebnis der Volksabstimmung beigetragen hat. Ich habe immer gewarnt, daß eine Mitgliedschaft der Türkei am Ende die Zustimmung der Europäer zum Projekt einer politischen Union in Europa gefährdet.

DIE WELT: Hat das deutsch-französische Verhältnis nachhaltig Schaden genommen?
Schäuble: Vor allem die EU hat unter der Art der deutsch-französischen Zusammenarbeit der letzten Jahre Schaden genommen. Die Europäer sehen sich in ihrer Mehrheit nicht als Gegenpol zu den USA. Derartige Manöver von Berlin und Paris haben zu Spaltungen der EU geführt. Und das hat den deutsch-französischen Motor beschädigt. Die jetzige Krise bietet zusammen mit der Aussicht auf Neuwahlen in Deutschland die Chance zu einem Politikwechsel. Die deutsch-französische Zusammenarbeit ist und bleibt ein Herzstück europäischer Politik: Sie darf nicht, wie jetzt, als Arroganz gegenüber den kleineren EU-Staaten wahrgenommen werden.

DIE WELT: Welche konkreten Änderungen plant eine unionsgeführte Regierung?
Schäuble: Wir müssen die Fehler der rot-grünen Regierung korrigieren. Die stigmatisierende Behandlung Österreichs nach der dortigen Regierungsbildung war der erste große Fehler. Die Aufforderung an die neuen Mitgliedsländer, sie sollten in der Auseinandersetzung um den Irak-Krieg den Mund halten, zeigt die Arroganz, die die deutsch-französische Zusammenarbeit in den vergangenen Jahren entwickelt hat. Wir tragen dafür Sorge, daß Europa wieder ein verläßlicher Partner der USA wird. Wir dürfen nicht zulassen, daß Beitrittsländer vor die Wahl zwischen Europa oder Amerika gestellt werden. Wir werden uns nach Kräften bemühen, das Verhältnis zwischen Washington und Paris wieder zu kitten. Und natürlich werden wir versuchen, Großbritannien stärker in die europäische Integration einzubeziehen. Europäische Sicherheitspolitik ist ohne Großbritannien schlicht nicht vorstellbar.

DIE WELT: London soll sich also entscheiden, ob es den kleinen Schritt über den Atlantik oder den großen über den Kanal macht?
Schäuble: Wenn London seine Verbindungen über den Atlantik vital halten will, muß es sich in Europa engagieren. Allein sind die Briten für die USA nicht relevant. Das gilt für alle anderen EU-Staaten auch.

DIE WELT: Bundeskanzler Schröder legt besonderen Wert auf ein gutes Verhältnis zu Rußland und zu China. Ist das auch das außenpolitische Ziel der Union?
Schäuble: Wir wollen gute Beziehungen, das ist klar. Aber sie müssen im Einklang stehen mit der transatlantischen Partnerschaft. Bevor die EU über eine Aufhebung des Waffenembargos gegenüber China entscheidet, sollten wir eine einvernehmliche Position mit Washington suchen. Und bei allen guten Beziehungen zu Rußland dürfen wir Probleme dort nicht dauernd verschweigen.

DIE WELT: Mit russischer und chinesischer Unterstützung strebt Deutschland nach einem ständigen Sitz im UN-Sicherheitsrat. Wird eine unionsgeführte Regierung dies mit ähnlichem Ehrgeiz verfolgen?
Schäuble: Wenn Deutschland einen ständigen Sitz bekommen sollte, werden wir ihn natürlich wahrnehmen. Meine entscheidende Kritik richtet sich gegen das Streben nach einem nationalen Sitz. Denn damit wird in Wahrheit erklärt, wir glauben nicht an eine gemeinsame europäische Außenpolitik. Das aber ist die grundfalsche Wahrnehmung deutscher außenpolitischer Interessen.

Interview: Andreas Middel

Artikel erschienen am Do, 2. Juni 2005



Le non et l'exception économique française, par Pierre-Antoine Delhommais
LE MONDE | 01.06.05 | 14h00  .  Mis à jour le 02.06.05 | 11h23


Quelles peuvent être les conséquences économiques et monétaires du rejet massif par les Français du projet de traité constitutionnel ? La large victoire du non va-t-elle infléchir les orientations de la politique économique menée en France et dans l'Union dans un sens moins libéral et plus social ?

Faut-il s'attendre à un changement de cap de la stratégie suivie par la Banque centrale européenne (BCE), vivement critiquée par les partisans du non au cours des dernières semaines, ou à l'enterrement définitif du pacte de stabilité, accusé par les mêmes d'empêcher toute relance budgétaire ? Faut-il enfin s'inquiéter pour l'avenir de l'euro ?

Si l'on en croit les sondages réalisés à la sortie des urnes, l'économie a joué un rôle décisif dans le vote du dimanche 29 m! ai, de la même façon qu'elle avait déjà été, depuis plusieurs mois, au coeur de la campagne électorale. Parmi les motifs invoqués par ceux qui ont opté pour le non, c'est la crainte que la Constitution, avec son ancrage libéral, n'aggrave le chômage qui arrive largement en tête.

Que l'emploi apparaisse une nouvelle fois comme la clé du vote ne doit pas surprendre. C'est lui aussi qui explique les défaites, sans exception, des majorités parlementaires en place depuis vingt-cinq ans. Comme tous les gouvernements au cours de cette période, celui de Jean-Pierre Raffarin a échoué dans ce combat. Pour reprendre la formule assassine de l'historien Nicolas Baverez, il aura comme ses prédécesseurs "tout essayé pour lutter contre le chômage, sauf ce qui marche" , notamment dans les pays scandinaves et les pays anglo-saxons. Le taux de chômage est remonté au-dessus de la barre des 10 % et il devrait s'y maintenir tout au long de l'année.

A cet égard, l'entêtement du premier ministre à répéter, au mépris de la réalité, que! le chômage allait baisser de 10 % d'ici la fin de 2005 n'a pu qu'accroître l'exaspération des citoyens.

Le non à la Constitution apparaît d'abord comme un non au chômage, mais il signifie aussi que les Français rendent l'Europe, et son orientation économique libérale, responsable de cette situation. Le chômage de masse est pourtant loin d'être un mal européen. En matière de taux de chômage, sur les vingt-cinq pays de l'Union, la France occupe le vingt et unième rang !

Selon les données OCDE, quatre pays présentent des niveaux supérieurs : la Slovaquie, la Pologne, la Grèce et l'Espagne. Pour le reste, des pays comme le Danemark, l'Irlande, le Royaume-Uni, la Suède ou encore l'Autriche sont en situation de quasi-plein-emploi (le taux de chômage y est inférieur à 6 %). D'où le coup de gueule de l'ancien président de la Commission, Jacques Delors, lançant : "Si tous les pays étaient dans la même situation que la France, on pourrait dire que l'Europe fout la vérole à l'ensemble des pays, mais ce n'est pas le cas."


HYPOTHÈQUE
Ce qui vaut pour le chômage vaut aussi pour la croissance. Parce qu'ils n'ont pas créé d'emploi, les 2,3 % de progression du produit intérieur de la France enregistrés en 2004 sont passés totalement inaperçus et ils ont au contraire accrédité l'idée, chez les Français, que l'Europe tout entière souffrait de croissance faible. Or, en 2004, seuls cinq pays de l'Union ont eu une croissance inférieure à 2 % (Allemagne, Italie, Portugal, Pays-Bas et Malte). Et quinze d'entre eux ont vu leur PIB progresser de plus de 3 %. Difficile de convaincre un Espagnol, un Irlandais, un Finlandais, un Anglais, un Polonais, un Danois, un Tchèque, etc. que l'Europe est synonyme de stagnation économique.

Cette comparaison hypothèque aussi grandement l'espoir que le non français au référendum puisse changer le cours de la politique économique menée dans l'ensemble de l'Union. La grande maj! orité de ses membres n'ont guère à se plaindre de la situation! économique dans laquelle ils se trouvent et ne souhaitent, par conséquent, aucune rupture avec la stratégie actuellement suivie.

Surtout, il faudrait être naïf ou arrogant ­ voire les deux ­ pour imaginer que les autres pays européens vont se rallier aux positions, de surcroît hétéroclites, défendues par les partisans du non. Ces derniers auront en particulier bien du mal à défendre la thèse auprès de leurs partenaires selon laquelle Bruxelles et son ultralibéralisme sont à rejeter parce qu'ils menacent un modèle économique et social que la France incarnerait mieux que personne. Avec ses 10 % de chômeurs, ses quatre millions d'exclus, son million de RMistes, ses comptes publics à la dérive, ses exportations qui régressent, celle-ci fait plutôt figure, depuis longtemps, de contre-modèle.

"FLEXIBILITÉ ET ÉQUITÉ"
Est-ce un hasard si aucun autre pays européen n'a choisi de suivre la France dans sa politique de réduction du temps de travai! l décidée pour lutter contre le chômage ? A côté d'un Royaume-Uni ou d'un Danemark qui connaissent, depuis des années, une croissance vigoureuse, qui ont vaincu le chômage en rendant leur marché du travail plus flexible, quels résultats sociaux et quelles performances économiques la France, considérée comme le moins libéral de tous les pays de l'Union, peut-elle espérer vendre à ses partenaires ?

Il y a quelques jours, le chancelier de l'Echiquier britannique, Gordon Brown, présentait le programme de la présidence britannique de l'Union pour le second semestre de l'année en expliquant que "seule une Europe alliant flexibilité et équité sur les marchés du travail et encourageant l'entreprise et l'innovation, et ouverte au commerce, peut trouver une nouvelle voie vers la justice sociale à l'âge de la mondialisation" . Henri Emmanuelli, l'un des leaders du non de gauche, a immédiatement réagi en parlant de provocation. A l'évidence, il sera plus difficile aux part! isans du non de convaincre les autres pays européens de la jus! tesse de leurs vues et des dangers supposés de la dérive libérale de l'Europe que d'en persuader les Français.

De la même façon qu'il sera bien délicat pour Jean-Pierre Chevènement, Philippe de Villiers ou Laurent Fabius de trouver des alliés ­ hormis peut-être l'infréquentable Silvio Berlusconi ­ pour remettre en cause le statut d'indépendance de la Banque centrale européenne ou pour vouloir tirer un trait sur le pacte de stabilité.

Les partisans du non, mais aussi tous les partisans du oui, de droite comme de gauche, qui ont expliqué durant la campagne que le projet de traité constitutionnel était le meilleur moyen de lutter contre les excès du libéralisme, auront bien du mal à modeler l'Europe à leur image.


Même si personne n'ose encore l'aborder, la victoire du non pose aussi la question de l'appartenance de la France à l'euro. L'agacement de certains de nos partenaires pourrait tourner à l'exaspération s'ils ont aussi l'impression que Paris! freine les réformes économiques qu'ils appellent de leurs vœux. La France non réformée les pénalise directement sur le plan économique et financier. Ce qui se produira immanquablement, à travers la dévalorisation de l'euro et la hausse des taux d'intérêt, si les investisseurs américains et asiatiques se défient durablement de l'Europe. Finalement, le renoncement à la monnaie commune serait l'aboutissement logique de l'exception économique française.

Pierre-Antoine Delhommais
Article paru dans l'édition du 02.06.05


Les députés ont censuré le chancelier, ouvrant la voie à des élections anticipées.
Gerhard Schröder se saborde pour tenter de se remettre à flot

Par Odile BENYAHIA-KOUIDER

samedi 02 juillet 2005 (Libération - 06:00)

Berlin de notre correspondante
 
 
La coalition «rouge-verte» s'est fait vendredi un hara-kiri public, avec, dans le rôle du samouraï, Gerhard Schröder. Le chancelier allemand, au pouvoir depuis 1998, a demandé aux députés du Bundestag de lui retirer leur confiance, en vue d'obtenir une «nouvelle légitimation» pour ses réformes économiques. Et, comme il l'espérait, les députés l'ont censuré par 296 voix et 148 abstentions sur 595 présents. Schröder va pouvoir demander au président de la République, Horst Köhler, de dissoudre l'Assemblée et de convoquer de nouvelles élections pour le 18 septembre. Ce scénario idéal pourrait toutefois être remis en cause, si le Président, qui a jusqu'au 22 juillet pour donner sa réponse, refusait son aval. Ou encore si la Cour constitutionnelle de Karlsruhe mettait un veto à cette procédure inhabituelle.

Paradoxe. Depuis trois semaines, les médias allemands s'interrogeaient sur la façon dont le chancelier allait s'y prendre. Allait-il poser la question de confiance sur un texte général ou particulier ? Et, surtout, les députés de sa coalition allaient-ils accepter de le renverser ? Car paradoxalement, après s'être battu pour imposer à son aile gauche son programme de réforme baptisé Agenda 2010, Schröder a dû convaincre son parti, le SPD, et les Verts de le censurer... Ainsi, 151 députés, soit la moitié de sa majorité, ont voté pour le chancelier, refusant ainsi de cautionner ce que beaucoup voient comme un tour de passe-passe juridique. La décision de Schröder d'avancer les élections a en effet suscité une énorme tempête au sein du SPD et surtout des Verts, furieux de devoir abandonner le pouvoir un an plus tôt que prévu. Beaucoup espéraient récolter les fruits des réformes avant les élections de septembre 2006. Mais Schröder n'a pas fait la même analyse. Le 22 mai, la défaite électorale cuisante de son parti dans son bastion de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a tout fait basculer.

«Sans une nouvelle légitimation, la poursuite de ma politique de réformes n'est pas possible, a-t-il déclaré vendredi. Il n'y a pas de temps à perdre, les réformes ne tolèrent aucun retard.» Or, a-t-il souligné, «on ne peut faire comme si cette confiance existait». Une allusion claire aux contestataires de son propre camp. Le hic, c'est que le chancelier n'a pas le pouvoir de dissoudre le Parlement pour convoquer des élections anticipées. L'Allemagne a instauré ce système pour éviter l'instabilité de la République de Weimar, qui avait permis à Hitler d'accéder au pouvoir. Schröder a donc pris le risque d'utiliser la motion de confiance (article 68 de la loi fondamentale) comme un instrument de délivrance. Il s'est appuyé sur deux cas précédents : Willy Brandt en 1972 et Helmut Kohl en 1982. Inquiète de cette évolution, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe avait déjà signalé dans ce dernier cas qu'il ne fallait pas abuser de l'article 68, et délimiter son usage aux «crises graves». Deux députés, Werner Schulz (Verts) et Jelena Hoffmann (SPD), ont déjà annoncé leur intention de déposer une plainte à Karlsruhe pour procédure illégale.

Gaffes. «Les Allemands font un psychodrame alors qu'il n'est pas difficile de montrer que le chancelier dirige depuis longtemps une majorité turbulente et fragile, estime le constitutionnaliste Armel Le Divellec, spécialiste du droit allemand. La confiance lui avait déjà été accordée de justesse lors de l'envoi de troupes en Afghanistan.» A partir du moment où tous les partis et 71 % des Allemands (dernier sondage Forsa) sont favorables à des élections anticipées, personne n'envisage sérieusement que le président Köhler (CDU) ou les juges suprêmes puissent stopper le processus. Il suffisait vendredi d'entendre les chefs de parti pour comprendre que la campagne est déjà partie. Alors que la droite est créditée d'une avance de 20 points dans les sondages, le Vert Joschka Fischer semblait s'être déjà glissé dans son futur rôle de chef de l'opposition. Quant à Angela Merkel, considérée comme prochaine chancelière, elle a montré ses premiers signes de faiblesse en accumulant les gaffes, évoquant ainsi la future coalition «CDU-SPD», au lieu de «CDU-FDP». Cette semaine, la CDU a perdu 2 points pour la première fois en un mois pour atteindre tout de même 47 % contre 26 % au SPD.



 
 

Articles A la UNE

INTERVIEW D’ALFRED GROSSER, HISTORIEN
Le couple franco-allemand ne doit plus être formé par un aveugle...

mercredi 3 août 2005

"Le couple franco-allemand ne doit plus être formé par un aveugle et un paralytique »

Entretien avec Alfred Grosser, ancien professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, derniers livres parus, « La France : Semblable et différente », Alvik, 2005, « L’Allemagne de Berlin : Différente et Semblable », Alvik, 2002.

Paris-Berlin : Après les terribles conflits entre les deux pays, comment le prodige de la réconciliation franco-allemande commence-t-il dès 1945 ?
Alfred Grosser : Lors de la commémoration du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration, j’ai été très gêné du peu de place accordé aux détenus allemands. Et je suis souvent embarrassé par le mot de réconciliation : je n’avais pas à me réconcilier avec des résistants allemands ayant plus souffert que moi. Quand je commente le film « La chute » pour des lycéens français, je souligne qu’après 1945 notre tâche était de rallier à la démocratie les jeunes décorés par Hitler : la démarche franco-allemande reposait sur l’idée d’une responsabilité commune à l’égard de l’avenir allemand. En 1948, nous avons créé avec Emmanuel Mounier et des résistants comme Vercors le Comité français d’échanges avec l’Allemagne nouvelle, pour faire connaître les réalités du pays voisin, but qu’un médiateur comme Arte ignore délibérément.
La réconciliation a dépassé nos espérances : il y a deux ans, je l’ai confié à des jeunes des deux pays en franchissant un nouveau pont sur le Rhin au sud de Strasbourg, sans douane ni police, ni aucune indication de frontière. Les Français ont dit « Et alors ! » et les Allemands « Na und ? » (Eh bien, et alors !). Leurs réactions prouvaient notre réussite mais que nous devions inventer autre chose maintenant.
En 1950, comment le pari européen de Robert Schuman, et de Konrad Adenauer change-t-il profondément les relations franco-allemandes ?
En septembre 1962, lors du retour du général de Gaulle à Paris après son voyage triomphal en Allemagne, Konrad Adenauer envoie une lettre manuscrite à Robert Schuman où il exprime « sa fidèle gratitude à celui qui, le 9 mai 1950, avait posé la pierre angulaire de l’entente franco-allemande et de l’Europe communautaire ».

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Depuis la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne, Gerhard Schröder et Jacques Chirac sont très affaiblis. Quel est l’avenir du « couple franco-allemand » ?
Dans l’Union européenne, Gerhard Schröder et Jacques Chirac forment un couple de délinquants. La France et l’Allemagne ne respectent pas les règles financières qu’elles ont imposées aux autres, laissent une charge écrasante aux futurs générations, et critiquent la Commission, même quand elle applique des décisions prises par le Conseil avec leur accord.
Pourtant, la Commission préserve l’avenir, par exemple pour le poisson : comme les pêcheurs sont des électeurs, les gouvernements protestent contre les mesures restrictives prises par la Commission pour que la nouvelle génération trouve encore du poisson.
Après avoir tourné au maximum grâce à Kohl, Mitterrand et Delors, le moteur franco-allemand reste en panne, sans nouveaux projets. C’est une locomotive sans wagons, car les autres pays refusent de se laisser conduire par un couple sans orientation. Quand une initiative réussit, elle est bloquée : à Herat, en Afghanistan, où des experts des deux pays forment des policiers, le consulat allemand a été supprimé, car l’armée allemande trouve la région trop peu sûre. Dans ce contexte , la récente proposition de Dominique de Villepin sur « une union franco-allemande dans certains domaines politiques » aurait dû porter sur du concret.
Avec la montée du chômage et de la misère dans les deux pays, quel projet européen commun les deux sociétés peuvent-elles proposer aux jeunes ?
D’abord, il faut supprimer les privilèges insupportables des dirigeants des grandes entreprises : ils comparent leurs rémunérations à celles des plus puissants patrons américains, mais demandent aux salariés de penser aux gains des Hongrois et des Coréens. Cette attitude a favorisé le « non » au référendum en France.

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En Allemagne, les syndicats du bâtiment viennent d’accepter le passage de 39 à 40 heures de travail sans augmentation de salaire. Ceux qui gagnent 500 fois plus que les salariés de base n’ont fait aucun geste. Notre capitalisme financier est devenu si fou que l’arrogance provocatrice des privilégiés pousse les défavorisés à tout refuser. Un changement de majorité à Berlin n’y changerait pas grand-chose. Mais, au moins, Gerhard Schröder surmonte sa paralysie en acceptant de renoncer au pouvoir, alors que notre président n’arrive pas à sortir de son aveuglement. Dans l’avenir, j’espère que le couple franco-allemand ne sera plus formé par un aveugle et un paralytique.
Propos recueillis par Laurent Leblond