Les utopies de l'emploi
LE MONDE | 01.03.05 | 14h11

En France, l'emploi va au plus mal. Le taux de chômage a franchi le seuil de 10 %. Parmi ceux qui ont un emploi salarié, 20 % ne sont pas protégés par un contrat à durée indéterminée. La précarité monte, et la France, avec un taux d'emploi de 63 % par rapport aux personnes en âge de travailler (de 16 à 65 ans), est l'un des pays européens les plus mal lotis, loin derrière le Royaume-Uni (72 %) et surtout le Danemark (75 %).

Pour venir à bout de ce mal social, la France doit-elle compter sur la démographie ? Jusqu'en 2020, elle devrait voir entre 700 000 et 750 000 personnes arriver chaque année sur le marché du travail. Mais entre 2005 et 2035, le nombre de départs à la retraite va augmenter (150 000 à 200 000 de plus par an). Cette nouvelle donne démographique, mise en relief par un récent rapport du Commissariat général du Plan, va provoquer une concurrence redoublée entre les secteurs public et privé pour le recrutement des jeunes.

Le secteur public a bâti son attractivité sur la sécurité de l'emploi, mais son périmètre est en voie de réduction. Le secteur privé a longtemps privilégié la fidélisation des salariés avant d'encourager, après le premier choc pétrolier de 1973 et la montée du chômage, la mobilité. Depuis vingt ans, la flexibilité s'est imposée par la voie législative et réglementaire, les partenaires sociaux ayant échoué dans leur négociation sur ce thème en décembre 1984.

La flexibilité est devenue synonyme de précarité. C'est ainsi que l'OCDE, dans son rapport 2004 sur l'emploi, après avoir, année après année, sermonné des gouvernements jamais assez audacieux dans l'assouplissement du droit du travail, a lancé cet avertissement : "Les gouvernements doivent être attentifs à la sécurité de l'emploi, au type de méthodes utilisées pour promouvoir l'emploi, aux effets de la flexibilité de l'emploi sur (...) la vie professionnelle, ainsi qu'à l'effet des écarts croissants de revenus entre salariés selon la qualification, qui renforce le besoin de formation tout au long de la vie."

Le Medef voudrait que le gouvernement profite du chantier de mise à jour du code du travail qu'il a lancé pour, selon Ernest-Antoine Seillière, "donner aux entreprises des instruments nouveaux qui vont leur permettre de faire de l'emploi et de la croissance". Mais, depuis que la CGT a inventé l'idée, votée dans un rapport du Conseil économique et social (CES), de sécurité sociale professionnelle et que le rapport de Michel Camdessus a proposé de remplacer le CDI et le CDD par un contrat de travail unique, bien flou, le patronat s'alarme.

Dans son mensuel Actualité de janvier 2005, l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) juge que "l'impératif de compétitivité" doit figurer au premier rang des politiques de l'emploi. Or, observe-t-il, "le mot fait peur dans notre pays. (...) Et pourtant, à l'heure des discours sur la sécurité sociale professionnelle, la compétitivité est bien (...) la seule sécurité sociale professionnelle qui vaille". L'échec des politiques publiques, dont l'arme principale a été constituée par les exonérations de charges sociales, destinées d'abord à faciliter l'accès des personnes les moins qualifiées à l'emploi, devrait conduire les décideurs à une certaine humilité.

Le Commissariat du Plan, dans son rapport, souligne le "mouvement de dualisation du marché du travail", opposant les diplômés aux non-diplômés, en notant que "les inégalités entre qualifiés et non qualifiés risquent de s'accentuer". De 1994 à 2002, allant exactement à l'inverse de l'annonce d'une "hausse inéluctable et continue de la qualification du travail", le nombre d'emplois non qualifiés a crû deux fois plus que celui des emplois qualifiés !

Cette introspection devrait conduire les politiques à redécouvrir les utopies de l'emploi. Le Plan suggère ainsi de s'interroger sur des politiques publiques permettant de "concilier les besoins de flexibilité des entreprises et de sécurisation des trajectoires, d'ouverture du champ des possibles et de maîtrise de leur carrière professionnelle par les salariés".

Cet "Etat responsable", cher à Alain Etchegoyen, le commissaire au Plan, est ainsi invité à recentrer sa politique, au moment où les besoins de recrutement des entreprises vont s'intensifier, sur "la logique de développement des compétences tout au long de la vie". L'Etat devrait à la fois animer un réseau sur les territoires, à travers les comités de bassins d'emploi, et articuler son action avec les collectivités territoriales et les partenaires sociaux.

Contrairement à Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin n'a pas affiché l'objectif du plein emploi. Déjà, son pari de réduire de 10 % le chômage en 2005 apparaît, compte tenu de l'insuffisance de la croissance, comme une utopie. Mais M. Raffarin semble vouloir agir autrement sur l'emploi. Jusqu'à présent, le ministre de l'économie et des finances et le ministre de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale, paraissent s'être partagé les rôles.

Le ministre de l'économie - hier Hervé Gaymard, aujourd'hui Thierry Breton qui entend "inscrire son action dans la continuité" de ses prédécesseurs -, privilégie la flexibilité. Il souhaitait instaurer un "conseil d'orientation de l'emploi" qui, sur le modèle du conseil d'orientation des retraites créé par M. Jospin, devait "porter un diagnostic sur les blocages du marché du travail". Ainsi désirait-il se pencher sur les seuils sociaux - ceux qui prévoient pour les entreprises de onze salariés et plus des délégués du personnel, et pour celles de cinquante salariés et plus des comités d'entreprise - qu'un ancien président du CNPF, Yvon Gattaz, avait voulu, en 1984, geler pour créer des "emplois nouveaux à contraintes allégées".

Le patron de Bercy fait ainsi figure de ministre des entreprises. Sa démarche est libérale. Mais, à l'heure où les salariés ont aussi besoin de protections et alors que l'effet emploi d'une suppression ou d'un lissage des seuils sociaux reste largement à démontrer, il faut éviter de confondre utopies et vieilles lunes.

PISTES NOVATRICES
Avec sa loi de cohésion sociale et son plan de développement des services aux personnes, M. Jean-Louis Borloo cultive, lui, son image sociale, celle d'un ministre qui ne cache pas son intérêt pour la sécurité sociale professionnelle chère à la CGT. Il a ainsi confié à Yazid Sabeg, président de CS Communication et Systèmes, et à Christian Larose, président (CGT) de la section du travail au CES, une mission sur la création de "contrats intermédiaires" pour les salariés licenciés économiques. Ce contrat leur offrirait "des conditions de rémunération, un accompagnement dans la recherche d'emploi et une formation permettant un retour rapide à l'emploi".

Les conclusions de la mission viennent d'être remises au ministre. Avant même qu'elles soient connues, ou que Matignon leur ait donné le moindre aval, l'UIMM s'insurge contre une nouveauté coûteuse, "qui conduirait, dans tous les cas, à une aggravation inacceptable des prélèvements obligatoires ou des charges pesant sur les entreprises". Le gouvernement, lui, cherche sa voie. Il en est de même pour le Parti socialiste, en quête d'une politique alternative. Dans les "Notes de la Fondation Jean-Jaurès" de février, Elisabeth Guigou mène une réflexion "pour une sécurité des parcours professionnels".

L'ancienne ministre PS de l'emploi explore plusieurs pistes novatrices. Elle manifeste aussi son intérêt pour le modèle danois de "flexicurité". Dans ce pays de PME, syndicalisé à 87,5 %, le système d'emploi et de protection sociale associe, selon Mme Guigou, "une très grande permissivité en matière de licenciements", une indemnisation du chômage très généreuse et des programmes actifs de recherche d'emploi. Le Danemark a une politique de l'emploi coûteuse (5 % du PIB, contre 3,7 % en France), mais le taux de chômage n'est que de 6 %.

Le modèle danois n'est pas "exportable". Mais sans doute y a-t-il des utopies à découvrir et à essayer chez nos voisins européens.

Michel Noblecourt

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.03.05


Le chômage au plus haut niveau depuis l'après-guerre en Allemagne
LEMONDE.FR | 01.03.05 | 13h02

L'Office fédéral du travail a annoncé, mardi, que le nombre total de chômeurs brut était de 5,216 millions en février, contre 5,037 millions en janvier, le taux de chômage brut ressortant à 12,6 %, un niveau record depuis l'après-guerre.
Le nombre de chômeurs en Allemagne a enregistré un nouveau record en février, à 5,216 millions en données brutes, en hausse de 179 292 personnes par rapport à janvier, selon les chiffres communiqués mardi 1er mars par l'Office fédéral du travail.

Le nombre de chômeurs est au plus haut niveau depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

La progression de février est plus forte que ne l'attendaient les analystes, qui misaient en moyenne sur 125 000 chômeurs de plus. En données brutes, les plus suivies dans le pays, le taux de chômage est ressorti à 12,6 %, contre 12,1 % en janvier.

En données corrigées des variations saisonnières (CVS), davantage suivies par les marchés et les analystes, le nombre de demandeurs d'emploi a affiché une hausse de 161 000 pour atteindre environ 4,875 millions, selon les mêmes sources.

La forte dégradation du marché du travail s'explique par des facteurs saisonniers, mais surtout par un changement statistique opéré le 1er janvier à la suite d'une refonte des allocations chômage. Cette réforme, qui entre dans une vaste refonte du marché du travail, le plan "Hartz IV", a fait entrer dans les statistiques plusieurs centaines de milliers de personnes qui étaient jusqu'à présent comptabilisées comme des bénéficiaires de l'aide sociale, une sorte de RMI allemand.

Par ailleurs, l'Allemagne a publié mardi pour la première fois des statistiques sur l'emploi aux normes de l'Organisation internationale du travail (OIT), qui font apparaître que le nombre de sans-emploi a atteint 3,99 millions en janvier, soit un taux de chômage de 9,4 %.

L'Office a confirmé ainsi les informations données la veille par les médias et des sources de l'Office, au point que la montée du chômage faisait déjà la une de la presse allemande mardi matin. "5,2 millions d'hommes et de femmes sans emploi. Il faut faire quelque chose !", écrivait le Bild en grosses capitales rouges.

FAIBLESSE DE LA CROISSANCE
Mais l'aggravation du chômage s'explique aussi par la faiblesse de la croissance. Le président du comité des "cinq sages", un groupe d'économistes très écouté chargé de conseiller le gouvernement, a revu à la baisse, mardi, sa prévision de croissance dans le pays cette année à seulement 1 %, contre 1,4 % à l'automne dernier.

"Je pense que la croissance économique en 2005 n'atteindra que 1 %, compte tenu de la chute de l'activité au dernier trimestre de l'année dernière. Nous ne pourrons de toute façon pas avoir plus, en raison également des prix élevés du pétrole et du dollar faible", a déclaré Bert Rueruep dans une interview publiée par le quotidien Bild Zeitung.

Le produit intérieur brut (PIB) de la première économie de la zone euro s'était contracté, à la surprise générale, de 0,2 % au quatrième trimestre, par rapport au troisième, après avoir déjà stagné au trimestre précédent. Du coup, l'acquis de croissance pour 2005 a été réduit à peau de chagrin.

Cette conjoncture ne devrait donc guère aider à résorber le nombre record de chômeurs dans le pays. "La croissance attendue en 2005 est trop faible pour permettre un recul du chômage", a prévenu M. Rueruep.

L'expert s'attend que le nombre de demandeurs d'emplois redescende "assez vite" sous le seuil des 5 millions mais reste en 2006 "au-dessus de la barre des 4 millions".

La hausse spectaculaire du nombre de chômeurs depuis le début de cette année accroît la pression du chancelier Gerhard Schröder sur le gouvernement pour qu'il trouve des remèdes au mal.

De tels chiffres tombent très mal pour le chancelier allemand, arrivé au pouvoir en 1998 (et reconduit dans ses fonctions en 2002) avec la promesse de réduire le chômage de moitié. Une cuisante défaite du SPD au Schleswig-Holstein le mois dernier a provoqué une division au sein du parti quant aux moyens d'y répliquer.

Certains cadres du SPD n'ont de cesse d'introduire des mesures pour créer de l'emploi, en prévision d'une autre élection importante, le 22 mai, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Le chef du SPD de ce Land a d'ailleurs réclamé, mardi, du gouvernement plus d'engagement envers la croissance. "Nous disons à nos amis de Berlin qu'il faut persévérer et
créer plus d'impulsion pour la croissance en dépit d'une situation budgétaire difficile", a déclaré Harald Schartau à la
chaîne de télévision ZDF.

D'autres membres du SPD disent qu'au contraire le gouvernement doit braver la tempête et tenir le cap de "Hartz IV"
pour, à terme, créer des ! emplois.

Avec AFP et Reuters


Paris et Varsovie scellent officiellement à Arras leurs "retrouvailles" après une décennie de tensions
LE MONDE | 01.03.05 | 13h32

Les présidents Jacques Chirac et Alexander Kwasniewski ont présidé, lundi 28 février, en Artois, le premier sommet annuel franco-polonais. La Pologne n'exclut pas d'acheter des Airbus.
Arras (Pas-de-Calais) de notre envoyé spécial

"Nous nous sommes retrouvés." Une page est close dans les relations franco-polonaises, qui ont traversé une décennie difficile, en raison du sentiment des Polonais de ne pas avoir été toujours soutenus par les Français pour entrer dans l'Union européenne (UE), et des divergences que le conflit irakien ont fait éclater à propos des relations avec les Etats-Unis.

Le président Alexander Kwasniewski en a pris acte, lundi 28 février, à Arras, où il est venu rencontrer Jacques Chirac et les dirigeants français.

A Arras, terre d'émigration polonaise, les deux chefs d'Etat ont présidé le premier des nouveaux sommets franco-polonais que les deux capitales ont décidé de tenir chaque année, comme la France le fait déjà avec ses principaux voisins, la Grande Bretagne, l'Espagne et l'Italie, et, sur une base semestrielle, avec l'Allemagne. Pour cette première, Jacques Chirac et Alexander Kwasniewski étaient chacun accompagnés de sept ministres. Jean Pierre Raffarin n'avait pu faire lui même le déplacement, en raison de la réunion du Parlement en Congrès à Versailles, pour adopter la réforme constitutionnelle préalable au référendum sur la Constitution européenne.

Jacques Chirac a profité de la rencontre pour réaffirmer l'importance qu'il attache à la ratification de ce texte, confirmant qu'il prendrait part au débat "personnellement". Le chef de l'Etat polonais, qui achève son second mandat et dont l'un des derniers actes présidentiels sera de convoquer lui aussi un référendum, en principe à l'automne, a insisté sur l'importance que le vote français aurait pour les Polonais. "La position que prendra la France à travers son référendum aura pour nous une signification très importante", a-t-il souligné.

La Pologne est l'un des pays, avec la France, où le résultat de la ratification n'est pas acquis d'avance. La classe politique est divisée, les partis populistes et ultracatholiques, qui ont le vent en poupe, étant contre. L'absence de référence à l'héritage chrétien dans le texte est un de leurs arguments de campagne. En revanche, selon les sondages, l'opinion publique est "pour", confirmant son souhait d'ancrage dans l'UE, à laquelle la Pologne a adhéré en mai 2004.

La visite en Europe de George W. Bush a achevé de préparer le terrain pour ces retrouvailles franco-polonaises. Alexander Kwasniewski s'est félicité du ciel, de nouveau serein, des relations transatlantiques. Varsovie peut désormais envisager de participer dans un esprit plus coopératif, avec la France et l'Allemagne, à la construction de la politique de sécurité et de défense de l'UE. L'Irak est oubliée : "Nous avons eu des divergences de vue. C'est le passé", a déclaré M. Chirac à Arras.

La déclaration politique "d'Arras", publiée à l'issue de la rencontre, confirme que la division entre la "nouvelle" et la "vieille Europe", qui avait fait fureur pendant la crise irakienne, s'estompe. Il faudra attendre les prochaines élections polonaises, cette année, pour en voir la confirmation. Le texte d'Arras affirme la détermination des deux pays à coopérer en matière de défense sur le plan bilatéral et européen. Des pilotes polonais vont être formés à la base de Cazaux, en France.

Le test de ce changement sera la décision que prendra la Pologne pour le renouvellement de la flotte de la compagnie aérienne Lot. Français, Britanniques et Allemands voudraient bien voir acheter des Airbus. Le président Kwasniewski a reconnu qu'il s'agit "d'un grand projet qui intéresse tous les pays", pour des raisons à la fois de production et d'utilisation. "Il faut que nous prenions en considération très sérieusement ces éléments", a-t-il dit, en notant "la grande détermination" de ses interlocuteurs. Peu avant l'adhésion de la Pologne à l'UE, la décision de Varsovie d'acheter des chasseurs américains avait été vécue comme une provocation par la France.

Henri de Bresson

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.03.05 

 

Les ministres français et allemand de l'Économie soulignent la nécessité d'un renforcement de la coopération entre les entreprises de leur pays

" Le tandem franco-allemand doit donner l'exemple d'une coopération qui permet à de grands groupes industriels de voir le jour sur le continent européen ", a déclaré hier le nouveau ministre français de l'Économie, Thierry Breton, à l'issue d'une rencontre avec son homologue allemand, Wolfgang Clement. Aux yeux de ce dernier, la France et l'Allemagne jouent un rôle décisif dans les progrès accomplis par l'Europe. Il estime d'ailleurs nécessaire que celle-ci dispose de " champions industriels ". À maintes reprises, le chancelier Schröder et le Président Chirac se sont déclarés favorables à la création, dans les secteurs-clés, de grands groupes industriels européens capables de faire face à la concurrence sur les marchés mondiaux.
Réuni hier sous la houlette des deux ministres, le groupe de travail franco-allemand pour la coopération économique, qui étudie les voies d'amélioration des conditions économiques et sociales de part et d'autre du Rhin, a présenté un rapport d'étape qui propose de suivre deux directions : l'identification de projets bilatéraux concrets d'une part, et les recommandations aux gouvernements nationaux et aux institutions européennes d'autre part. Ce groupe de travail a notamment identifié cinq domaines d'étude allant dans le sens du processus de Lisbonne : l'innovation, l'emploi et la formation (au niveau bilatéral) ; la concurrence, l'énergie et les marchés financiers (au niveau européen). Il a par ailleurs souligné que la réussite d'une coopération entre la France et l'Allemagne passe sans conteste par la connaissance de la langue du partenaire pour laquelle les hommes politiques et les entrepreneurs doivent s'engager.


DEUTSCH-FRANZÖSISCHE KONSULTATIONEN
Treffen in Schröders Heimat

Kanzler Schröder und der französische Präsident Chirac treffen sich heute in Schröders Heimatregion Ostwestfalen. Zentrales Thema der Begegnung in Blomberg dürfte der Euro-Stabilitätspakt sein, dessen Lockerung sich die Bundesregierung vom EU-Gipfel in zwei Wochen erhofft.

Berlin - Weitere Themen dürften die umstrittene Finanzplanung der EU für die Jahre ab 2007 und das französische Referendum über die EU-Verfassung am 29. Mai sein, dessen positiver Ausgang als entscheidend für den Erfolg der Verfassung gilt.

Das mehrstündige Treffen, an dem auch die Außenminister Joschka Fischer und Michel Barnier teilnehmen, ist Teil der informellen Beratungen, zu denen sich beide Seiten regelmäßig treffen. Bei diesen Anlässen werden keine formellen Beschlüsse getroffen. Nach Angaben des Bundespresseamts ist es die 22. Begegnung im Rahmen der Anfang 2001 in Blaesheim vereinbarten regelmäßigen Konsultationen.

Beim Treffen geht es neben den Themen auch um die Symbolik des Ortes: Gerhard Schröder wurde 1944 in Mossenberg, einem Ortsteil von Blomberg, geboren und wuchs in der Region Ostwestfalen-Lippe auf. Vor dem Treffen zeigt er Jacques Chirac damit seine Heimat, die in Nordrhein-Westfalen liegt, wo im Mai eine Landtagswahl mit bundespolitischer Bedeutung stattfindet.


Rencontre informelle Schröder-Chirac à Blomberg
LEMONDE.FR | 07.03.05 | 09h32 . MIS A JOUR LE 07.03.05 | 09h45

Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, accueille, lundi 7 mars, le président français, Jacques Chirac, à Blomberg, en Wesphalie (ouest de l'Allemagne), ville où il est né, à l'occasion d'une rencontre informelle consacrée largement à la préparation du sommet européen de printemps.
Au cours d'un entretien et d'un déjeuner de travail devraient être abordées la révision de la stratégie de Lisbonne sur la compétitivité européenne et les perspectives financières de l'Union européenne. Le pacte de stabilité, que Berlin et Paris veulent assouplir, sera aussi au menu, au moment où se tient une réunion des ministres des finances de l'Ecofin à Bruxelles.

MM. Chirac et Schröder devraient aussi parler de la ratification de la Constitution européenne, par référendum en France le 29 mai, et par le Parlement en Allemagne. Le Bundestag devrait ratifier le traité auparavant, un signal qui encouragera les Français.
Parmi d'autres thèmes européens possibles, l'avancement des dossiers d'adhésion comme celui de la Croatie et l'avant-projet de directive européenne sur les services, la très contestée "directive Bolkestein", dont Berlin et Paris craignent de potentiels effets de dumping social chez eux.
Il s'agira par ailleurs pour les deux hommes d'Etat de préparer le prochain conseil des ministres franco-allemand, qui aura lieu en avril en France.
Un tour d'horizon sur les questions internationales portera notamment sur le Proche-Orient. Selon le porte-parole adjoint du gouvernement allemand, Thomas Steg, le chancelier devrait ainsi faire un compte-rendu de son voyage dans sept pays du Golfe, dont il est revenu dimanche.
"Les Européens ont un intérêt à une bonne collaboration avec les pays de cette région", a dit Thomas Steg, en relevant aussi le "grand intérêt" bien connu du président Chirac pour le monde arabe.

21 RENCONTRES DANS LE CADRE DU PROCESSUS DE "BLAESHEIM"
Parmi les autres thèmes pourraient figurer les relations avec la Russie, en préparation de la rencontre informelle inédite du 18 mars à Paris, qui devrait les réunir avec le premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, et le président russe, Vladimir Poutine.
Les deux hommes devraient aussi échanger leurs impressions après leurs rencontres ayant scellé leur rapprochement avec le président américain, George W. Bush, et aborder les relations avec la Chine dans la perspective de la levée de l'embargo européen sur les armes, un sujet de friction avec Washington.
MM. Chirac et Schröder se sont déjà rencontrés informellement vingt et une fois dans le cadre du processus dit de "Blaesheim", du nom d'un village proche de Strasbourg (France) où les deux hommes s'étaient vus et avaient décidé début 2001 d' éviter les discordances dans les politiques européennes des deux pays.
Les deux hommes sont accompagnés de leurs ministres des affaires étrangères, Joschka Fischer et Michel Barnier.
Gerhard Schröder manifeste ainsi une marque d'amitié supplémentaire à l'égard de Jacques Chirac en lui montrant son lieu de naissance.
Le chef de l'Etat français s'était rendu à Hanovre le 7 septembre 2002 pour une rencontre au domicile privé du chancelier, quelque temps avant les élections en Allemagne. Il y était revenu fin 2004 pour voir la fille adoptive russe du couple Schröder, Victoria.
Gerhard Schröder est né en pleine guerre, le 7 avril 1944, dans une famille modeste de Mossenberg, aujourd'hui devenu un quartier de Blomberg (18 000 habitants).
Avec AFP



POLITIQUE/ RELATIONS FRANCO-ALLEMANDES
Rencontre entre Gerhard Schröder et Jacques Chirac le 7 mars à Blomberg, la ville natale du chancelier

Comme c'est désormais la règle dans les relations franco-allemandes depuis quatre ans, le chancelier Gerhard Schröder et le président Jacques Chirac se rencontreront lundi 7 mars pour un entretien informel, sans ordre du jour préétabli. La rencontre aura lieu à l'hôtel de ville de Blomberg, la localité à laquelle appartient Mossemberg, le lieu de naissance du chancelier, dans la circonscription de Lippe, dans l'est de la Westphalie.
Ce 22ème entretien dit " de Blaesheim " (du nom de la commune alsacienne où fut décidée, en janvier 2001, la tenue de ces échanges de vue réguliers qui se déroulent aujourd'hui toutes les quatre à huit semaines) soulignera une nouvelle fois l'étroite relation des concertations francos-allemandes. Après le déjeuner, auquel participeront également les deux ministres des Affaires étrangères, Joschka Fischer et Michel Barnier, MM. Schröder et Chirac donneront une conférence de presse à 14h30.



"Die Menschen haben Glück, die hier leben"
DAS INTERVIEW mit dem französischen Botschafter Claude Martin


Blomberg. Das Treffen zwischen Bundeskanzler Gerhard Schröder und dem französischen Staatspräsidenten Jacques Chirac in Blomberg rückt in Lippe Frankreich stärker ins öffentliche Interesse. Claude Martin, Botschafter Frankreichs in Deutschland, nahm sich bei einem Termin mit einer Delegation in Blomberg die Zeit zu einem angeregten Gespräch mit LZ-Redakteur Ulrich Pfaff.
 

Lebhaft:Wenn Frankreichs Botschafter Claude Martin von seiner Heimat erzählt, untermalt er seine Schilderungen mit präzisen Gesten - und schwärmt von Deutschland ebenso.Foto: Preuss

Herr Botschafter, sind Sie zum ersten Mal in Lippe?
Claude Martin: Ich bin zum ersten Mal in Blomberg. In Lippe war ich ebenso wie in Paderborn oder Bad Pyrmont bereits, aber jeweils nur für eine kurze Etappe. Ich fahre sehr gerne mit meinem eigenen Auto von Zeit zu Zeit durch das schöne Deutschland, um mehr davon kennen zu lernen.
  

Wie ist Ihr erster Eindruck hier?
Martin: Eine schöne Stadt. Ich mag Orte, die eine Vergangenheit besitzen, die von der Geschichte geprägt sind, die etwas zu erzählen haben. Ich finde die Atmosphäre hier in Blomberg sehr angenehm. Es gibt viel Tradition, viel Leben. Man kann fast mit den Steinen sprechen - die Kirche, der Markt, die Straßen, das Rathaus, die Burg. Ich fühle mich sehr wohl hier.


Es gibt in Lippe einige langjährige Städtepartnerschaften. Kennt man Lippe in Frankreich auch außerhalb dieser Städte?
Martin: Bei uns gibt es ein Sprichwort: Glückliche Leute erzählen nichts. Deshalb erfährt man nicht viel von den Städtepartnerschaften, die gut laufen. Ich erhalte oft Einladungen zu Jubiläen von Partnerschaften, und ich bin immer überrascht - im positiven Sinne - wie viele Städtepartnerschaften es wirklich gibt. Die Region Lippe ist in Frankreich sehr bekannt, das Fürstenhaus und auch Detmold. Touristen, die eine Reise nach Westfalen machen, fahren auch gerne in solche Städte wie Blomberg. Leider sind es nicht so sehr viele. Ich denke, die deutschen Fremdenverkehrsinstitutionen sollten in Frankreich mehr für die Schönheiten dieses Landes werben, das würde sich lohnen. Es gibt hier schließlich viele Schätze, die man in Frankreich nicht kennt.


Haben Sie selbst schon einmal Urlaub gemacht in Deutschland?
Martin: Ich habe ja nur kurze Ferien, es gibt sehr viel zu tun für einen Botschafter, man ist immer unterwegs. Zwischen unseren beiden Ländern hat sich eine enge Zusammenarbeit entwickelt, und ich bin auch sehr froh, zu sehen, dass es zwischen Deutschland und Frankreich eine so tiefe freundschaftliche Beziehung geworden ist. Ich habe gerade vor ein paar Tagen eine Umfrage gelesen, wonach die Franzosen in Europa Deutschland als ihren Partner Nummer 1 betrachten. Das bedeutet für mich also viel Arbeit, verbunden mit den Parlamenten und gesellschaftlichen Institutionen. Aber das ist gut so.


Hat die Einladung in die Heimat eines Regierungschefs auf diplomatischer Ebene eine besondere Bedeutung?
Martin: Die Beziehungen der Länder sind so eng geworden, dass sich die Politiker gerne näher kennen lernen wollen, natürlich auch privat. Es gibt Einladungen in die Wahlkreise der Parlamentarier, man trifft sich in den Geburtsstädten oder an einem Ort, der für beide bekannt ist. Ich habe schon oft erlebt, dass Herr Chirac und Herr Schröder sich gerade nicht in Berlin oder Paris treffen. Beide wollen mehr über das Land des anderen erfahren, gerne einmal in eine kleine Stadt kommen und dort den Alltag und das Leben miterleben. Das sind Erfahrungen, die sich alle wünschen. Ich persönlich finde es gut, dass die Beziehungen der führenden Politiker so bodenständig geworden sind.


Es heißt, für die Franzosen bedeute eine Reise nach Deutschland eine Dampferfahrt auf dem Rhein und ein Besuch in Bayern. Ist das nur ein Klischee?
Martin: Ja, das ist wirklich ein Klischee. Die meisten deutschen Städte sind in Frankreich bekannt, wie ich schon sagte, auch Lippe und seine Umgebung. Viele Schüler und Studenten unternehmen Reisen nach Deutschland. Es gibt ja auch an der Uni Bielefeld französische Professoren.


Welche Region Frankreichs würden Sie mit Lippe vergleichen?
Martin: Das Limousin ist landwirtschaftlich ähnlich gut entwickelt, auch Burgund ist von den Schönheiten seiner Landschaft her vergleichbar. Wir haben viele Regionen, wo die Bevölkerung nicht so zahlreich ist, wo man lange Spaziergänge in der Natur unternehmen kann und wo die Industrie nicht so präsent ist. Wir Franzosen schätzen Regionen, wo man den Kontakt mit der Natur pflegt und das natürliche Leben. Ich denke, ein Franzose würde die Reize der Region Lippe genießen. Die Menschen haben Glück, die hier leben. Ein Sprichwort sagt: Jeder Franzose ist im Herzen Landwirt. Wenn wir also die Chance haben, eine solche Region wie hier zu erleben, dann sind wir sehr glücklich. Das ist die Welt, wie wir sie verstehen. Wälder, weite Felder. Ich lebe in der Stadt, das ist auch schön und hat seine Vorteile, aber auf dem Land zu leben, das ist das wahre Leben.


Darf ich denn fragen, aus welcher Region Sie stammen?
Martin: Wie viele Franzosen teils aus Paris, und zum anderen Teil aus der Auvergne, in der Mitte Frankreichs. Dort sind die schönsten Kühe der Welt und die sanften Kurven der alten Vulkanlandschaft. Es ist sehr schön zu sehen, wie Frankreich und Deutschland sich ergänzen können. Die alte Bautechnik das Fachwerks in Westfalen zum Beispiel finde ich sehr schön, weil es anders ist als in meiner Heimat. Europa bedeutet Vielfalt, man genießt alles, was anders ist. Ich wiederhole es: Es wäre gut, wenn der deutsche Fremdenverkehr sich in Frankreich präsenter zeigen würde.


Wie nimmt die Öffentlichkeit in Frankreich das Treffen der Spitzenpolitiker in Blomberg wahr?
Martin: Eigentlich ist so ein Treffen Routine. Die Welt ist im Umbruch, das müssen wir bewältigen, wir müssen im europäischen Kreis - einer Union von 25 Ländern - darauf eine Antwort finden. Die Bürger unserer Länder fordern, dass Frankreich und Deutschland ihrer besonderen Verantwortung gerecht werden und Europa nach vorne bringen. Es geht bei diesem Treffen auch um Fragen der Außenpolitik und der Gesellschaft, wir erwarten einfach, dass unsere Chefs dafür kämpfen, die Zukunft zu sichern und zu verbessern. Es ist der Normalfall, dass der französische Staatspräsident und der deutsche Bundeskanzler sich etwa alle sechs Wochen treffen, um die Themen des Tages anzusprechen - ohne großes Protokoll, ohne viel Vorbereitung, bei einem gemütlichen Mittagessen, in einem schönen Rathaus wie in Blomberg.


Jacques Chirac et Gerhard Schröder empêchent un compromis sur la réforme du pacte de stabilité
LE MONDE | 08.03.05 | 13h24

Les deux dirigeants ont réaffirmé en Allemagne leurs exigences. Après neuf heures de négociation sans accord, les ministres des finances de la zone euro ont décidé de se retrouver le 22 mars.
Une réunion extraordinaire des ministres des finances de la zone euro devra tenter, le 20 mars, de boucler l'accord sur la réforme du pacte de stabilité tant annoncée, que les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Cinq doivent en principe entériner lors de leur sommet des 22 et 23 mars à Bruxelles.

En dépit de neuf heures de débats, lundi 7 mars, jusque tard dans la nuit, les ministres des douze pays membres de la zone euro ne sont toujours pas parvenus à achever leur négociation. Même si les participants ont fait état de progrès. "La discussion a été constructive", a glissé Thierry Breton, le nouveau ministre français des finances, qui prenait pour la première fois part à la négociation.

La France et l'Allemagne continuent d'exercer une très forte pression pour obtenir un assouplissement des règles du pacte, rendant la tâche difficile à Jean-Claude Juncker, le président en exercice de l'Union et aussi de la zone euro. Gerhard Schröder et Jacques Chirac ont longuement abordé cette question lundi à Blomberg, dans la région natale du chancelier allemand, où ils se sont retrouvés dans le cadre de leurs rencontres régulières avec leurs ministres des affaires étrangères. Il a été convenu que le chancelier irait mardi défendre une "position commune" auprès du premier ministre luxembourgeois.

Lors de leur conférence de presse commune, le président français a appuyé les demandes allemandes pour"la révision raisonnable du pacte", critiquant ses "règles parfois trop strictes", et dénonçant la "brutalité technocratique" avec laquelle certains veulent l'appliquer. Prenant avec force la défense du chancelier, en difficulté après la hausse du nombre des chômeurs allemands, passé à plus de 5 millions, il a rendu un hommage appuyé à ses réformes pour relancer l'emploi et lutter contre les délocalisations, qui, a-t-il dit, "suscitent l'estime de toute l'Europe".

"Moins de mécanique, plus de politique, c'est l'esprit de la réforme voulue par les Français et les Allemands", résumait un diplomate lundi soir à Bruxelles à l'issue des négociations des ministres des finances. Le document présenté par la présidence luxembourgeoise, qui a pris en compte les demandes allemandes, a été soutenu par une majorité de délégations. Celui-ci confirme que les critères du pacte - un déficit inférieur à 3 % du produit intérieur brut (PIB) et une dette inférieure à 60 % du PIB - continuent "d'être la clé de voûte de la surveillance multilatérale".


"FACTEURS PERTINENTS"
Les objectifs à moyen terme doivent "prendre en compte les différences entre les pays membres", précise cependant le texte. Tandis que plusieurs pays vertueux, à l'instar de l'Autriche, sont réservés vis-à-vis de cette idée, le projet de M. Juncker met en avant une liste de "facteurs pertinents", que les autorités européennes pourront prendre en compte pour juger de l'opportunité d'une procédure pour déficit excessif, dès lors qu'un pays aura franchi le seuil des 3 %. Cette liste comprend les dépenses d'investissements, celles de recherche et développement, les chocs extérieurs, le coût de certaines réformes structurelles.

Le texte laisse entendre, sans les nommer, que la réunification allemande pourrait être prise en compte comme "un événement majeur impliquant des charges spécifiques".

Mais les Allemands demandent davantage de clarté, et les Français ne retrouvent, malgré leurs souhaits, aucune mention des dépenses militaires.

Le projet de compromis précise également les rôles respectifs de la Commission européenne et du conseil des ministres. La première devra "exercer son droit d'initiative de manière opportune et appliquer les règles effectivement". Pour M. Juncker, le conseil devra en revanche "exercer prudemment sa marge d'interprétation".

Avant même la réunion, le texte de compromis était jugé insuffisant par la délégation allemande. "Il nous faut plus de temps" pour tomber d'accord, avait prévenu Hans Eichel, le ministre allemand des finances. "Jean-Claude Juncker a éprouvé le besoin d'introduire des contreparties à chacun des allégements envisagés. Du coup, sa proposition va à l'encontre de l'esprit de la réforme, en alourdissant les procédures", juge un diplomate.

Philippe Ricard (à Bruxelles) et Georges Marion (à Blomberg)
. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 09.03.05


Chirac sur le fil du référendum
Par Alain DUHAMEL
mercredi 09 mars 2005
  
Le n'est pas un secret : Jacques Chirac n'avait aucune envie d'organiser un référendum sur le traité constitutionnel européen et, s'il avait pu imaginer un moyen d'y échapper, il se serait hâté d'y recourir. Seulement voilà : tous les partis politiques, y compris l'UMP, tenaient à ce référendum, tous les leaders faisaient campagne dans ce sens, partisans comme adversaires de la Constitution européenne, et les Français exigeaient d'être directement consultés, quitte à s'abstenir après avoir obtenu gain de cause. Le président de la République a donc dû se résigner à convoquer les Français aux urnes le dimanche 29 mai. Si, comme quinze des vingt-cinq Etats-membres de l'Union européenne, il avait pu faire ratifier le traité par la voie parlementaire, le problème serait déjà derrière lui : en chiffres ronds, neuf sur dix des parlementaires ayant exprimé un vote sur la révision constitutionnelle préalable ont choisi le oui. Comme les Français ont voulu se prononcer eux-mêmes ­ ce qui est d'ailleurs la moindre des choses pour un texte de cette importance ­, Jacques Chirac se trouve maintenant avec un gros problème devant lui.

Le sort de la fin de son quinquennat dépend en effet étroitement du résultat de ce référendum. Si le non l'emporte, ce qu'aujourd'hui personne ne peut exclure compte tenu du précédent du référendum sur le traité de Maastricht, les deux dernières années de son mandat seraient gâchées. Comme cette fois-ci le texte constitutionnel est terriblement complexe, d'une lecture rebutante et qu'il se prête aux interprétations les plus furieuses et aux commentaires les plus apocalyptiques, l'hypothèse d'un résultat négatif ne peut être écartée. Si c'était réellement le cas, si les adversaires du traité constitutionnel l'emportaient démocratiquement, Jacques Chirac en serait la première victime. Les Européens les plus réalistes considèrent à coup sûr que ce n'est pas le sujet principal et que c'est surtout la France qui se trouverait en l'occurrence affaiblie et isolée. Il n'empêche : un non au référendum européen serait un non à Jacques Chirac, puisqu'il est le premier chef d'exécutif européen à avoir proposé une Constitution européenne, que c'est sous son autorité que la France l'a négociée (mal, d'ailleurs), que c'est lui qui l'a signée solennellement à Rome et que c'est encore lui qui appelle les Français à voter le traité. Impossible de s'engager davantage. D'ailleurs, le président de la République a prévu de s'impliquer personnellement dans la campagne, sans abuser mais de la façon la plus nette possible. Jacques Chirac préconise le oui et il jettera dans la balance le poids de son autorité sur les questions internationales, celle que les Français lui reconnaissent le plus volontiers.

Bien entendu, s'il n'est pas écouté, il ne se retirera pas pour autant. Jacques Chirac n'est pas le général de Gaulle. L'homme du 18 juin 1940 pétrissait l'Histoire, l'homme du 21 avril 2002 fait de la politique. De Gaulle voulait être la France, sinon rien. Jacques Chirac se contente du pouvoir. Le général de Gaulle battu par les Français, c'était, pour reprendre la formule d'André Malraux, «un chêne qu'on abat». C'était une rupture irréversible, une césure absolue, un changement d'époque. Jacques Chirac mis en minorité, ce serait pour lui un énorme camouflet, un épisode douloureux mais un échec dont il ferait, encore et toujours, tout pour se relever. Le général de Gaulle n'admettait que l'exercice du pouvoir, Jacques Chirac peut se satisfaire ­ il l'a démontré durant le quinquennat de Lionel Jospin ­ de l'occupation du pouvoir.

Reste que s'il est battu à ce référendum il se trouve sanctionné sur son terrain le plus solide, celui de l'action diplomatique et de l'ambition européenne de la France. Dans ce cas de figure-là, il va de soi qu'il change de Premier ministre, qu'il dramatise la situation, qu'il prend la pose du capitaine courageux s'arrimant à la barre en pleine tempête, qu'il en appelle à l'union nationale ­ ou plutôt à l'opinion nationale ­ et qu'il engage sur-le-champ une stratégie diplomatique du recours, en s'appuyant sur l'alliance allemande et sur le sauve-qui-peut des pays fondateurs. L'éventualité d'une nouvelle candidature en 2007 s'évanouit cependant dans cette hypothèse, et chacun entreprend instantanément d'anticiper sa succession. Si Chirac ne gagne pas le 29 mai, quelles que soient ses initiatives, son crépuscule politique s'ouvre sans attendre. En revanche, si le oui est vainqueur, Chirac conserve le choix entre achever à sa main un quinquennat qui prend un sens ou bien préparer une nouvelle (et imprudente) candidature. Les antichiraquiens qui croiraient l'écarter du pouvoir avec un non se trompent donc lourdement. Ceux qui feraient passer le oui à la Constitution avant le oui à Jacques Chirac faciliteront sa fin de vie politique mais auront peut-être l'occasion de le noter deux ans plus tard, au terme de son parcours.


Accords parfaits franco-allemands à Blomberg, ville natale du chancelier Gerhard Schröder

"Accords parfaits ". D'entretiens informels en conseils des ministres, la tonalité des rencontres franco-allemandes, qui se tiennent à un rythme très régulier depuis quatre ans, ne varie pas. La rencontre qui a réuni hier le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder dans la ville de Blomberg, la ville natale du chancelier, dans l'est de la Westphalie, n'a pas fait exception à cette règle. Le président français a souligné l'accueil chaleureux qu'il avait reçu de la part des habitants. Et, sur le plan politique, aucune fausse note : ni sur les sujets européens qui doivent être abordés par les 25 lors du conseil européen des 22 et 23 mars prochain, ni sur les questions internationales, ni sur les thèmes bilatéraux.
Le président français et le chancelier allemand ont réaffirmé leur position commune sur la réforme du Pacte de Stabilité et de croissance, thème central du prochain conseil européen. " Nous partons du principe que le président luxembourgeois de l'Union européenne parviendra à faire adopter une réforme du Pacte de stabilité et de croissance qui l'oriente davantage vers la croissance que cela n'a été le cas par le passé ", a déclaré M. Schröder lors de la conférence de presse. Après la phase de stagnation économique qu'a traversée l'Europe, les forces de croissance ne sont, selon lui, pas encore assez renforcées. Il importe donc de réinterpréter le Pacte, afin de permettre le renforcement des objectifs de croissance.
Dans la vision franco-allemande, la mise en ouvre de réformes, telles que l'Agenda 2010, les impulsions conjoncturelles et les contraintes spécifiques des Etats (telles que le coût de la Réunification, a souligné M. Chirac) devraient donc être davantage prises en compte lorsqu'il s'agit de décider des sanctions à l'encontre de pays dont les dépenses dépassent les 3% du produit intérieur brut. " Il y a dépenses et dépenses ", a expliqué M. Chirac. " La mise en ouvre d'un tel Pacte ne doit pas être considérée de manière purement technocratique. Il faut l'aborder de manière politique ".
Le président français et le chancelier allemand ont affiché la même harmonie sur l'autre dossier brûlant du moment, la " directive service " élaborée par la Commission européenne pour libéraliser le marché des services dans l'Union. Personne n'en conteste le principe, a affirmé en substance M. Schröder. Mais " il s'agit de mettre cela en ouvre de telle sorte que nous n'aboutissions pas à un dumping salarial ", qui remette en cause les prestations sociales et suscite peur et appréhension de la part des citoyens. L'aspect le plus controversé de la directive est, en effet, le " principe du pays d'origine ", qui prévoit que le prestataire de service dépende uniquement de la réglementation de son pays d'origine, et non de celui dans lequel il vend ses services. " Notre préférence irait non pas à un simple amendement (de la directive), a précisé M. Schröder, mais à ce qu'on en formule une nouvelle " ou à ce qu'on la modifie en profondeur.
Abordant les questions internationales, MM. Chirac et Schröder ont publié une déclaration commune qui affirme que la Syrie doit retirer ses troupes et ses services secrets du Liban aussi rapidement que possible. Les deux hommes ont également déclaré que faire toute la lumière sur l'attentat qui a coûté la vie à l'ancien premier ministre libanais, Rafik Hariri, était une condition pour la tenue d'élections libres, équitable et indépendantes au Liban.
Sur le plan bilatéral, Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont annoncé de nouvelles actions en faveur de la mobilité des jeunes des deux pays. " Lors du prochain conseil des ministres qui se tiendra le 26 avril à Paris sont prévues diverses actions entre la France et l'Allemagne afin de favoriser la mobilité des étudiants, des chercheurs, des enseignants et des artistes ", a fait savoir M. Chirac. La " mobilité de l'intelligence " constituera un point important de ce prochain rendez-vous franco-allemand. Entre-temps, une autre rencontre réunira à Paris le président français, le chancelier allemand, le président russe, Vladimir Poutine et le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, le 18 mars



Franzosen treibt gefühlte Ungerechtigkeit
Protest für die 35-Stunden-Woche legt Frankreich lahm - Regierung signalisiert Gesprächsbereitschaft beim Gehalt
von Jochen Hehn

Pendler warten während des Streiks in Frankreich auf einem U-Bahnsteig  vergeblich auf einen Zug

     Durch zahlreiche Streiks und Protestkundgebungen ist das öffentliche  Leben in weiten Teilen Frankreichs empfindlich gestört worden. Mehrere  hunderttausend Menschen gingen in Paris und vielen anderen Städten auf die Straße, um gegen die Arbeits- und Sozialpolitik der Regierung des  liberal-konservativen Premierministers Jean-Pierre Raffarin zu  demonstrieren. Zu den wichtigsten Forderungen der Demonstranten  gehörten die Erhöhung der Kaufkraft, die Schaffung von Arbeitsplätzen  und die Beibehaltung der 35-Stunden-Woche.

     Vor allem im Großraum Paris kam es schon am frühen Morgen zu teilweise  chaotischen Verkehrsverhältnissen, da schon in der Nacht zwei Drittel  der Nahverkehrszüge und die Hälfte der TGV-Fernverkehrszüge nicht mehr  fuhren. An den Streiks beteiligten sich auch die Pariser  Nahverkehrsbetriebe RATP. So blieben die meisten Busse in den Depots.
     Bei der Pariser Métro fiel ein Großteil der Züge aus. Die Folge: In  und um Paris kam es zu Verkehrsstaus von einer Gesamtlänge von über  200 Kilometern, in denen die Pendler stundenlang feststeckten. Fühlbar  gestört wurde auch der Flugverkehr, da die Fluglotsen ebenfalls die  Arbeit niedergelegt hatten. In Orly mußten drei Viertel aller Flüge gestrichen werden.

     An den Schulen fiel mindestens die Hälfte des Unterrichts aus, da rund  40 Prozent der Lehrer nicht zum Unterricht erschienen.

     Bei den Forderungen der Gewerkschaften rückt immer mehr die Erhöhung  der Kaufkraft in den Mittelpunkt. So hat der Vorsitzende des   gemäßigten Gewerkschaftsverbandes CFDT, François Chereque, die  Regierung aufgefordert, im Öffentlichen Dienst unverzüglich  Gehaltsverhandlungen aufzunehmen. Neue Lohnrunden für die Beschäftigen  der Privatindustrie fordern auch die Gewerkschaftsführer der beiden  linken Gewerkschaften FO und CGT. Angesichts der kräftig gestiegenen  Unternehmensgewinne herrsche in Frankreich ein "Gefühl der  Ungerechtigkeit und eine profunde soziale Unzufriedenheit", so  FO-Generalsekretär Jean-Claude Mailly.

     Während die Regierung klar gemacht hat, daß sie an der Neuregelung der  35-Stunden-Woche und an der Erziehungsreform keine Abstriche machen  werde, signalisiert sie den Gewerkschaften bei den Forderungen nach   höheren Löhnen und Gehältern Gesprächsbereitschaft. So dürfte der  Minister für den Öffentlichen Dienst und Verwaltungsreform, Renaud  Dutreil, schon bald von Premierminister Raffarin den Auftrag zu  Neuverhandlungen bekommen. Die Funktionäre verlangen eine deutliche  Gehaltserhöhung von fünf bis acht Prozent. Der Minister hatte bisher  höchstens ein Prozent bewilligt. Ungewiß ist, ob auf die Forderungen  der Arbeitnehmer in der Privatindustrie eingegangen wird. So hat  Raffarin zwar an die Unternehmen appelliert, die Beschäftigten an  ihren Rekordgewinnen teilhaben zu lassen. Doch bisher zeigen die  Unternehmen wenig Gesprächsbereitschaft.

     Mit den Streiks kollidierte auch die Arbeit der Inspektoren des  Internationalen Olympischen Komitees (IOC). Sie halten sich in Paris  auf, um die Bewerbung der Stadt für die Sommerspiele 2012 zu  begutachten. Aus Rücksicht auf die Bewerbung hatten die Gewerkschaften   jedoch die Route ihres Protestmarsches geändert.

     Artikel erschienen am Fr, 11. März 2005



La Deuxième Guerre mondiale et l'après-Libération ont jeté les bases sociales de la France d'aujourd'hui.
Les cadeaux de la Résistance

Par Maurice KRIEGEL-VALRIMONT

jeudi 10 mars 2005

Le Palais- Bourbon ouvre ses portes samedi à la Journée du livre politique sur le thème : «Qu'est-ce qu'une nation ?» Organisée par l'association Lire la politique, sous le patronage de l'Assemblée nationale, la manifestation sera marquée par la remise du prix du livre politique ­ attribué cette année à Denis Tillinac pour «Le Venin de la mélancolie» (Table ronde) ­ et par plusieurs débats autour de la question nationale. Maurice Kriegel-Valrimont qui présidera une table ronde sur «Résistance et France libre, une certaine idée de la nation» nous livre ici ses réflexions sur le sujet. 14e Journée du livre politique, samedi 12 mars 2005 de 10 h à 17 h 45. Entrée libre par le 33, quai d'Orsay, Paris VIIe. Se munir d'une pièce d'identité.
   
L 'intérêt historique des affaires de la nation ne s'est jamais relâché au cours des derniers siècles et dans l'actualité leur présence est tout aussi évidente. La diversité et la compétence des participants aux débats prévus lors de la Journée du livre politique en soulignent l'intérêt.

Dans ce cadre, on a demandé à la génération qui a connu la Résistance et la Libération de dire ce qu'a été pour elle «une certaine idée de la France». Quelques-uns de la France libre et des mouvements de la Résistance seront là pour répondre. Au cours de la Résistance l'objectif majeur est la libération nationale, le but est de rétablir l'indépendance nationale. Là-dessus les opinions des résistants sont très largement concordantes. Mais certains problèmes méritent examen. Nous en prendrons quelques-uns, à titre d'exemple, sans prétention à une étude complète.

Prenons d'abord l'unité de la Résistance. On a dit qu'elle fut le résultat de l'activité de Jean Moulin. La constitution du Conseil national de la Résistance, la rencontre des Mouvements de zone Sud, l'unification des formations militaires dans les Forces françaises de l'intérieur (FFI), tous ces événements sont souvent cités comme des étapes menant à l'unité de la Résistance qui trouve son aboutissement dans les actions victorieuses de la Libération. Quelques-uns, au contraire, mettent en avant les oppositions entre les services de Londres et les mouvements en France, les conflits entre certains mouvements et les contradictions au sein même des mouvements.

La complexité des situations au cours des différentes périodes de la Deuxième Guerre mondiale, la diversité de la France, qui se traduit dans la réalité de la Résistance, devenue une force nationale, imposent d'accepter ces différences si on ne veut pas rejeter une part de la France que l'on prétend délivrer. Mais l'essentiel n'est pas là. A l'échelle internationale, Hitler a accumulé des succès en raison des faiblesses et des divisions de ses adversaires. Personne ne pense que Churchill, Roosevelt et Staline ont des conceptions communes, mais ils arrivent pourtant à la certitude que pour battre Hitler il leur faut une stratégie convergente qui, même au prix d'un partage de zones d'influence comme à Yalta, aboutit à l'écrasement de Berlin et à la victoire de 1945. La Résistance française, dans sa diversité, a acquis une conviction semblable. Son unité était une condition incontournable de son succès.

Quelle a été l'efficacité réelle dans la Deuxième Guerre mondiale de l'action de la France libre et de la Résistance intérieure ? Tel est le deuxième problème à résoudre, brièvement.

Voici ce qu'en dit, en 1981, le tome V de l'Histoire de la Résistance de Noguères : «Lorsque les chars (alliés) foncent vers la Bretagne, le nord et l'est, ou remontent la vallée du Rhône, les FFI après avoir pris part à la bataille, occupent et nettoient le terrain, permettant aux armées libératrices de progresser à un rythme qui bouscule les prévisions des stratèges les plus optimistes.» Et encore : «De juin à septembre 1944, la majeure partie de l'Hexagone sera définitivement libérée sans qu'y soient apparus les blindés alliés.» L'insurrection et la Libération de Paris ont valeur de démonstration. La stratégie alliée avait prévu l'encerclement de Paris par une manoeuvre en tenaille, dont Churchill et Eisenhower estimaient qu'elle serait achevée pour les fêtes de fin d'année. L'action de la Résistance a donc permis de gagner plusieurs mois et d'éviter des pertes et des destructions. Nul n'ignore que les Alliés refusaient obstinément de reconnaître au général de Gaulle le droit d'exercer sa souveraineté et qu'une administration américaine, l'Amgot, devait tout régenter, y compris la monnaie. Chacun sait aussi qu'après la Libération de Paris, le Gouvernement provisoire de la République put s'installer sans encombre.

Comment ne pas se souvenir que l'information, «Paris est libre», fut, à travers le monde l'une des annonces les plus retentissantes de la Deuxième Guerre mondiale.

Autre problème intéressant : quelle est la place prise dans la vie du pays en matière politique, sociale et culturelle. L'enjeu de ce qui a été réalisé dans la période où la Résistance a pris part aux décisions du gouvernement ou par l'application du programme du Conseil national de la Résistance ? C'est tout d'abord la création de notre système de santé. Sans le moindre doute la Sécurité sociale est fille de la Résistance. Notre système de santé et notre organisation hospitalière en sont largement issus. Pendant très longtemps ils ont été cités en exemple dans le monde. Mais c'est plus largement toute la législation sociale qui a connu des réalisations novatrices et les salariés dans leur ensemble, massivement syndiqués, ont constitué un élément d'équilibre dans les entreprises. L'oeuvre constitutionnelle, en matière de droits de l'homme, le droit de vote des femmes, et l'oeuvre législative sont également notables. L'Education nationale a connu des progrès dans la scolarisation, des améliorations pour l'accession aux études supérieures, des innovations dans la recherche. Dans la presse, quelques mesures ont favorisé des secteurs d'indépendance. La Fonction publique a bénéficié d'un statut. Un certain nombre de services publics ont pu se développer en très grandes entreprises.

La vie de la société française a été profondément marquée par les mesures prises au lendemain de la Libération. Il faut se souvenir que tous ces changements sont intervenus dans une France dans un état lamentable. A la sortie de la guerre, beaucoup de ponts sont coupés, chemins de fer et routes sont dans un triste état, les usines et la sidérurgie fonctionnent au ralenti ; l'énergie disponible constitue une toute petite fraction de celle dont nous disposons aujourd'hui. Certains affirment alors que d'imposer dans ces conditions des charges supplémentaires à l'économie lui portera préjudice. L'Histoire telle qu'elle s'est déroulée a comporté un développement économique (y compris les Trente Glorieuses) auquel les mesures sociales ont contribué.

Le monde dans lequel nous vivons est issu de ce qui s'est passé à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ce qui n'empêche pas des changements considérables et qui sont toujours en cours.

Soixante ans plus tard, les résistants n'ont pas la charge de dicter une conduite, mais a contrario ils savent que leur expérience comporte des leçons utiles.

Pour avoir su dire Non à la barbarie inhumaine, leur honneur et leur dignité sont de contribuer à éviter le retour des atrocités fascistes.

Maurice Kriegel-Valrimont ancien membre du comité d'action militaire du Conseil national de la Résistance (CNR).



32 000 enseignants se trouvent "sans classe"
LE MONDE | 11.03.05 | 14h03

L'équivalent de 32 000 professeurs à temps plein se trouvent sans classe ou sans affectation pédagogique, selon une note confidentielle de la Cour des comptes révélée, vendredi 11 mars, par Le Figaro. Réalisé à la demande de Pierre Méhaignerie, président (UMP) de la commission des finances de l'Assemblée nationale, le document chiffre à 1,5 milliard d'euros le coût de ces enseignants non utilisés.

La publication de cette note, sur un sujet traité par de nombreux rapports officiels, intervient alors que les enseignants se mobilisent pour obtenir plus de moyens.

Pour arriver à cette estimation de 32 000 enseignants "sans classe et sans affectation pédagogique" (sur 665 000 enseignants en équivalent temps plein), la Cour a intégré dans un même calcul des situations diverses, a priori peu comparables. Pour l'équivalent de 9 500 postes à temps plein, il s'agit d'enseignants remplaçants qui ne sont pas utilisés ou seulement partiellement. Les "titulaires de zone de remplacement" ne peuvent, en effet, être employés que dans leur discipline et dans une zone géographique restreinte. Le projet de loi Fillon sur l'école prévoit d'obliger les enseignants à effectuer de brefs remplacements dans leur établissement.

CONTRAINTES SPÉCIFIQUES

La Cour recense, ensuite, l'équivalent de 9 500 professeurs à temps plein correspondant à des décharges de service accordées à des enseignants pour tenir compte de contraintes spécifiques à leur discipline (1 heure accordée pour la préparation des laboratoires, par exemple). Mille quatre cents équivalents temps plein sont aussi dégagés pour les décharges syndicales en application des règles de représentation des personnels dans la fonction publique. Trois mille cent équivalents temps plein sont affectés à des fonctions administratives. Mille neuf cents postes correspondent à des surnombres, c'est-à-dire des enseignants recrutés alors que l'éducation nationale n'avait pas besoin d'eux. Dans certaines disciplines (notamment techniques), l'évolution des effectifs scolaires aurait, en effet, dû conduire le ministère à diminuer le nombre de postes mis aux concours, voire à suspendre les Capes et les agrégations pendant une ou plusieurs années, décision que les gouvernements su! ccessifs ont refusé de prendre. Le reste de ces enseignants "sans classe" (6 600 postes) correspond à des décharges ponctuelles, à des missions ou des mises à disposition.

La note de la Cour des comptes indique, par ailleurs, que 18 000 professeurs ne sont pas présents dans les classes mais exercent des activités pédagogiques (direction d'école, etc.), 26 500 exercent dans le supérieur ou en dehors de l'éducation nationale et 21 000 sont en détachement ou en disponibilité.

L. Br.

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.03.05 


Le chancelier Gerhard Schröder annonce une baisse importante de l'impôt sur les bénéfices des entreprises
LE MONDE | 18.03.05 | 14h22

Le "sommet de l'emploi" entre le chef du gouvernement allemand et les responsables démocrates-chrétiens a confirmé le consensus droite-gauche sur les problèmes sensibles
Berlin de notre correspondant

Le débat au Bundestag, le matin même, n'était qu'un tour de chauffe qui s'est conclu en fin d'après-midi, à quelques centaines de mètres de là, dans le bureau du chancelier Gerhard Schröder.

Jeudi 17 mars, après plus de deux heures et demi d'entretien avec Angela Merkel, présidente de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), et avec le Bavarois Edmund Stoiber, président de l'Union chrétienne-sociale (CSU), M. Schröder, flanqué du vice-chancelier ministre des affaires étrangères, Joschka Fischer, a pu confirmer qu'en dépit de différences d'appréciation multiples l'Allemagne était entrée, de facto, dans un régime de grande coalition informelle où droite et gauche gouvernent de concert pour gérer les problèmes les plus sensibles.

Le déploiement des forces politiques ne semble plus permettre d'autre solution. Au Bundestag, ce sont les sociaux-démocrates du SPD et les Verts qui disposent de la majorité ; au Bundesrat, la chambre des Etats, ce sont la CDU-CSU et les libéraux du FDP qui leur font contrepoids. Entre batailler jusqu'à la paralysie mutuelle ou tenter de s'entendre jusqu'aux élections, qui redistribueront les cartes, la classe politique allemande a fait, jeudi, le choix du réalisme.

La journée avait commencé avec, au Bundestag, une déclaration de M. Schröder faisant le bilan des réformes lancées il y a deux ans et regroupées sous le titre générique d'"Agenda 2010". Dans un long discours au ton conciliant, le chancelier s'est félicité de son action passée, critiquant ceux qui appelaient à plus de dérégulation mais admettant que, face à 5,21 millions de chômeurs officiellement enregistrés, quelques coups de pouce conjoncturels supplémentaires seraient les bienvenus.

La principale mesure annoncée concerne l'impôt sur les bénéfices des entreprises, qui, grâce à un taux passant de 25 % à 19 %, économiseront quelque 6 milliards d'impôts. Cette réduction, que le patronat demandait depuis longtemps, fera passer de 38,7 % à 32,7 % le taux moyen d'imposition des entreprises allemandes, en dessous des moyennes constatées en France ou en Italie, mais largement au-dessus de celles des dix nouveaux adhérents de l'Union européenne, facilement accusés en Allemagne de "dumping fiscal".

Conformément aux souhaits du ministre-président de Bavière, M. Stoiber, le chancelier a aussi accepté une baisse de 10 % de la taxe professionnelle pour les entreprises familiales transmises par héritage. Soixante-dix mille entreprises sont dans ce cas chaque année en Allemagne. Le gouvernement étudiera dans les prochains mois une réforme d'envergure de la fiscalité, particulièrement compliquée, qui pèse sur les entreprises.

ÉLECTIONS RÉGIONALES
Toutes ces mesures, qui seront financées par la suppression de quelques-unes des nombreuses niches qui parsèment le système fiscal allemand, devraient, selon leurs partisans, être utilisées pour réinvestir, créer de l'emploi et faire baisser le chômage, objectif auquel devraient également contribuer les 2 milliards d'euros qui seront mobilisés pour financer des travaux d'infrastructure dans les transports.

Prenant à leur tour la parole, les responsables de l'opposition chrétienne-démocrate se sont déclarés d'accord avec les mesures annoncées, tout en déplorant qu'elles n'aillent pas assez loin. Mais le fond était visiblement à la conciliation, ainsi que l'a illustré le discours de M. Fischer, acéré sur la forme mais destiné, pour l'essentiel, à tendre la main à l'adversaire, assurant que de nombreux problèmes pouvaient être réglés en commun.

Ainsi encadré, le "sommet pour l'emploi" de l'après-midi ne pouvait pas mal tourner. Sans doute ne résoudra-t-il pas les problèmes qui se posent, mais cet accord infor-mel constitue une pause bienvenue pour les deux parties. Le chancelier et l'opposition ont désormais les yeux fixés sur les élections régionales de Rhénanie-du-Nord - Westphalie, région de 18 millions d'habitants que la gauche contrôle depuis trente-neuf ans. Si, le 22 mai, elle perd les élections, ce que laissent entendre les sondages du jour, la droite disposera d'une majorité des deux tiers au Bundesrat. Elle serait alors en position de ligoter totalement le chancelier.

Georges Marion

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.03.05



L'Europe absorbe près de 75% des exportations allemandes - la France, premier partenaire de l'Allemagne
Les exportations record enregistrées par l'Allemagne en 2004 ont été destinées en priorité aux autres marchés européens, et en premier lieu à la France. Selon les chiffres de l'Office fédéral de la Statistique, l'Europe a absorbé près des trois quarts (74%) des exportations allemandes. La France demeure le premier partenaire économique de l'Allemagne, avec 75,3 milliards d'euros de marchandises exportées, et 52,2 milliards d'euros à l'importation.
Au total, les exportations vers les autres pays européens représentent 545,4 milliards d'euros, sur un total de 733,5 milliards. Derrière l'Europe, les exportations allemandes se dirigent aussi vers les Etats-Unis (12%), et vers l'Asie (environ 11%). L'excédent commercial record de 156,1 milliards d'euros en 2004 résulte surtout des exportations vers l'Europe et les Etats-Unis, dans la mesure où les exportations vers l'Asie sont restées inférieures aux importations. Les pays européens ont fourni 72% des importations allemandes en 2004 (total : 577,4 milliards d'euros), l'Asie 16%, et les Etats-Unis 9%.