L'Observatoire de Vienne confirme la montée d'un antisémitisme à multiples facettes en Europe LE MONDE Il souligne que la forte augmentation, ces dernières années, des actes hostiles aux juifs est due à des groupes arabo-musulmans alors que le conflit israélo-palestinien s'exacerbe Strasbourg de notre bureau européen L'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, de Vienne, devait rendre public, mercredi 31 mars au Parlement européen à Strasbourg, un rapport très attendu sur "les manifestations de l'antisémitisme dans l'Union européenne en 2002-2003". Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, qui avaient été suivis d'une vague d'attaques contre les juifs sur le Vieux Continent, l'Observatoire avait commandé l'étude initiale à un institut de recherche berlinois. Mais il avait refusé, en 2003, d'en publier les conclusions, au motif qu'elle était incomplète et portait sur une période trop courte (mai-juin 2002). Cette décision avait suscité une polémique. Au Parlement européen, les eurodéputés membres de la commission des libertés avaient vivement protesté. Les auteurs de l'étude, deux universitaires de Berlin, avaient dénoncé une "censure", destinée à passer sous silence le fait que l'augmentation des agressions antisémites était due, selon eux, à des groupes arabo-musulmans : ce constat pouvait paraître politiquement incorrect, puisque ces groupes sont aussi victimes d'actes de racisme. L'affaire, ajoutée à la parution d'un sondage controversé d'Eurostat sur la menace que représenterait Israël! pour la paix mondiale, avait jeté un froid entre les organisations juives et la Commission européenne. Le dialogue a été difficilement renoué à la faveur d'un séminaire organisé à Bruxelles en février. La directrice de l'Observatoire, Beate Winkler, avait promis qu'un document plus ample, accompagné de témoignages de personnalités, serait publié en mars 2004. A l'occasion de sa présentation, le président du Parlement, Pat Cox, devait rappeler, mercredi, que l'institution "soutient une Europe des valeurs fondée sur la diversité, la tolérance et le respect". L'eurodéputé socialiste français François Zimeray, qui avait fait partie des premiers protestataires, "regrette" que la publication de l'étude soit "tardive", mais il constate avec "satisfaction" que son contenu "confirme et amplifie les conclusions de la précédente". Ce rapport admet en effet qu'"il y a un lien" entre le regain de l'antisémitisme et l'aggravation du ! conflit israélo-palestinien, en avril 2002, lorsque l'armée is! raélienne a occupé plusieurs villes palestiniennes. Les incidents antisémites se sont multipliés dans cinq pays de l'Union européenne (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas et Royaume-Uni). En Allemagne, les organisations juives signalent une augmentation importante de la quantité de lettres, courriers électroniques et appels téléphoniques à caractère agressif. En France, des juifs ont été agressés et insultés, des attentats ont été commis contre des synagogues et des cimetières, une école a été incendiée. Dans certains pays comme la Grèce, l'Italie, l'Autriche ou l'Espagne, "l'absence apparente d'incidents violents s'accompagne d'un discours quotidien antisémite", indique le rapport. En Grèce, "une grande partie du public adhère aux thèses du complot de la domination mondiale des juifs, et l'Eglise orthodoxe continue à inclure des références antijuives dans le rituel liturgique du vendredi saint". Les actes antisémites ne sont plus en premier! lieu le fait de l'extrême droite, à laquelle on n'attribue, par exemple, en France que 9 % d'entre eux en 2002, au lieu de 14 % en 2001, et de 68 % en 1994. En Belgique, au Danemark, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suède et au Royaume-Uni, les victimes d'actes antisémites affirment que les auteurs sont de "jeunes musulmans", des "personnes d'origine nord-africaine" ou des "immigrés". En Grande-Bretagne et en Suède, nombre d'incidents sont causés par des sympathisants de la cause palestinienne. L'Observatoire conclut qu'il faut absolument enregistrer comme tels, partout, les actes antisémites. Il demande que les livres scolaires soient examinés, de façon à y détecter d'éventuels préjugés, et à vérifier que l'histoire ainsi que le message de l'Holocauste sont correctement transmis. Il suggère que la formation des enseignants contienne une sensibilisation aux diverses cultures, religions et traditions de l'Europe. Les membres de la communa! uté juive interrogés demandent, pour leur part, que les respon! sables politiques rejettent très clairement l'antisémitisme. Rafaële Rivais
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 01.04.04