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Villepin croqué par un collègue anglais
LE MONDE | 01.03.04 | 15h21


Denis MacShane en trace dans le "Financial Times" un portrait élogieux mais un peu perfide.
Quand un ministre écrit sur un autre ministre, on peut généralement s'attendre qu'il trempe sa plume dans une encre consensuelle. Ce n'est pas le cas du portrait politico-littéraire que fait de Dominique de Villepin le ministre délégué aux affaires européennes de Sa Majesté, le francophone Denis MacShane, dans le Financial Times de samedi, sous le titre "Une entente (pas très) cordiale".

Denis MacShane se dit francophile. Ses interlocuteurs du Quai d'Orsay en resteront-ils convaincus après avoir lu le long essai qu'il consacre à leur patron  ? Certes, il ne tarit pas d'éloges sur le talent littéraire de l'auteur prolifique des Cent-Jours ou l'esprit de sacrifice, du Cri de la Gargouille, de l'Eloge des voleurs de feu et d'Un autre monde. "Même dans sa discussion complexe de la poésie, le langage est clair. Des phrases fermes, courtes, soutiennent son argumentation."
Il le place dans la lignée d'autres ministres-auteurs comme ses collègues Jack Straw ou Joschka Fischer, mais aussi d'écrivains issus de la "carrière": Alexis Léger, alias Saint-John Perse, ou Roger Peyrefitte, le sulfureux auteur des Amitiés particulières et des Ambassades, que Denis MacShane confond allégrement avec Alain Peyrefitte  ! Mais surtout, Dominique de Villepin l'écrivain dévoile le tréfonds de Dominique de Villepin le diplomate! , pour le plus grand profit de ses interlocuteurs rivaux  : "Nous devrions être reconnaissants au ministre français des affaires étrangères d'expliquer sa pensée aussi ouvertement et de nous donner un aperçu à jour de la manière dont la France voit sa place ans le monde." En clair  : Merci Dominique de nous avoir donné les clés pour décrypter votre stratégie  !
Et de poursuivre  : "Au coeur du monde différent de Villepin, on retrouve un point fixe, la centralité de la France. Ses livres - bien que sur des sujets différents - s'unissent sur un thème  : la nécessité pour la France d'être glorieuse, fringante et audacieuse si elle veut rester elle-même." En fait, sa "vision de la nouvelle Europe est avant tout franco-centrique".
Dans la crise irakienne - et surtout entre la France, les Etats-Unis et leur chevau-léger britannique -, Paris "avait besoin d'un porte-parole efficace. Villepin a rempli ce rôle à la perfection. Sa p! restance, avec ses boucles argentées, et sa maîtrise éloquente! de ce qui est, après tout, la langue de la haute diplomatie, ont fait de lui une star."
LE PANACHE DE CYRANO
Mais, surprise, "l'Europe paraît étrangement absente de ses livres. Il écrit que les dirigeants français doivent réconcilier "la nation avec l'Europe afin d'affirmer leur leadership. Paris ne se satisfera jamais de n'être qu'un partenaire parmi d'autres" -...-  En écho à de Gaulle, Villepin utilise le terme "les Anglo-Saxons", comme si l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande, les Etats-Unis, le Canada et l'Australie n'étaient qu'un seul pays. En cela, il reflète le pire de cette typologie anglaise qui emploie les termes d'Europe et d'Européens comme si les Suédois, Français, Polonais, Allemands, Grecs et Espagnols étaient tous les mêmes. Ces deux stéréotypes sèment la confusion plus qu'ils ne clarifient les choses."
Le débat européen n'est pas, poursuit Denis MacShane, entre "fédéralistes" et "souverainistes", mai! s bien entre "jacobins" - à la Delors - et "girondins", "partageant le pouvoir et parvenant pas à pas à des arrangements. Une Europe à la Jean Monnet plutôt qu'à la de Gaulle". Car, "cette nouvelle Europe à vingt-cinq requiert que l'équilibre déjà recherché par Talleyrand prévale sur le panache d'un Cyrano de Bergerac rêvant d'une Garde impériale se sacrifiant glorieusement en se jetant sur les baïonnettes des habits rouges - anglais -."
Paris et Londres doivent, pour réussir, partager une ambition commune, conclut, très politiquement, Denis MacShane  : "Le romantisme de Villepin doit fusionner avec l'empirisme de Straw."
Patrice de Beer



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