L'apprentissage de la première
langue étrangère déjà à la maternelle.
(Article
paru dans "Die WELT" le 27.02.2004)
DIE WELT : Le gouvernement fédéral envisage de créer
des universités d’élite. Serait-ce aussi un concept pour l’Europe
?
Vivane Reding : C’est une bonne idée d’envisager des réformes.
Mais je préfère interconnecter au niveau européen les
universités déjà existantes pour que, en outre, les étudiants
puissent changer de lieu d'étude en Europe plusieurs fois pendant
leurs études. On pourrait également envisager plus de diplômes
européens- des Master-diplômes européens- reconnus partout
en Europe.
DIE WELT : Quel système scolaire en Europe pourrait servir
de modèle pour l’Allemagne ?
Reding : Il y a un grand décalage de qualité entre
le Nord et les autres pays européens. Les pays de l’Europe du nord
ont les meilleurs résultats en ce qui concerne le système scolaire
et le système d’enseignement supérieur.
Bien entendu, le système d’enseignement allemand sera toujours différent
de celui de Grèce et celui de Finlande. Mais, il est peut-être
possible que le système allemand adapte l’un ou l’autre élément
des Finnois.
DIE WELT : Quoi par exemple ?
Reding : En Finlande, les enfants sont accompagnés du début
à la fin de leur parcours à l’école, ils restent intégrés
dans les mêmes classes jusqu'à la fin des études. En outre,
les professeurs participent également aux révisions des programmes
d’études.
DIE WELT : Alors, vous êtes favorable à l'école
avec des cours toute la journée ?
Reding : Pas à tout prix. Il ne sert à rien d’établir
des l'école avec des cours toute la journée si elles n’ont pour
fonction que la garde d’enfants.
DIE WELT : À partir de quand les enfants devraient-ils apprendre
la première langue étrangère ?
Reding : Le plus tôt possible et il faudrait commencer par
la langue du voisin !
J’apprécie par exemple le fait que les tout-petits de chaque côté
de la frontière franco-allemande apprennent déjà la langue
du voisin.
Les écoliers dans le reste de l'Europe commencent très tard
la deuxième langue. Dès que la langue maternelle est maîtrisée,
des enfants devraient apprendre une deuxième langue – donc dans le
meilleur des cas déjà à la maternelle.
DIE WELT : Des centaines de milliers d’étudiants sont attirés
par les Etats-Unis, qu’est-ce qui rend l’Amérique si attrayante ?
Reding : Il existe aux Etats-Unis quelques universités de
très bonne réputation – comme Harvard, Yale, Stanford. Mais
la plupart des établissements d’enseignement supérieur américains
ne sont pas meilleurs que les nôtres. En Amérique, l’économie
et le secteur de formation collaborent d’une manière très intensive
– on pourrait certainement en retirer de bons enseignements parce que cela
met les étudiants en contact direct avec l’industrie.
DIE WELT : Le premier Mai, dix nouveaux pays entrent dans l’Union
Européene. Quelles en seront les conséquences pour le niveau
de formation européen ?
Reding : Le produit intérieur brut européen baissera
due à l’élargissement, mais pas les capacités. Bien au
contraire, les nouveaux pays augmenteront le niveau de formation en Europe.
En ce moment, dans l’UE, 18 % de jeunes quittent le système scolaire
sans formation Dans ces nouveaux pays, ce ne sont que 8,5% en moyenne.
Non seulement il y a de très bonnes écoles dans ces pays,
mais la mentalité aussi est différente : Là bas, les
élèves et les étudiants veulent vraiment apprendre,
veulent faire un effort. Ceux de la "vieille" Europe sont souvent déjà
saturés. La concurrence leur fera du bien.
DIE WELT : Vous êtes un grand défenseur du marché
libre de la publicité à la télévision, même
de la publicité pour l’alcool. Comment cela se passe-t-il au niveau
de la campagne mené par M. Byrne, commissaire de la défense
du consommateur, contre le tabac dans la publicité ?
Reding : À quelques exceptions près, je suis principalement
contre les interdictions dans la publicité. Le tabac, cependant, en
est une. Concernant certains produits, il est nécessaire d’avoir des
réglementations restrictives.
Ainsi, aucune sorte de publicité pour l’alcool n'est permise.
Mais c'est suffisant. On ne doit pas mettre en difficulté l'industrie
des médias et de la publicité en prononçant d'inutiles
interdictions.
La publicité reste, malgré tout, la base économique
d’un paysage audiovisuel libre et pluraliste.
Les questions ont été posées par Katja Ridderbusch
et Martin Halusa.